Le Ghana a officialisé le 15 mai 2026 la conclusion de son programme élargi de crédit avec le FMI, marquant une sortie de crise après plusieurs années d'ajustement. Au même moment, le Sénégal, privé d'accès aux eurobonds depuis la révision de ses comptes de 2024, se replie sur le marché des titres publics de l'UEMOA. Ces deux trajectoires illustrent les défis de financement public qui traversent la région ouest-africaine, entre retour à la normale et nouvelles contraintes.

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L'annonce ghanéenne du 15 mai 2026 met fin à un programme de 3 milliards de dollars entamé en 2023. Le pays, qui avait fait défaut sur sa dette extérieure en 2022, a bénéficié d'un rééchelonnement de ses euro-obligations et d'une restructuration avec ses créanciers bilatéraux. Cet assainissement, combiné à une discipline budgétaire stricte, a permis de réduire le déficit de 12 % du PIB en 2022 à environ 4 % en 2025. Le FMI salue les progrès, mais prévient que les vulnérabilités persistent, notamment sur le plan social.

Pendant ce temps, le Sénégal traverse une toute autre dynamique. Exclu du marché des eurobonds depuis la révélation, en 2024, d'un déficit budgétaire bien supérieur aux 4,9 % annoncés par l'ancienne administration, le pays a dû trouver des alternatives. Selon Afric Telegraph, le Sénégal est devenu le principal émetteur de titres publics dans la zone UEMOA, captant près de 40 % des émissions régionales au premier trimestre 2026. Cette stratégie permet de lever des fonds en CFA, mais à des taux d'intérêt réels souvent négatifs du fait de l'inflation, ce qui expose à des déséquilibres monétaires.

La situation sénégalaise révèle une fragilité structurelle : l'absence de transparence sur les comptes publics a détruit la confiance des investisseurs internationaux. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, a reconnu devant l'Assemblée nationale que l'exécution budgétaire du premier trimestre 2026 montrait des écarts significatifs par rapport aux prévisions, notamment sur les recettes fiscales. Ce constat renforce les inquiétudes des agences de notation, qui ont dégradé la note du Sénégal en catégorie spéculative début 2026.

Le contraste avec le Ghana est frappant. Accra a misé sur une communication transparente avec le FMI et les créanciers, ce qui a facilité la restructuration. Le pays a également bénéficié de la remontée des cours du cacao et de l'or, ses principales exportations, qui ont soutenu la balance des paiements. Le Ghana retrouve ainsi un accès progressif aux marchés, même si les investisseurs restent prudents.

Ces deux cas illustrent un dilemme régional : comment financer des investissements publics massifs (infrastructures, transition énergétique) sans compromettre la soutenabilité de la dette ? La zone UEMOA, avec son taux de change fixe et sa banque centrale commune, offre une protection contre les dévaluations, mais limite aussi les marges de manœuvre. Le Sénégal, en émettant massivement sur le marché régional, crée une concentration de risque qui pourrait affecter l'ensemble de la zone en cas de choc.

Par ailleurs, la proximité des élections au Sénégal (prévues en 2027) complique les arbitrages budgétaires. Le gouvernement actuel, sous surveillance du FMI depuis la révision des comptes, doit concilier rigueur et attentes sociales. Au Ghana, le président Nana Akufo-Addo quitte le pouvoir en janvier 2027, et le prochain gouvernement héritera d'une économie stabilisée mais fragile.

La sortie du Ghana du programme FMI et la réorientation du Sénégal vers le marché régional ne sont pas des cas isolés. Ils reflètent une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la nécessité de diversifier les sources de financement tout en renforçant la gouvernance budgétaire. Alors que le Congo-Brazzaville sollicite également un nouveau programme du FMI, la question de la transparence et de la soutenabilité de la dette reste au cœur des préoccupations des institutions financières internationales et des investisseurs.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.0% (FMI) · Solde budgétaire : -1.3% (FMI)