Le Burkina Faso a enregistré une production cotonnière de 314 293 tonnes pour la campagne 2025-2026, soit une hausse de 7% par rapport à l’exercice précédent. Cette progression annoncée le 25 juin 2026 en Conseil des ministres s’inscrit dans un contexte sécuritaire toujours dégradé mais stabilisé, et intervient alors que le pays tente de renforcer sa souveraineté dans la transformation des matières premières. Ce rebond interpelle par son ampleur et par les questions qu’il soulève sur l’avenir de la filière ouest-africaine.
Production cotonnière : le rebond
+7% en un an, malgré l’insécurité. Retour sur une filière qui tient.
Les ressorts du rebond
Des précipitations bien réparties ont soutenu les rendements.
L’État a garanti un prix minimum en début de campagne.
Extension des surfaces et adoption de variétés résistantes.
Insécurité : une menace persistante
Les régions de la Boucle du Mouhoun et des Hauts-Bassins, qui concentrent l’essentiel de la production, restent exposées. Malgré tout, la Sofitex a maintenu l’approvisionnement en intrants.
Souveraineté dans la transformation
Le Burkina Faso veut renforcer sa capacité à transformer le coton sur place, au-delà de l’exportation de matière première.
Sécurité & logistique
L’insécurité dans les zones cotonnières complique l’acheminement des intrants et l’évacuation de la production.
“Cette progression de 7% est d’autant plus notable qu’elle intervient dans un environnement marqué par l’insécurité persistante.”
— Conseil des ministres, 25 juin 2026Sources : Conseil des ministres Burkina Faso, Sofitex, Banque mondiale, FMI.
Infographie Cauris • Juin 2026 • Données vérifiées.
Le chiffre de 314 293 tonnes de coton-graine conventionnel et biologique marque une nette amélioration par rapport aux 294 507 tonnes de la campagne précédente. Cette progression de 7% est d’autant plus notable qu’elle intervient dans un environnement marqué par l’insécurité persistante dans les zones de production, notamment dans les régions de la Boucle du Mouhoun et des Hauts-Bassins, qui concentrent l’essentiel de la culture cotonnière burkinabè. Les producteurs ont su s’adapter en adoptant des variétés plus résistantes et en améliorant les pratiques culturales, tandis que la société cotonnière Sofitex a maintenu un approvisionnement en intrants malgré les difficultés logistiques.
Les ressorts d’une croissance inattendue
Cette embellie ne doit rien au hasard. Elle résulte d’une combinaison de facteurs : une pluviométrie favorable, des prix planchers garantis par l’État revalorisés en début de campagne, et un effort soutenu de la part des producteurs qui ont étendu les surfaces cultivées dans les zones encore accessibles. Selon le rapport présenté au Conseil des ministres, la part du coton biologique, certifié, a également progressé, témoignant d’une demande internationale soutenue pour les fibres durables. Le Burkina Faso reste le premier producteur ouest-africain de coton, devant le Mali et le Bénin, mais cette position est menacée par les aléas sécuritaires et climatiques.
Un contraste avec l’instabilité du secteur minier
Le même jour, le Conseil des ministres a également adopté un décret sur les bourses d’études, mais une autre actualité récente éclaire le contexte global. Le 20 juin 2026, le tribunal de commerce de Ouagadougou a annulé un accord d’achat d’or entre Franco-Nevada et Riverstone Karma, condamnant la société à verser 5,2 milliards de FCFA. Cette décision illustre les tensions dans le secteur extractif, où l’État cherche à reprendre le contrôle des ressources. La filière coton, elle, reste largement structurée autour de Sofitex et de la coopérative UNPCB, avec un cadre réglementaire plus stable. La hausse de production confirme que le coton demeure un pilier de l’économie burkinabè, capable de croître même quand l’or suscite des contentieux.
Les défis de la transformation locale
Malgré cette bonne nouvelle, le pays exporte encore 90% de son coton-graine sous forme brute, principalement vers l’Asie et l’Europe. La transformation locale, via les usines d’égrenage, ne couvre qu’une faible part de la filière. Le gouvernement a fait de l’industrialisation une priorité, avec le projet de zone économique spéciale industrielle de Bobo-Dioulasso, qui prévoit l’implantation d’unités de tissage et de confection. Mais les investissements restent timides, freinés par le coût de l’énergie et l’insécurité. La hausse de la production pourrait offrir un volume critique pour attirer des investisseurs, à condition que la stabilité sécuritaire s’améliore durablement.
Regard régional : une dynamique ouest-africaine
Cette progression burkinabè s’inscrit dans une tendance régionale plus large. Au Mali, la production a également rebondi après la crise de 2023-2024, tandis que le Bénin poursuit sa mécanisation avec le soutien de la China National Cotton Group. La Côte d’Ivoire, premier producteur africain de cacao, a relancé son plan coton. La compétition pour les marchés d’exportation s’intensifie, d’autant que les cours mondiaux du coton restent volatils, sous l’effet des politiques agricoles américaines et chinoises. L’enjeu pour le Burkina Faso est de tirer parti de cette hausse pour négocier de meilleurs prix et développer une industrie textile capable de créer des emplois dans les zones rurales.
En parallèle, la question du financement de la filière se pose. Le 20 juin 2026, la Banque africaine de développement a annoncé la préparation du Document de stratégie pays 2027-2031 pour le Burkina Faso, qui devrait inclure un appui à l’agriculture et aux chaînes de valeur. Ce soutien pourrait être déterminant pour moderniser la logistique, sécuriser les intrants et encourager la certification biologique, qui offre une prime à l’exportation.
La hausse de 7% de la production cotonnière burkinabè en 2025-2026 est un signal positif, mais elle ne doit pas masquer les fragilités structurelles : dépendance aux exportations brutes, insécurité persistante, et manque d’investissements industriels. À l’échelle ouest-africaine, cette performance relance le débat sur la souveraineté économique et la transformation locale des matières premières. Le vrai test viendra dans les années à venir, lorsque le pays devra concilier croissance quantitative et montée en gamme qualitative.