En 2025, le Banco Nacional de Investimento (BNI) du Mozambique a enregistré un bénéfice net de 161 millions de meticais, en hausse de 138% par rapport à 2024. Cette performance spectaculaire, portée par la cession d'une participation dans le TDB Bank et une gestion rigoureuse des coûts, contraste avec les difficultés antérieures de l'institution. Elle offre un cas d'étude pertinent pour les banques de développement ouest-africaines, confrontées à des défis similaires de rentabilité et de qualité d'actifs.

Infographie — Institutions financières

Une performance exceptionnelle

Le BNI a clos l’exercice 2025 avec un bénéfice net de 161,02 millions de meticais, soit 2,1 millions d’euros, en progression de 138 % par rapport à 2024. Ce rebond spectaculaire intervient après une année difficile où les profits avaient chuté. Le produit bancaire a atteint 1,6 milliard de meticais, en hausse de 30 %, principalement tiré par la marge complémentaire qui a quadruplé. Cette dernière a bénéficié de la plus-value de cession de la participation du BNI dans le TDB Bank, ainsi que d’un dynamisme accru des opérations financières. En conséquence, la marge complémentaire a représenté 54 % du produit bancaire, contre 16 % un an plus tôt, supplantant la marge financière traditionnelle. Le président de la commission exécutive, Abdul Jivane, attribue ces résultats à une stratégie solide, à la discipline de gestion des risques et à la confiance des clients et partenaires, dans un contexte économique marqué par une croissance modérée, des pressions cambiales et un endettement public élevé.

Quelles implications pour l’Afrique de l’Ouest ?

La performance du BNI mozambicain résonne particulièrement dans l’écosystème ouest-africain, où plusieurs banques de développement publiques cherchent à renforcer leur viabilité. La hausse de 138 % du résultat net illustre l’effet de leviers non récurrents, notamment les cessions d’actifs. En Afrique de l’Ouest, des institutions comme la Banque nationale d’investissement de Côte d’Ivoire ou la Banque ouest-africaine de développement détiennent également des participations stratégiques. La capacité à monétiser ces participations, tout en préservant un équilibre entre rentabilité et mission de développement, est un enjeu central.

L’amélioration de la qualité du portefeuille de crédits est un autre point d’attention. Le BNI a réussi à réduire ses créances douteuses grâce à une gestion plus rigoureuse. Dans la zone UEMOA, le taux de dégradation des portefeuilles reste une préoccupation majeure pour les banques publiques, souvent exposées à des secteurs volatils. Les mesures adoptées par le BNI – renforcement des indicateurs de capital, rationalisation des coûts – pourraient servir de référence.

La rationalisation des coûts, évoquée dans le rapport, est un levier souvent sous-exploité en Afrique de l’Ouest. Les banques de développement y souffrent fréquemment de structures de coûts rigides, liées à des effectifs pléthoriques ou à des processus peu numérisés. L’expérience mozambicaine montre qu’une discipline de gestion peut dégager des marges sans compromettre l’intervention dans les secteurs productifs.

Enfin, la résilience du BNI dans un environnement macroéconomique difficile – croissance modérée, pression sur les changes, dette publique élevée – offre une leçon de pragmatisme. Les banques ouest-africaines évoluent dans un contexte similaire, avec des déficits budgétaires persistants et une vulnérabilité aux chocs extérieurs. La capacité à maintenir une stabilité financière tout en finançant l’économie réelle reste un défi.

L’exemple du BNI ne dicte pas une recette unique, mais il éclaire les dynamiques à l’œuvre : la recherche de synergies entre activités traditionnelles et opérations financières, la valorisation des actifs stratégiques, et la nécessité d’une gouvernance rigoureuse. Pour les décideurs ouest-africains, le cas mozambicain invite à réfléchir à la transformation des banques de développement en acteurs plus agiles et plus rentables, sans perdre de vue leur vocation première.