Le 21 mai 2026, le médiateur de la CEDEAO, Lansana Kouyaté, a appelé à une coopération renforcée avec la Confédération des États du Sahel (AES), marquant un possible apaisement après des mois de tensions. Cette initiative intervient dans un contexte où les économies sahéliennes subissent les conséquences d’une insécurité persistante et de dettes publiques croissantes, comme illustré par les récentes annonces sur la situation au Niger. Le geste symbolique du Roi du Maroc envers les supporters sénégalais, salué par la CAF, rappelle également l'importance des liens diplomatiques et sportifs dans la région.
CEDEAO ↔ AES : vers un rapprochement pragmatique
Après des années de tensions, le médiateur Lansana Kouyaté tend la main à la Confédération des États du Sahel. Sécurité, dette, coopération : les enjeux d’une réconciliation régionale.
Mali, Burkina Faso, Niger quittent la CEDEAO et fondent leur propre bloc de défense et de souveraineté.
Le Mali fait face à une recrudescence des attaques. Le Niger publie des chiffres provisoires de sa dette publique, signe de tensions budgétaires.
Lansana Kouyaté rencontre le président du Faso et appelle à une coopération renforcée CEDEAO-AES. Un possible apaisement après des mois de tensions.
Les acteurs du rapprochement
Le dilemme sahélien
Insécurité persistante
Attaques au Mali, état d’urgence au Tchad, instabilité au Niger. La coopération militaire CEDEAO-AES est jugée prioritaire par le médiateur.
Dettes publiques et pressions budgétaires
Le Niger a publié des chiffres provisoires de sa dette fin 2025. Les économies sahéliennes subissent les conséquences de l’insécurité et de la dette croissante.
DONNÉES CLÉS
« Il est nécessaire de conjuguer les efforts pour la sécurité et la stabilité, deux prérequis à tout développement économique durable. »
— Lansana Kouyaté, médiateur de la CEDEAO, après sa rencontre avec le président du Faso (21 mai 2026)
EN BREF
- → Le médiateur Lansana Kouyaté appelle à une coopération CEDEAO-AES après des années de tensions.
- → La dégradation sécuritaire au Mali et les difficultés économiques au Niger poussent au rapprochement.
- → Le Tchad prolonge l’état d’urgence dans la région du Lac. La stabilité régionale reste fragile.
La déclaration de Lansana Kouyaté, suite à sa rencontre avec le président du Faso, constitue un signal fort dans un paysage régional jusqu’ici marqué par la méfiance entre la CEDEAO et l’AES. Depuis la création de l’Alliance des États du Sahel en 2023, les relations étaient tendues, chaque bloc cherchant à affirmer sa légitimité. Mais les évolutions récentes – notamment la dégradation sécuritaire au Mali et les difficultés économiques au Niger – semblent pousser à un rapprochement pragmatique. Le médiateur insiste sur la nécessité de conjuguer les efforts pour la sécurité et la stabilité, deux prérequis à tout développement économique durable.
Parallèlement, les indicateurs macroéconomiques de la région restent préoccupants. Le 21 mai, le Niger a publié des chiffres provisoires de sa dette publique à fin 2025, rappelant la pression qui pèse sur les finances des États sahéliens. Le Tchad, de son côté, a prolongé de trois mois l’état d’urgence dans la région du Lac en raison de l’insécurité, une décision qui alourdit encore les dépenses sécuritaires au détriment des investissements productifs. Ces contraintes budgétaires limitent la marge de manœuvre des gouvernements et renforcent l’intérêt d’une coordination régionale pour mutualiser les coûts.
Dans ce contexte, le geste du Roi Mohammed VI accordant la grâce royale aux supporters sénégalais condamnés après la finale de la CAN 2025 illustre l’influence des dynamiques diplomatiques extra-régionales. En saluant cette décision, le président de la CAF, Patrice Motsepe, a souligné le pouvoir unificateur du football. Cet épisode rappelle que les relations entre États africains ne se limitent pas aux seuls cadres institutionnels et que des canaux informels ou symboliques peuvent favoriser le dialogue. Le Maroc, acteur économique majeur en Afrique de l’Ouest, joue ici un rôle de pont.
Au-delà de la géopolitique de haut niveau, les difficultés quotidiennes des populations restent criantes. À N’Djamena, l’absence de feux tricolores sur les ronds-points provoque embouteillages et accidents, symptôme d’un sous-investissement chronique dans les infrastructures urbaines. Ce problème apparemment local reflète une réalité plus large : la faiblesse des dépenses publiques dans des secteurs clés comme les transports, l’énergie ou l’agriculture, détournées par les urgences sécuritaires. Le projet RENFORT, visant à renforcer l’entreprenariat agro-pastoral des jeunes et des femmes au Tchad, tente d’apporter une réponse, mais son appel à candidature pour un poste de contrôleur interne souligne la nécessité d’une gestion rigoureuse des fonds.
L’évolution depuis les premières annonces de l’AES en 2023 est notable. Alors que les articles de mi-mai 2026 insistaient sur les difficultés de l’Alliance à se structurer économiquement et à contenir l’insécurité, l’appel de Lansana Kouyaté suggère un réalignement progressif. Les acteurs régionaux semblent prendre conscience que les défis – terrorisme, dette, chômage, urgence climatique – transcendent les clivages politiques. La coopération entre la CEDEAO et l’AES, si elle se concrétise, pourrait déboucher sur des mécanismes conjoints de financement des infrastructures ou de lutte contre l’insécurité, à l’image des projets transfrontaliers déjà en discussion.
Cependant, des obstacles demeurent. La souveraineté revendiquée par les régimes militaires du Sahel face aux institutions régionales reste un point sensible. La question de la représentativité et de la légitimité des gouvernements de transition complique les négociations. Par ailleurs, les divergences économiques entre les pays côtiers de la CEDEAO, plus dynamiques, et les États sahéliens fragilisés, rendent difficile l’harmonisation des politiques. Le succès de ce rapprochement dépendra de la capacité à trouver un équilibre entre les impératifs sécuritaires et les aspirations démocratiques des populations.
L’appel à la coopération entre CEDEAO et AES n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une tendance plus large de recomposition des alliances régionales en Afrique de l’Ouest, où la pression économique et sécuritaire pousse les États à dépasser leurs antagonismes. Alors que se profilent la Coupe du Monde 2026 et d’autres échéances internationales, la région cherche de nouveaux équilibres, entre intégration formelle et pragmatisme. Reste à savoir si cette dynamique aboutira à des résultats concrets pour les citoyens ou si elle restera lettre morte, comme tant de déclarations précédentes.