La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert l’évaluation des offres pour le déploiement d’un second câble sous-marin de fibre optique dans la région. Ce projet intervient dans un contexte où la dépendance à l’égard des infrastructures détenues par des acteurs extra-régionaux est de plus en plus perçue comme un risque stratégique. Alors que l’UEMOA et la Banque mondiale multiplient les initiatives de financement en monnaie locale et de réformes macroéconomiques, ce câble s’inscrit dans une dynamique plus large d’autonomisation numérique et de renforcement des échanges intra-zone.
Câble sous-marin : la CEDEAO en quête de souveraineté numérique
La CEDEAO évalue les offres pour un second câble sous-marin de fibre optique. Objectif : réduire la dépendance extra-régionale et renforcer l’autonomie numérique ouest-africaine.
La CEDEAO lance l’évaluation des offres pour une nouvelle infrastructure de fibre optique, après un premier câble qui a déjà réduit les coûts d’accès dans plusieurs pays côtiers.
La dépendance aux acteurs extra-régionaux est perçue comme un risque stratégique. Ce projet vise à doter l’Afrique de l’Ouest d’une infrastructure de télécommunications autonome.
Digitalisation des services publics, télétravail, e-commerce : la bande passante nécessaire explose. Le premier câble ne suffit plus à absorber la croissance des usages.
Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large : UEMOA, Banque mondiale, et pays comme le Ghana (programme FMI bouclé en mai 2026) consolident leurs cadres macroéconomiques.
Chronologie du projet
La CEDEAO accélère sa stratégie de souveraineté numérique. Après un premier câble en 2024, un second est en évaluation en 2026. Objectif : répondre à la demande croissante de bande passante et réduire la dépendance aux acteurs extra-régionaux, dans un contexte de réformes macroéconomiques (UEMOA, Banque mondiale, Ghana/FMI).
Un projet de long terme pour une connectivité régionale
L’évaluation des offres pour ce second câble sous-marin marque une étape clé dans la stratégie numérique de la CEDEAO. Lancé il y a plusieurs années, le projet vise à doter la région d’une infrastructure de télécommunications indépendante, capable de répondre à la croissance exponentielle de la demande en bande passante. Le premier câble, déployé dans le cadre du même programme, avait déjà permis de réduire les coûts d’accès à Internet dans plusieurs pays côtiers. Mais l’augmentation des usages – portée par la digitalisation des services publics, le télétravail et l’essor du commerce électronique – rend nécessaire une capacité supplémentaire.
Un enjeu de souveraineté dans un contexte de réformes
Le calendrier de ce projet n’est pas anodin. Il intervient alors que les pays d’Afrique de l’Ouest, à l’instar du Ghana qui a bouclé son programme avec le FMI en mai 2026, consolident leurs cadres macroéconomiques. La rationalisation des dépenses publiques et le resserrement monétaire, évoqués dans les récents rapports de la Banque mondiale sur la croissance de l’UEMOA, créent un environnement plus favorable aux investissements structurants. Mais au-delà de la stabilité financière, c’est la question de la maîtrise des infrastructures critiques qui est posée. Aujourd’hui, la majeure partie du trafic numérique ouest-africain transite par des câbles détenus par des consortiums internationaux (SAT-3, ACE). Ce second câble régional, adossé à la CEDEAO, vise à offrir une alternative et à renforcer la souveraineté numérique.
Une complémentarité avec les projets d’intégration énergétique
L’ambition de la CEDEAO ne se limite pas au numérique. Depuis plusieurs années, l’institution pilote le West African Power Pool (WAPP), qui a permis la construction de plus de 4 000 kilomètres de lignes haute tension, interconnectant 15 pays. Ce parallèle entre infrastructures énergétiques et numériques n’est pas fortuit. Dans les deux cas, il s’agit de créer des biens publics régionaux capables de catalyser l’intégration économique. Le câble sous-marin facilitera le développement de services numériques transfrontaliers – télémédecine, e-éducation, paiements mobiles – qui nécessitent une connectivité fiable et à bas coût. Les dirigeants ouest-africains, réunis à Lagos en mai 2026, ont d’ailleurs inscrit la transformation numérique parmi les piliers de leur feuille de route commune.
Le défi du financement et de la maintenance
Si le projet est techniquement viable, son financement reste un point d’attention. La CEDEAO mise sur un modèle de partenariat public-privé, avec des clauses de propriété régionale. La Banque mondiale, qui soutient déjà le développement du marché obligataire en monnaie locale dans l’UEMOA, pourrait être mise à contribution. Le coût estimé d’un tel câble – plusieurs centaines de millions de dollars – nécessite des garanties souveraines. La question de la maintenance, souvent négligée dans les projets d’infrastructure en Afrique, devra être inscrite dès la phase de conception. Les pannes répétées de câbles existants, comme celle du WACS en 2024, rappellent l’importance d’une gestion durable.
Une réponse à la fragmentation du marché numérique
Au-delà des aspects techniques, ce câble régional constitue une réponse à la fragmentation du marché numérique ouest-africain. Aujourd’hui, chaque pays négocie ses accords de connectivité de manière isolée, ce qui renforce la dépendance et limite les économies d’échelle. En mutualisant l’infrastructure, la CEDEAO espère faire baisser les coûts d’accès à Internet, encore trop élevés dans la région (entre 5 et 15 % du revenu mensuel moyen selon l’UIT). Cette baisse est d’autant plus nécessaire que le commerce électronique, porté par la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), devrait exploser dans les années à venir.
L’évaluation des offres pour ce second câble sous-marin n’est qu’une première étape, mais elle cristallise les ambitions de la CEDEAO en matière de souveraineté numérique. Reste à savoir si les États membres parviendront à aligner leurs intérêts souvent divergents pour mener ce projet à son terme. Dans un contexte où la compétition pour l’accès aux routes numériques s’intensifie – l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe lancent leurs propres initiatives –, la capacité de l’Afrique de l’Ouest à agir collectivement sera déterminante pour sa transformation digitale.