Le 20 juin 2026, à Marrakech, la présidente du Parlement de la CEDEAO, Mémounatou Ibrahima, a salué l'Initiative Atlantique lancée par le roi Mohammed VI, y voyant un levier pour renforcer l'interconnexion économique entre l'Afrique de l'Ouest, le reste du continent et les marchés mondiaux. Cette déclaration intervient alors que, chaque année, près de 10 milliards de dollars s'évaporent des caisses des États ouest-africains en raison d'échanges informels, selon des données récentes. Elle révèle une prise de conscience régionale : l'intégration commerciale, socle de la CEDEAO depuis 1975, doit désormais s'appuyer sur des initiatives extérieures pour surmonter les obstacles structurels.

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Des pertes colossales à la recherche de corridors structurants

L'ampleur du commerce informel en Afrique de l'Ouest – estimée à 10 milliards de dollars par an – illustre l'échec relatif des mécanismes formels d'intégration. Malgré la libéralisation théorique des échanges au sein de la CEDEAO, les barrières non tarifaires, les tracasseries administratives et le manque d'infrastructures continuent de freiner les flux légaux. C'est dans ce contexte que l'Initiative Atlantique, présentée comme un corridor économique reliant l'Afrique de l'Ouest au Maroc et au-delà, prend tout son sens. En offrant une voie alternative, elle pourrait absorber une partie des échanges informels dans un cadre régulé, générant des recettes fiscales et améliorant la traçabilité.

La ZLECAf comme cadre d'articulation

Mémounatou Ibrahima n'a pas manqué de relier cette initiative à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qualifiée d'« opportunité stratégique ». En effet, l'Initiative Atlantique ne se conçoit pas en concurrence avec la ZLECAf, mais comme un complément régional. Alors que la ZLECAf vise à créer un marché unique continental, les corridors comme celui de l'Atlantique permettent de résoudre des problèmes concrets de connectivité. La vision 2050 du Parlement de la CEDEAO, qui ambitionne une transformation économique profonde, intègre d'ailleurs ces dynamiques extracommunautaires.

Un contexte géopolitique porteur

Les déclarations de la présidente du Parlement de la CEDEAO s'inscrivent dans un environnement international marqué par des tensions accrues – guerres commerciales, fragmentation des chaînes de valeur – qui poussent les régions à chercher des alliances pragmatiques. L'Initiative Atlantique, portée par le Maroc, offre à l'Afrique de l'Ouest un accès facilité aux marchés euro-méditerranéens et du Golfe, comme l'a souligné le Forum parlementaire économique de Marrakech. Ce rapprochement Sud-Sud, promu par le royaume chérifien, répond à une logique de diversification des partenariats, loin de la dépendance historique aux anciennes puissances coloniales.

De la déclaration à la mise en œuvre

Reste que les défis demeurent considérables. L'effectivité de l'Initiative Atlantique dépendra de sa traduction en projets concrets – routes, ports, zones franches – et de l'harmonisation des réglementations entre les pays membres de la CEDEAO et le Maroc. La lutte contre le commerce informel, qui mine l'intégration, nécessite des réformes douanières et fiscales audacieuses. Les parlementaires ouest-africains, en lien avec leurs homologues marocains, ont un rôle clé à jouer pour créer un cadre juridique favorable.

L'Initiative Atlantique cristallise les espoirs d'un nouveau départ pour l'intégration ouest-africaine, mais elle devra composer avec des décennies de fragilité institutionnelle. Si elle parvient à canaliser les flux informels et à attirer les investissements, elle pourrait devenir un modèle pour d'autres corridors régionaux. La question reste ouverte : cette dynamique suffira-t-elle à transformer les structures économiques héritées de la période post-coloniale ? L'avenir de la CEDEAO à 50 ans se joue en partie dans ces nouveaux partenariats.