Le Ghana, autrefois fleuron industriel de l'Afrique de l'Ouest, veut relancer son industrie textile, mais il lui manque le coton. Accra négocie avec Cotonou un accord pour approvisionner l'usine Volta Star Textiles, en réhabilitation. Ce rapprochement inédit illustre une nouvelle dynamique d'intégration régionale, où les complémentarités économiques priment sur les frontières héritées de la colonisation.
Textile : le Ghana et le Bénin tissent un partenariat stratégique
Accra relance son industrie textile grâce au coton béninois. Un rapprochement inédit qui illustre une nouvelle dynamique d'intégration régionale.
de mètres de tissu par an : c'était la capacité de production de l'usine Volta Star Textiles à son apogée. Un géant industriel aujourd'hui à l'arrêt.
Chronologie d'une relance
Création de Juapong Textiles Limited
L'usine devient l'un des fleurons industriels du Ghana.
Fermeture de l'usine
Vieillissement des équipements, difficultés financières, concurrence des importations à bas prix.
Le Bénin, premier producteur de coton
Avec plus de 645 000 tonnes, le Bénin s'impose comme leader continental.
Négociations Ghana-Bénin
Protocole d'accord pour approvisionner Volta Star Textiles en coton béninois.
Le flux du partenariat
🇧🇯 Bénin
Producteur de coton
645 000+ tonnes (2025)
🇬🇭 Ghana
Usine Volta Star Textiles
Réhabilitation en cours
Exportation béninoise : près de 200 000 tonnes de coton non cardé ni peigné en 2025.
Investissement requis
25 à 100
millions de dollars
Partenaire stratégique
Identité non révélée
En cours de négociation
Contexte économique
Selon le FMI, le Ghana affiche une croissance de 6,0 %.
Selon la Banque mondiale, le Ghana enregistre un solde courant de 8,2 % du PIB.
Selon la Banque mondiale, les exportations ghanéennes atteignent 29,2 milliards USD.
Le paradoxe de la relance
Le Ghana a
Un savoir-faire industriel historique et une usine à réhabiliter, mais pas de coton en quantité suffisante.
Le Bénin a
Le coton en abondance, mais cherche à transformer localement plutôt que d'exporter la matière première.
La complémentarité économique prime sur les frontières héritées de la colonisation.
Le 16 juillet dernier, le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé l'ouverture de négociations avec le Bénin pour un protocole d'accord portant sur l'approvisionnement en coton de l'usine Volta Star Textiles Limited (VSTL) de Juapong. Cette unité, créée en 1968 sous le nom de Juapong Textiles Limited, a longtemps été l'une des plus importantes du pays, avec une capacité de production de 24 millions de mètres de tissu par an à son apogée. Mais le vieillissement des équipements, les difficultés financières et la concurrence des importations à bas prix ont conduit à sa fermeture en juillet 2023. Sa relance, estimée entre 25 et 100 millions de dollars, nécessite un partenaire stratégique, dont l'identité n'a pas encore été révélée.
Ce rapprochement est une aubaine pour le Bénin, qui s'est imposé comme le premier producteur de coton du continent, avec plus de 645 000 tonnes en 2025/2026. Le pays a exporté près de 200 000 tonnes de coton non cardé ni peigné en 2025, générant des recettes de 223,5 milliards de francs CFA, soit environ 398 millions de dollars. Traditionnellement, ces exportations se dirigent vers le Bangladesh, l'Inde, le Pakistan, la Chine et les Émirats arabes unis. Un débouché industriel régional au Ghana viendrait diversifier ces marchés et réduire la dépendance à l'égard des acheteurs asiatiques.
Au-delà de l'aspect bilatéral, cet accord s'inscrit dans une tendance plus large de commerce Sud-Sud. Selon la CNUCED, les échanges entre pays en développement ont été multipliés par treize en trente ans, passant de 500 milliards de dollars en 1995 à 6 800 milliards en 2025. Le Bénin exporte déjà 53 % de ses marchandises vers les membres du Système global de préférences commerciales (GSTP), un record absolu parmi les économies listées. Le port de Cotonou voit transiter une part croissante de ces flux, et ce partenariat avec le Ghana pourrait renforcer encore cette position.
Une intégration textile ouest-africaine en gestation
Ce projet illustre une prise de conscience : les pays ouest-africains ont tout à gagner à mutualiser leurs ressources pour développer une industrie textile régionale. Le Ghana, avec son histoire industrielle et son accès à la mer, et le Bénin, avec sa production cotonnière abondante, pourraient former un duo complémentaire. Mais les défis restent nombreux : la compétitivité face aux géants asiatiques, la qualité du coton béninois, les infrastructures de transport, et la nécessité d'investir massivement dans la modernisation des équipements.
L'usine de Juapong, si elle redémarre, pourrait créer des milliers d'emplois et stimuler toute une chaîne de valeur locale. Mais son succès dépendra de la capacité des deux pays à surmonter les obstacles logistiques et à attirer des investisseurs privés. Le choix d'un partenaire stratégique, dont l'identité reste secrète, sera déterminant. Ce partenariat pourrait également inspirer d'autres projets transfrontaliers, comme celui du cacao entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, qui cherchent à peser ensemble sur les cours mondiaux.
Le Bénin, nouveau pivot cotonnier
Le Bénin ne se contente pas de vendre sa récolte : il cherche à la transformer. Avec une prévision de production de 700 000 tonnes pour 2026/2027, soit une hausse de 8 %, le pays se positionne comme un acteur incontournable du coton ouest-africain. Mais cette croissance doit s'accompagner d'une stratégie de valorisation locale, pour ne pas rester un simple exportateur de matière première. L'accord avec le Ghana pourrait être un premier pas vers une industrialisation régionale, où le coton béninois serait filé et tissé à Juapong, puis transformé en vêtements pour les marchés ouest-africains et internationaux.
Cette évolution intervient dans un contexte où les pays de la région cherchent à diversifier leurs économies, à l'image du Bénin qui affiche une croissance soutenue. Le cours de l'arachide au Sénégal ou le prix de l'or en Afrique de l'Ouest montrent que les matières premières restent au cœur des économies, mais la transformation locale devient un enjeu majeur. Le partenariat Ghana-Bénin pourrait servir de modèle à d'autres filières, comme le cacao ou l'huile de palme.
Enfin, ce rapprochement s'inscrit dans une dynamique plus large de coopération régionale, malgré les tensions politiques au sein de la CEDEAO. Alors que certains pays, comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, se sont retirés de l'organisation, le Ghana et le Bénin montrent que des projets concrets peuvent encore émerger. L'intégration économique passe peut-être moins par les grandes déclarations que par des accords pragmatiques entre voisins.
Ce partenariat entre le Ghana et le Bénin pourrait bien être le prélude à une nouvelle cartographie industrielle ouest-africaine, où les pays misent sur leurs complémentarités plutôt que sur une concurrence stérile. Reste à savoir si d'autres filières emboîteront le pas, et si les institutions régionales sauront accompagner ces initiatives pour en faire des leviers de développement durable.