La Banque mondiale a présenté le 30 juin 2026 sa Note sur la situation économique du Burkina Faso. Le pays affiche une croissance du PIB réel de 5,3% en 2025, contre 4,8% en 2024, et une inflation tombée à -0,5%. Derrière ces chiffres encourageants se dessine une économie toujours sous tension, entre fragilité sécuritaire, dépendance minière et consolidation budgétaire.

Infographie — Économie · Burkina Faso

Une croissance tirée par l’agriculture et les mines

La performance économique burkinabè en 2025 confirme une tendance amorcée l’année précédente. Selon la Banque mondiale, l’excellente campagne agricole, le dynamisme des services et le rebond de l’activité minière expliquent cette accélération de la croissance. Le secteur minier, notamment aurifère, reste un pilier essentiel malgré un environnement juridique parfois instable. En juin 2026, le tribunal de commerce de Ouagadougou a annulé un contrat d’achat d’or avec Franco‑Nevada, illustrant les tensions entre l’État et les opérateurs miniers. Cette décision pourrait affecter la perception des investisseurs, même si l’effet à court terme semble contenu.

L’inflation négative : une épée à double tranchant

La baisse des prix, portée par la diminution des denrées alimentaires et de l’énergie, améliore le pouvoir d’achat des ménages et réduit la pauvreté monétaire. Mais elle soulève aussi des risques pour les producteurs et les marges des entreprises. Dans un contexte de fragilité sécuritaire, une déflation prolongée pourrait freiner l’investissement privé. La Banque mondiale note toutefois que cette évolution résulte principalement d’une offre abondante et d’une demande atone, signe d’une reprise encore incomplète.

Consolidation budgétaire et soutien des bailleurs

Sur le plan des finances publiques, la réduction du déficit et l’amélioration de la trajectoire de la dette sont saluées. Ces avancées s’inscrivent dans le cadre des réformes soutenues par les partenaires techniques et financiers. En juin, le Burkina a obtenu un nouvel appui financier et prépare, avec la Banque africaine de développement, son Document de stratégie pays 2027‑2031. Les efforts de consolidation renforcent la crédibilité du pays vis‑à‑vis des bailleurs, mais ils limitent aussi les marges de manœuvre pour des dépenses sociales urgentes.

La participation économique des femmes : un chantier prioritaire

L’étude accorde une attention particulière à la participation des femmes à l’économie. Malgré des progrès, les inégalités persistent, notamment dans l’accès au crédit et aux terres. La Banque mondiale insiste sur la nécessité de politiques ciblées pour soutenir l’entrepreneuriat féminin, qui constitue un levier de croissance inclusive. Cette question est d’autant plus cruciale que les femmes jouent un rôle clé dans l’agriculture et le commerce informel, secteurs qui absorbent une grande partie de la main‑d’œuvre.

Un contexte régional contrasté

Au sein de l’UEMOA, la performance burkinabè se distingue par sa vigueur, mais elle reste fragile. La croissance régionale est hétérogène, et les incertitudes sécuritaires pèsent sur les échanges commerciaux. Le Burkina, malgré une amélioration de ses indicateurs macroéconomiques, fait face à une crise humanitaire et sécuritaire qui pourrait à tout moment compromettre les acquis. Les prochains mois seront décisifs pour vérifier si la résilience affichée peut durer.

Les chiffres dévoilés par la Banque mondiale montrent une économie burkinabè capable d’encaisser les chocs. Mais la véritable épreuve reste la capacité à transformer cette résilience conjoncturelle en dynamique structurelle, dans un environnement régional marqué par l’insécurité et les transitions politiques.