La Banque nationale d'investissement (BNI) a cédé le 13 juillet sa participation de 21,09 % dans la BICICI à Brandon & Mcain Capital, portant la part du fonds d'Ahmed Cissé à 40,2 %. Cette opération, qui referme l'hypothèse d'un rapprochement entre les deux banques publiques, illustre la recomposition de l'actionnariat bancaire ivoirien depuis le départ de BNP Paribas en 2024. Elle confirme l'émergence d'un pôle d'investisseurs privés locaux capables de contrôler des établissements de premier plan.

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L'accord conclu entre la BNI et Brandon & Mcain Capital marque un tournant dans la structure du capital de la BICICI, l'une des plus anciennes banques de Côte d'Ivoire. Sous réserve de l'approbation de la Commission bancaire de l'UMOA, Ahmed Cissé – déjà président du conseil d'administration – deviendra l'actionnaire de référence avec 40,2 % du capital, devant l'IPS-CNPS (21,54 %). Cette prise de contrôle intervient après le rachat en juin 2024 de la participation du groupe SUNU (environ 15 %), puis l'acquisition des parts de BNP Paribas par un consortium d'investisseurs ivoiriens en 2023.

L'opération met un terme aux spéculations sur une fusion entre la BICICI et la BNI, banque publique détenue par l'État ivoirien. La sortie de la BNI est perçue comme un recentrage de ses activités sur son cœur de métier : le financement de l'économie et des infrastructures. Pour Brandon & Mcain Capital, ce renforcement est une étape logique dans la constitution d'un pôle financier privé, alors que le fonds est déjà présent dans l'assurance et l'immobilier.

Cette recomposition s'inscrit dans une tendance plus large de « ivoirisation » du secteur bancaire après le départ des groupes français. BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole ont cédé leurs filiales ou réduit leur présence en Afrique subsaharienne, ouvrant la voie à des acteurs locaux. Outre Ahmed Cissé, d'autres entrepreneurs comme Jean Kacou Diagou (NSIA), Koné Dossongui (Coris Bank) ou Yérim Sow (Wafa) ont bâti des empires financiers régionaux.

Les performances financières de la BICICI justifient cet intérêt : à fin 2025, la banque affichait un produit net bancaire de 79,5 milliards FCFA et un résultat net de 36,5 milliards FCFA, en hausse de 39 % sur un an. Cette rentabilité, combinée à un réseau dense et à une clientèle d'entreprises, en fait une cible de choix. La concentration du capital entre les mains d'un actionnaire privé pourrait accélérer la prise de décisions et l'orientation stratégique, tout en renforçant la gouvernance.

Au niveau régional, la montée des actionnaires privés ivoiriens pose la question de la concurrence et de la stabilité. L'UMOA encourage une actionnariat diversifié pour éviter les risques de concentration, mais l'émergence de champions locaux est aussi un gage de résilience. Dans un contexte où les banques panafricaines (Ecobank, UBA, Access) gagnent du terrain, la consolidation d'acteurs nationaux comme BICICI pourrait redessiner les équilibres.

La transaction intervient dans un environnement boursier régional porteur. À la mi-mai 2026, le BRVM Composite progressait de près de 2 % sur une semaine, porté par les valeurs bancaires. Cette dynamique favorable facilite les opérations de rachat et valorise les actifs.

Pour Ahmed Cissé, qui préside également la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI), cette montée au capital de BICICI renforce son poids dans l'économie ivoirienne. Elle illustre la capacité du secteur privé local à reprendre les rênes d'institutions financières historiques, un mouvement observé dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.

La recomposition du capital de la BICICI n'est pas un cas isolé : elle s'inscrit dans un mouvement d'africanisation des banques, porté par des investisseurs nationaux qui captent les parts cédées par les groupes étrangers. Reste à savoir si cette concentration entre les mains de quelques acteurs locaux favorisera une meilleure allocation du crédit ou, au contraire, une plus grande fragilité en cas de choc. L'évolution future du secteur bancaire ouest-africain dépendra de la capacité des régulateurs à accompagner cette transition sans brider l'initiative privée.