Adoptée le 30 juillet 2026, l'Offensive agropastorale, hydraulique et halieutique 2026-2028 du Burkina Faso succède à un premier programme jugé historique par ses initiateurs. Avec plus d'un million de tonnes de riz paddy produites en deux ans, le pays engage une nouvelle phase centrée sur la transformation locale et la réduction des importations. Ce choix intervient alors que la région sahélienne renforce ses stratégies de souveraineté alimentaire face à une conjoncture sécuritaire et climatique toujours dégradée.
Souveraineté rizicole : le Burkina Faso double son offensive
Après une première phase jugée historique, le pays mise sur la transformation locale pour réduire ses importations.
Chronologie de l'offensive
Les 3 défis de la nouvelle offensive
Le Burkina Faso s'inscrit dans une dynamique régionale de souveraineté alimentaire. La CEDEAO renforce ses stratégies face à une conjoncture sécuritaire et climatique dégradée. La nouvelle phase 2026-2028 marque un tournant : passer du volume à la transformation locale.
Selon la Banque mondiale, Burkina Faso : solde courant -4,0 % du PIB, IDE -0,9 % du PIB, inflation -0,6 %, exportations 9,7 milliards USD.
Une première offensive aux résultats contrastés
Les chiffres présentés en juillet 2026 confirment une progression notable des filières fondamentales. La production de riz paddy dépasse le million de tonnes, celle de maïs atteint près de 2,7 millions de tonnes, et les filières animales ont enregistré des avancées en matière d'insémination et de sélection génétique. Ces performances, bien que réelles, doivent toutefois être confrontées à une demande urbaine croissante et à une vulnérabilité persistante face aux chocs exogènes. Le pays, comme l'ensemble de la CEDEAO, continue d'importer une part significative de son riz consommé, notamment en provenance d'Asie.
Un pari sur la transformation locale
La nouvelle offensive 2026-2028 se distingue de la précédente par un accent explicite sur la transformation structurelle plutôt que sur le seul volume de production. Les autorités visent désormais à ancrer les chaînes de valeur dans le territoire, avec pour objectif affiché de réduire les importations et de créer des emplois. Cette orientation rejoint une dynamique régionale plus large, où plusieurs pays comme le Mali, le Niger ou le Sénégal multiplient les programmes de développement des filières agricoles, en lien avec les stratégies nationales de sécurité alimentaire.
Le riz, symbole des défis de souveraineté
Le cas du riz est emblématique de cette ambition. Malgré des progrès de production, la dépendance du Burkina Faso et de ses voisins aux marchés internationaux reste structurelle, exposant les populations aux fluctuations des prix mondiaux. En s'engageant dans une seconde phase de son offensive, Ouagadougou cherche à consolider les acquis de la période 2023-2025, tout en répondant aux critiques sur la qualité des récoltes et l'accès aux intrants. Les travaux d'amélioration génétique du cheptel et les investissements dans l'irrigation constituent des indicateurs d'une approche à plus long terme.
Un contexte sécuritaire et géopolitique sous tension
L'adoption de ce programme intervient dans un environnement marqué par l'aggravation de l'insécurité alimentaire au Sahel, mais aussi par un rééquilibrage géopolitique régional. Alors que les discussions sur les joint-ventures dans le secteur aurifère agitent les marchés internationaux, le Burkina Faso fait le choix de réorienter une partie de ses priorités vers le secteur agro-sylvo-pastoral. Cette décision s'inscrit dans une vision plus large de diversification économique, où la souveraineté alimentaire est présentée comme un pilier de l'indépendance nationale, au même titre que la maîtrise des ressources extractives.
L'offensive 2026-2028 devra cependant surmonter des obstacles connus : l'insécurité persistante dans les zones rurales, l'accès limité aux financements pour les petits producteurs, et les effets du changement climatique sur la disponibilité en eau. Les résultats de la phase pilote, notamment en matière d'enrôlement biométrique des Burkinabè à l'étranger dans le cadre des initiatives consulaires, suggèrent une volonté de mobiliser la diaspora pour l'investissement agricole. Mais la viabilité du programme dépendra de la capacité des autorités à articuler production et transformation, en évitant les écueils des précédentes politiques de subvention.
Au-delà du Burkina Faso, ce nouveau plan illustre une tendance lourde dans la région : la quête de souveraineté alimentaire ne se résume plus à l'augmentation des rendements, mais embrasse des dimensions industrielles, physiques et même diplomatiques. Alors que les initiatives locales se multiplient et se renforcent, la question de leur articulation avec les politiques commerciales régionales reste entière. L'expérience burkinabè, par son ampleur et ses ambitions, pourrait offrir un terrain d'observation privilégié pour évaluer les trajectoires possibles de l'agriculture ouest-africaine dans la décennie à venir.