Le 25 mai 2026, le président burkinabè Ibrahim Traoré a reçu Lansana Kouyaté, médiateur de la CEDEAO auprès de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette audience, la première du genre depuis la création de l’AES, marque un tournant dans les relations entre les deux blocs régionaux. Alors que les tensions politiques semblaient irréversibles, la visite de Kouyaté suggère une inflexion pragmatique, portée par des nécessités sécuritaires et économiques communes.
Une normalisation pragmatique au Sahel
La visite de Lansana Kouyaté à Ouagadougou le 25 mai 2026 marque un tournant diplomatique entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel.
Création de l’Alliance des États du Sahel (AES)
Mali, Burkina Faso et Niger unissent leurs forces. Les échanges directs avec la CEDEAO deviennent quasi inexistants.
Dette publique du Niger à des niveaux préoccupants
Le ministre des Finances Laouali Abdou Rafa alerte sur la situation. Les trois États sahéliens subissent inflation importée et accès limité aux marchés financiers.
Audience historique à Ouagadougou
Le président Ibrahim Traoré reçoit Lansana Kouyaté, médiateur de la CEDEAO. Première rencontre directe depuis la création de l’AES. Inflexion pragmatique.
Acteurs du dialogue
Les ressorts économiques du rapprochement
Dette publique du Niger
Niveaux préoccupants fin 2025, selon le ministre des Finances Laouali Abdou Rafa.
Accès aux marchés financiers
Les trois États sahéliens en sont privés, ce qui aggrave l’inflation importée.
Sanctions levées, effets persistants
Les tensions sur les échéances électorales et les sanctions économiques pèsent encore.
Cette audience, la première du genre depuis la création de l’AES, marque un tournant dans les relations entre les deux blocs régionaux.
Niveau de normalisation
Le dialogue reprend, mais les contentieux électoraux et les contraintes économiques restent profonds. Une normalisation encore fragile.
Un dialogue qui rompt avec la logique de confrontation Depuis la création de l’Alliance des États du Sahel en septembre 2023, les échanges directs entre la CEDEAO et les putschistes au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger étaient quasi inexistants. La médiation de Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen et figure respectée, a été acceptée par les deux parties, signe d’une volonté de renouer le fil diplomatique. Son entretien avec Traoré à Ouagadougou n’est pas anodin : il intervient après des mois de tensions sur les échéances électorales et de sanctions économiques levées mais aux effets persistants.
**Les ressorts économiques d’une réconciliation** Au-delà des discours, les réalités économiques imposent un rapprochement. La dette publique du Niger atteignait des niveaux préoccupants fin 2025, comme l’a indiqué le ministre des Finances Laouali Abdou Rafa. Les trois États sahéliens, privés d’accès aux marchés financiers régionaux et subissant une inflation importée, ont tout à gagner à rétablir des flux commerciaux normaux avec leurs voisins de la CEDEAO. La libre circulation des personnes et des biens, évoquée par Kouyaté, est un enjeu concret pour des économies fortement intégrées de fait, malgré les ruptures politiques.
**Sécurité et stabilité : l’autre urgence** La situation sécuritaire au Sahel se dégrade, et la réponse des seules armées nationales montre ses limites. Une coopération régionale, même minimale, est perçue comme nécessaire pour lutter contre les groupes armés qui ne connaissent pas de frontières. Kouyaté a insisté sur la « géographie qui unit », rappelant que les menaces et les flux illicites transcendent les clivages institutionnels. Cette dimension sécuritaire pourrait faciliter des accords techniques entre les appareils de défense, au-delà des divergences politiques.
**Un positionnement en demi-teinte des États membres** Si la rencontre est un signal positif, elle n’efface pas les divergences de fond. La CEDEAO reste attachée à un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel que les dirigeants de l’AES jugent irréaliste. Le Sénégal, dont le président Bassirou Diomaye Faye a récemment nommé un nouveau Premier ministre (Al Aminou Lô), pourrait jouer un rôle modérateur. Mais la méfiance persiste, notamment de la part du Nigeria, poids lourd de la région, qui voit d’un mauvais œil la consolidation de l’AES comme alternative politique.
**Les implications pour l’UEMOA** Monétairement, les trois pays de l’AES restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), et donc du Franc CFA. Toute remise en cause de cette appartenance aurait des conséquences financières majeures. La médiation de Kouyaté pourrait donc aussi servir à rassurer les partenaires économiques sur la continuité des arrangements monétaires, essentiels pour les échanges commerciaux et les investissements.
**Vers une réintégration progressive ?** La rencontre n’annonce pas un retour immédiat des trois États dans le giron de la CEDEAO, mais elle ouvre la voie à une coopération pragmatique sur des dossiers concrets : sécurité transfrontalière, facilitation des échanges, gestion des flux migratoires. Les « instructions éclairées » données par Traoré, selon Kouyaté, suggèrent que le Burkina Faso est prêt à explorer des solutions gagnant-gagnant, sans perdre la face.
Cette médiation illustre un réalisme croissant dans une région où les idéologies cèdent souvent le pas aux urgences sécuritaires et économiques. La suite dépendra de la capacité des deux blocs à transformer ces contacts en accords opérationnels, tout en gérant les sensibilités politiques internes. Un test pour la diplomatie ouest-africaine.