Un an après le retrait effectif du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao en janvier 2025, les signaux de reprise du dialogue se multiplient. Derrière les tensions politiques, les deux blocs tentent de préserver les acquis de l'intégration sous-régionale, en particulier la libre circulation des personnes et des biens. Cette dynamique, nourrie par des intérêts économiques et sécuritaires partagés, a été récemment illustrée par l'invitation lancée par le nouveau président béninois Romuald Wadagni aux dirigeants de l'Alliance des États du Sahel (AES).

Infographie — CEDEAO · Commerce

Les premières consultations, tenues à Bamako, ont porté sur des dossiers concrets : libre circulation, coopération douanière, lutte contre le terrorisme. Selon des sources diplomatiques, les discussions ont été marquées par un esprit de réalisme, loin des postures de confrontation qui avaient prévalu lors du retrait des trois pays sahéliens. L'enjeu est d'autant plus crucial que le commerce informel, estimé à près de 10 milliards de dollars par an, échappe déjà largement au contrôle des États. Une rupture durable des relations institutionnelles risquerait d'aggraver ce phénomène, privant les budgets nationaux de recettes fiscales essentielles.

Le geste de Romuald Wadagni le 24 mai 2026, qui a invité les dirigeants de l'AES pour la première fois depuis la formation de cette organisation, s'inscrit dans cette même logique pragmatique. Le Bénin avait subi de plein fouet la fermeture de la frontière nigérienne après le coup d'État de juillet 2023, bloquant le transit des marchandises vers et depuis le port de Cotonou. Ce blocage avait coûté au Bénin des centaines de milliards de francs CFA en pertes de recettes douanières et logistiques, selon la Chambre de commerce et d'industrie. La reprise du dialogue avec le Niger pourrait débloquer le commerce bilatéral, qui a chuté de plus de 40 % depuis 2023.

Au-delà du cas béninois, la Cédéao et l'AES partagent un bassin commercial de près de 400 millions de consommateurs. Les chaînes d'approvisionnement sont étroitement imbriquées : le Bénin, le Togo et la Côte d'Ivoire dépendent des marchés maliens et burkinabè pour leurs exportations, tandis que le Niger est un fournisseur clé de bétail pour la côte. Tout cloisonnement prolongé aurait des répercussions immédiates sur les prix et les revenus des commerçants transfrontaliers. La menace terroriste qui frappe le Sahel ne connaît pas de frontières, imposant une coopération sécuritaire que les deux blocs tentent de préserver malgré les divergences politiques.

Cette dynamique de rapprochement ne signifie pas pour autant une réconciliation complète. Les positions politiques restent éloignées, notamment sur la reconnaissance des régimes issus de coups d'État. Cependant, le réalisme économique semble prendre le pas sur les postures idéologiques. Les récentes initiatives de Lomé, Accra et Bamako visent à canaliser les flux transfrontaliers dans des cadres plus formels, tout en maintenant des canaux de dialogue sécuritaire.

Le précédent béninois pourrait faire tâche d'huile. D'autres États côtiers, confrontés aux mêmes dépendances économiques et sécuritaires, pourraient emboîter le pas. La question est de savoir si ce pragmatisme bilatéral pourra se traduire par une relance de l'intégration régionale à l'échelle de toute l'Afrique de l'Ouest, ou si le continent s'achemine vers un système à plusieurs vitesses, où les blocs coexistent sans fusionner.

La reprise du dialogue entre Cédéao et AES, illustrée par l'ouverture béninoise, montre que les liens économiques et sécuritaires restent plus forts que les divergences politiques. Mais cette dynamique pragmatique pourra-t-elle surmonter les fractures institutionnelles et aboutir à une nouvelle architecture régionale ? L'équilibre entre souveraineté nationale et intégration sous-régionale reste à trouver.