Ce lundi 15 juin 2026, le député Thierno Alassane Sall doit remettre à la Section de recherches des documents en provenance d’Espagne, dans le cadre de l’affaire ASER-AEE Power. Ce rebondissement judiciaire intervient alors que le Sénégal traverse une phase délicate sur le plan budgétaire, marquée par une exécution tendue au premier trimestre et un accès restreint aux euro-obligations. L’affaire, qui touche au secteur électrique, pourrait avoir des répercussions sur la confiance des investisseurs et la perception de la gouvernance économique du pays.
Affaire ASER-AEE Power : un test de crédibilité
Nouveaux documents d'Espagne · Secteur électrique · Confiance des investisseurs en suspens
Chronologie du dossier
2024 — Révision budgétaire
Écarts entre chiffres annoncés et comptes réels. Le Sénégal perd l'accès au marché des euro-obligations.
16 mai 2026 — Rapport AfricTelegraph
Le Sénégal se tourne massivement vers le marché des titres publics de l'UEMOA pour financer son déficit.
Juin 2026 — Nouveaux éléments
Le député Thierno Alassane Sall annonce des documents en provenance d'Espagne. Enquête du Pool judiciaire financier.
15 juin 2026 — Remise des documents
Dépôt à la Section de recherches. Soupçons de surfacturation et corruption dans un contrat d'électrification rurale.
Baromètre de crédibilité économique
🔴 Crédibilité sous pression
L'affaire ASER-AEE Power survient après une révision budgétaire (2024) et une perte d'accès aux euro-obligations. La confiance des investisseurs est en jeu.
Chiffres repères · Sénégal
Dette publique brute
130,2%
du PIB · FMI
Solde budgétaire
-7,9%
du PIB · FMI
Investissements directs étrangers
6,1%
du PIB · Banque mondiale
Inflation
0,8%
Banque mondiale
Contexte : Depuis la révision budgétaire de 2024, le Sénégal fait face à un accès restreint aux euro-obligations et une dépendance accrue au marché régional UEMOA.
Acteurs et enjeux
i En bref
L'affaire ASER-AEE Power est un test de crédibilité pour le Sénégal, déjà fragilisé par une révision budgétaire (2024) et un accès restreint aux marchés internationaux. Les nouveaux documents espagnols pourraient renforcer ou affaiblir la confiance des investisseurs dans la gouvernance économique du pays.
L’affaire ASER-AEE Power, du nom de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale et d’une société d’ingénierie espagnole, refait surface avec la promesse de nouveaux éléments. Le député Thierno Alassane Sall, ancien ministre et président du parti République des valeurs, a annoncé qu’il déposerait des documents reçus d’Espagne, suite à une enquête ouverte par le Pool judiciaire financier. Cette affaire porte sur des soupçons de surfacturation et de corruption dans un contrat d’électrification rurale, secteur clé pour le développement économique et la réduction des inégalités.
Le timing est crucial. Depuis la révision budgétaire de 2024, qui a révélé des écarts entre les chiffres annoncés et les comptes réels, le Sénégal a perdu l’accès au marché des euro-obligations. Comme le rapportait AfricTelegraph le 16 mai 2026, le pays a dû se tourner massivement vers le marché des titres publics de l’UEMOA pour financer son déficit. Cette dépendance accrue au marché régional expose le Sénégal à une surveillance plus étroite de la part des créanciers et des agences de notation, qui scrutent désormais chaque signe de fragilité institutionnelle.
Un secteur électrique sous pression
L’affaire ASER-AEE Power n’est pas un simple fait divers judiciaire. Elle touche au secteur de l’énergie, dont les performances conditionnent l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers. Le Sénégal, comme de nombreux pays de la région, souffre d’un déficit chronique de production électrique, ce qui freine l’industrialisation et alourdit les coûts des entreprises. Les soupçons de malversation dans un contrat d’électrification rurale risquent d’éroder la confiance dans la gestion des partenariats public-privé, pourtant essentiels au développement du réseau.
Par ailleurs, la dimension internationale de l’affaire – des documents en provenance d’Espagne – suggère que les ramifications dépassent les frontières sénégalaises. Dans un contexte où la CEDEAO et l’UEMOA cherchent à harmoniser les règles de bonne gouvernance, une affaire de corruption transnationale pourrait nuire à la réputation du Sénégal comme pôle économique stable en Afrique de l’Ouest.
Un test pour la crédibilité des institutions
Le député Sall, figure de l’opposition, avait déjà été entendu une première fois par la Section de recherches. Sa démarche, qu’il présente comme un apport de preuves décisives, intervient dans un climat politique tendu, marqué par des débats sur l’exécution budgétaire et la sincérité des comptes publics. Le ministre des Finances Cheikh Diba, auditionné le 15 mai 2026 à l’Assemblée nationale, avait dressé un bilan sans concession du premier trimestre 2026, évoquant des recettes en deçà des prévisions et des dépenses contraintes.
Si les nouvelles preuves confirment des irrégularités, cela pourrait renforcer les critiques sur la gestion des finances publiques sous le régime actuel. À l’inverse, si les accusations s’avèrent infondées, la procédure pourrait être perçue comme une tentative de déstabilisation politique. Dans tous les cas, l’issue de cette affaire sera observée de près par les partenaires financiers du Sénégal, notamment le FMI, qui avait salué la sortie du Ghana de son programme d’urgence en mai 2026, mais qui suit avec attention les efforts de consolidation budgétaire dans la région.
Un précédent gênant ?
L’affaire ASER-AEE Power rappelle, à une autre échelle, les scandales qui ont secoué d’autres économies ouest-africaines, comme le Ghana avec ses contrats pétroliers litigieux ou la Côte d’Ivoire avec les dérives du secteur café-cacao. Au-delà du cas particulier, c’est la question de la gouvernance des contrats publics qui est posée, dans une région où les besoins en infrastructures sont immenses et les marges budgétaires étroites.
Le Sénégal, qui a longtemps fait figure de bon élève en matière de gestion macroéconomique, voit sa réputation mise à l’épreuve. La mobilisation du marché régional de l’UEMOA pour éponger la dette publique, comme le soulignait l’article d’AfricTelegraph, n’est viable qu’à condition que la confiance des investisseurs régionaux – banques, fonds de pension, assureurs – reste intacte. Un scandale de corruption avéré pourrait entraîner une hausse des taux d’emprunt sur le marché régional, aggravant encore la pression budgétaire.
Au-delà de l’affaire elle-même, ce sont les mécanismes de contrôle et de transparence des contrats publics qui sont interrogés. Alors que le Sénégal cherche à regagner la confiance des marchés internationaux et à consolider son assise économique dans l’UEMOA, la manière dont cette procédure judiciaire sera menée pourrait influencer durablement la perception du risque pays. Une question demeure : dans un contexte régional marqué par une concurrence accrue pour attirer les capitaux, le Sénégal parviendra-t-il à préserver son image de stabilité ?