La Banque nationale d’investissement (BNI) a annoncé le 13 juillet 2026 la cession de 21,09% du capital de la BICICI à la société d’investissement Brandon & Mcain Capital. Cette opération, intervenue quelques semaines après la présentation de résultats record pour 2025, a relancé un débat récurrent : quel doit être le rôle des banques publiques dans le développement économique ivoirien ? Un professeur d’économie, Prao Yao Séraphin, a appelé à s’inspirer du modèle chinois de grandes banques publiques, suscitant des réactions contrastées dans un contexte régional marqué par la fin du programme FMI au Ghana et les besoins colossaux de financement au Sénégal.

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L’annonce de la cession partielle de la participation de la BNI dans la BICICI a pris de court une partie de l’opinion. L’institution publique, qui venait de dévoiler des résultats financiers en forte hausse pour l’exercice 2025, semblait pourtant en position de force. Son directeur général, Youssouf Fadiga, avait souligné lors de la conférence du 10 juin le rôle croissant de la banque dans le financement de l’économie nationale. La vente de cette participation dans une filiale du groupe marocain BMCE a donc été perçue par certains comme un retour en arrière.

Un appel au modèle chinois

Le professeur Prao Yao Séraphin a estimé que l’État devrait, au contraire, renforcer le secteur bancaire public en s’inspirant de l’expérience chinoise. Selon lui, trois piliers expliquent la réussite de ce modèle : l’alignement du crédit sur les objectifs de l’État, l’essor du numérique et une forte résilience aux crises. Dans le contexte du Plan national de développement (PND) 2026-2030, qui vise une croissance annuelle moyenne de 7,2% et un revenu par habitant de 4 500 USD d’ici 2030, une telle orientation présenterait des avantages évidents.

La Chine a effectivement bâti un système où les grandes banques publiques servent de bras financier aux priorités industrielles et d’infrastructures. Pour la Côte d’Ivoire, cela signifierait une capacité accrue à financer des projets lourds sans dépendre des marchés internationaux ou des investisseurs étrangers. Mais le transfert suppose aussi une discipline budgétaire et une gestion des risques que peu de pays africains ont su maîtriser.

Un contexte régional en mutation

Cette controverse intervient dans une période charnière pour l’Afrique de l’Ouest. Le 15 mai 2026, le Ghana a officialisé la conclusion anticipée de son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, marquant un retour à une gestion autonome après une période d’austérité. Ce geste de souveraineté économique pourrait inspirer d’autres pays, mais il intervient après des années de réformes douloureuses. Au Sénégal, le projet gazier Yakaar-Teranga nécessite un investissement estimé à 4 500 milliards de FCFA, un montant qui interroge sur la capacité des banques locales, publiques ou privées, à y participer.

Les limites d’un débat binaire

Le choix entre banque publique et privée n’est pas seulement idéologique. Il soulève des questions opérationnelles : comment éviter les prêts politiques ? Comment garantir l’efficacité ? L’exemple chinois lui-même montre que les banques publiques ont accumulé des créances douteuses, mais ont aussi permis une industrialisation rapide. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est peut-être moins le statut juridique des banques que la qualité de leur gouvernance et leur ancrage dans les priorités nationales.

Par ailleurs, la cession de la BICICI ne signifie pas nécessairement un désengagement de l’État. Il peut s’agir d’une simple optimisation de portefeuille, la BNI conservant des participations dans d’autres secteurs. Mais le débat public montre une attente forte pour que l’État joue un rôle plus actif dans le financement du développement, dans un contexte où les besoins d’investissement dépassent largement l’épargne intérieure.

Alors que le PND 2026-2030 fixe des objectifs ambitieux, la question du modèle bancaire public ou privé reste ouverte. Le précédent chinois, les leçons ghanéennes et les besoins sénégalais forment un puzzle dont chaque pièce pèse sur la décision ivoirienne. Au-delà du choix de modèle, c’est la capacité à bâtir des institutions robustes et alignées sur les objectifs de développement qui fera la différence.