La campagne cotonnière 2025-2026 s'achève sur une contre-performance historique dans les principaux pays de la zone CFA : 1,98 million de tonnes de coton graine, soit une baisse de 14,2 % par rapport à l'année précédente. Cette deuxième baisse consécutive, documentée par le PR-PICA, révèle une fragilité structurelle de la filière, entre aléas climatiques et pression parasitaire. Le Bénin devient le premier producteur régional, détrônant un Mali en crise, tandis que la Côte d'Ivoire résiste.
Production en chute libre : le Bénin détrône le Mali
Deuxième baisse consécutive dans la zone CFA. Le PR-PICA documente une contre-performance historique.
Pourquoi cette chute ?
Résiste mieux à la tendance régionale. Le pays maintient sa production grâce à une meilleure gestion phytosanitaire.
Source : PR-PICA (Programme régional de production intégrée du coton en Afrique). Données de campagne 2025-2026.
La filière cotonnière ouest-africaine traverse une phase critique. Les données compilées par le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) pour la campagne 2025-2026 confirment une tendance baissière amorcée l'année précédente. Après un pic à près de 2,6 millions de tonnes en 2023-2024, la production des principaux pays de la zone CFA a chuté à environ 1,98 million de tonnes. Ce repli de 14,2 % en un an n'est pas un accident conjoncturel : il s'inscrit dans une séquence de deux campagnes consécutives de baisse, signe d'une vulnérabilité croissante aux chocs exogènes.
Des causes climatiques et phytosanitaires
Les explications avancées par le PR-PICA sont sans ambiguïté : les irrégularités pluviométriques ont affecté la majorité des bassins de production, tandis que les jassides, des insectes ravageurs, ont exercé une pression supplémentaire, particulièrement au Mali. Ces facteurs, combinés à des pratiques agricoles parfois peu résilientes, expliquent l'ampleur du recul. Mais tous les pays ne sont pas égaux face à ces aléas. Le Mali enregistre la plus forte contraction, avec une chute de 39,5 % de sa production, tombée à 397 540 tonnes. Cette déconfiture lui fait perdre son statut de premier producteur régional, au profit du Bénin, qui, malgré une baisse de 16,3 %, atteint 533 590 tonnes. La Côte d'Ivoire, avec un repli limité à 0,4 % (310 407 tonnes), démontre une capacité de résistance remarquable, tandis que le Cameroun subit une baisse de 11,9 % (250 722 tonnes).
Cette hiérarchie mouvante révèle des disparités structurelles dans la gestion de la filière. Le Bénin, qui a investi dans des intrants et des programmes de formation, semble mieux armé face aux chocs climatiques. Le Mali, en proie à des difficultés sécuritaires et à une organisation moins efficiente, paie un lourd tribut. La Côte d'Ivoire, de son côté, bénéficie d'une diversification agricole qui lui permet d'amortir les chocs.
Des conséquences économiques et sociales majeures
Au-delà des volumes, c'est l'économie rurale de toute une région qui est impactée. Le coton est un pilier des exportations pour des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Bénin ou le Tchad. La baisse de production se traduit par une diminution des revenus pour des millions de producteurs, et par une dégradation des balances commerciales. Les usines d'égrenage, déjà confrontées à des surcapacités, voient leur approvisionnement se réduire, ce qui pourrait entraîner des fermetures et des pertes d'emplois. Les objectifs de production pour la campagne en cours, évoqués par le ministre du Commerce du Burkina Faso, Serge Gnaniodem Poda, tablent sur 534 000 tonnes de coton conventionnel et 2 250 tonnes de coton biologique, avec des rendements à l'hectare de 1 000 kg et 500 kg respectivement. Ces cibles semblent ambitieuses au regard des aléas climatiques.
Cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de transformation des chaînes de valeur en Afrique de l'Ouest. Les pays de l'AES (Alliance des États du Sahel) ont engagé une réflexion sur l'industrialisation et le commerce intra-régional, comme en témoigne la réunion ministérielle de Ouagadougou en juin 2026. La transformation locale du coton en textiles est un objectif récurrent, mais la baisse de production risque de freiner ces ambitions. Parallèlement, d'autres filières agricoles et extractives connaissent des dynamiques contrastées : le cours du cacao en Côte d'Ivoire, le prix de l'or aujourd'hui en Afrique de l'Ouest, ou encore le cours de l'arachide au Sénégal pour l'exportation, sont autant d'indicateurs d'une économie régionale en mutation. La Guinée, avec son exploitation de bauxite, illustre la vigueur du secteur extractif, mais aussi les défis de gouvernance.
La chute de la production cotonnière interroge sur la durabilité d'un modèle agricole fortement tributaire des précipitations. Les investissements dans l'irrigation, la recherche de variétés résistantes et la lutte intégrée contre les ravageurs apparaissent comme des pistes, mais leur mise en œuvre reste inégale. La résilience de la Côte d'Ivoire, qui a su maintenir sa production presque stable, pourrait servir de référence. Cependant, la région dans son ensemble doit faire face à un défi majeur : comment concilier la nécessité d'augmenter la production pour répondre à la demande mondiale et les contraintes climatiques de plus en plus sévères ?
La dimension géopolitique : un leadership régional en jeu
Le changement de leadership au sein de la zone CFA a des implications géopolitiques. Le Bénin, qui a longtemps été un producteur secondaire, devient un acteur clé du marché. Cette ascension pourrait renforcer sa position dans les négociations commerciales régionales et internationales. Le Mali, en revanche, voit son influence diminuer, dans un contexte déjà marqué par des tensions politiques et sécuritaires. Cette redistribution des cartes pourrait redessiner les alliances économiques au sein de la CEDEAO et de l'AES.
La baisse de production s'explique aussi par des choix politiques. Au Mali, l'instabilité et les difficultés d'accès aux intrants ont joué un rôle. Au Bénin, les réformes du secteur cotonnier, engagées depuis plusieurs années, commencent à porter leurs fruits. Le contraste est saisissant : là où la gouvernance est stable et les investissements ciblés, la production résiste ; là où les crises s'accumulent, elle s'effondre.
Enfin, cette situation met en lumière la dépendance de l'Afrique de l'Ouest aux importations de textiles, malgré son potentiel de production de coton. La transformation locale, souvent évoquée, reste embryonnaire. La chute de la production pourrait être une opportunité pour repenser les chaînes de valeur et privilégier une approche plus intégrée, de la graine au vêtement. Mais cela nécessite une volonté politique forte et des investissements massifs, qui tardent à venir.
La déconfiture cotonnière de la zone CFA en 2025-2026 n'est pas un simple accident de parcours. Elle révèle une fragilité structurelle face aux aléas climatiques et aux ravageurs, mais aussi des disparités dans la gouvernance des filières. Le basculement du leadership du Mali vers le Bénin pourrait redessiner les équilibres régionaux. Alors que la demande mondiale en coton reste soutenue, la question est de savoir si les pays producteurs sauront investir dans la résilience et la transformation locale, ou s'ils continueront à subir les caprices du climat et des marchés.