La campagne agricole 2024-2025 a vu la production de sésame au Burkina Faso atteindre 376 945 tonnes, soit une hausse de 52,5 % par rapport à l’année précédente. Cette performance dépasse de plus d’un tiers la moyenne quinquennale et consolide la place du sésame comme pilier des exportations agricoles du pays. Dans un contexte de défis sécuritaires et climatiques, cette dynamique révèle la capacité d’adaptation des filières agricoles burkinabè et leur contribution à l’entrée de devises.

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Le Conseil burkinabè des filières agropastorales et halieutiques (CBF) a publié des chiffres qui marquent un tournant pour l’agriculture du pays. Avec 376 945 tonnes de sésame récoltées, la hausse de 52,5 % par rapport à la campagne précédente (246 975 tonnes) et un écart de 34 % au-dessus de la moyenne des cinq dernières années (280 340 tonnes) ne sont pas de simples fluctuations saisonnières. Ils traduisent une transformation structurelle de la filière.

Cette progression s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la demande internationale pour le sésame est soutenue, portée par les marchés asiatiques et européens où il est utilisé dans l’alimentation, la cosmétique et la pharmacie. Ensuite, les efforts d’organisation des acteurs locaux – producteurs, transformateurs, commerçants – ont permis d’améliorer la gouvernance et la qualité, répondant ainsi aux normes exigées par les acheteurs étrangers. Enfin, les autorités burkinabè ont mis l’accent sur l’accompagnement technique et financier des producteurs dans les régions clés comme le Goulmou, le Bankui, le Nando, le Nazinon et le Tannounyan.

Le sésame devient ainsi un levier de diversification économique pour un pays historiquement dépendant de l’or et du coton. L’or, bien que toujours premier poste d’exportation, est soumis aux fluctuations des cours mondiaux et à une insécurité croissante dans les zones minières. Le coton, de son côté, subit la concurrence des producteurs asiatiques et les aléas climatiques. Le sésame offre une alternative plus résiliente : sa culture est moins exigeante en eau et peut être pratiquée sur des parcelles de taille modeste, ce qui le rend accessible à une multitude de petits exploitants.

Cette expansion ne va pas sans défis. La persistance de l’insécurité dans plusieurs régions du nord et de l’est limite l’accès aux terres et aux marchés. Les attaques djihadistes et les déplacements de population perturbent les cycles agricoles. Pourtant, les régions productrices de sésame sont souvent situées dans des zones relativement stables du sud et du centre, ce qui explique en partie le succès de la filière. Le CBF souligne que cette résilience est aussi le fruit d’une meilleure organisation communautaire et de l’appui des projets de développement.

Sur le plan macroéconomique, la hausse des exportations de sésame contribue à l’entrée de devises et à la réduction du déficit commercial. Dans l’espace UEMOA, le Burkina Faso consolide sa position de leader régional du sésame, devant le Mali et le Niger. Cette spécialisation pourrait être renforcée par les politiques d’intégration régionale et les corridors commerciaux, bien que les frontières restent parfois fermées pour des raisons sécuritaires ou politiques.

En regardant les tendances historiques fournies par les sources scrapées, on observe que les discussions au Mali en mai 2026 sur le financement agricole avec la SFI montrent une prise de conscience régionale de l’importance de l’agriculture comme moteur de stabilité. Le bond du sésame au Burkina Faso s’inscrit dans cette dynamique plus large : les États sahéliens cherchent à sécuriser leurs revenus d’exportation tout en renforçant la souveraineté alimentaire. La question est de savoir si cette croissance pourra être soutenue sans creuser les inégalités entre zones sécurisées et zones de conflit, ni épuiser les sols par une monoculture intensive.

Le sésame burkinabè illustre une voie possible de développement agricole malgré l’adversité. Sa progression rapide interroge sur les conditions de durabilité : comment concilier l’augmentation des volumes avec la préservation des ressources naturelles et l’équité territoriale ? Alors que la CEDEAO et l’UEMOA promeuvent des stratégies de transformation locale, le Burkina Faso pourrait miser sur la première transformation (décorticage, huilerie) pour capter davantage de valeur ajoutée. L’avenir de la filière dépendra autant de la sécurité que de la capacité à innover et à intégrer les petits producteurs dans des chaînes de valeur compétitives.