Le 4 juin 2026, les ministres du Commerce de la Côte d'Ivoire et de la République démocratique du Congo ont annoncé un renforcement de leur coopération dans la filière cacao, visant à conserver une plus grande partie de la richesse générée sur le continent. Cette initiative intervient dans un contexte de tensions sociales chez les producteurs ivoiriens, qui réclamaient en mai une revalorisation des prix. Elle traduit une volonté croissante des pays africains de peser sur l'industrie mondiale du chocolat.

Infographie — Cacao

La signature de l’Accord international sur le cacao, à Abidjan, a servi de cadre à une rencontre décisive entre Julien Paluku Kahongya, ministre congolais du Commerce extérieur, et Ibrahim Kalil Konaté, son homologue ivoirien. Au-delà des déclarations de principe, cet entretien a posé les bases d'une stratégie commune pour transformer davantage les fèves sur le continent et réduire la dépendance aux marchés occidentaux. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d'Ivoire fournit près de 40 % de l'offre mondiale, mais ne capte que 6 à 8 % de la valeur totale de la filière, estimation partagée par plusieurs études. La RDC, quant à elle, ambitionne de devenir un acteur significatif, avec un potentiel de production encore largement sous-exploité.

Une réponse aux fragilités structurelles

Cette alliance ne surgit pas dans le vide. En mai 2026, des producteurs ivoiriens de la région de la Nawa avaient interpellé le gouvernement et le Conseil du Café-Cacao pour obtenir de meilleurs prix, dénonçant la volatilité des cours mondiaux. Parallèlement, le Conseil du Café-Cacao sensibilisait les coopératives aux enjeux de la traçabilité, préalable indispensable à la certification et à la montée en gamme. Ces événements montrent que, malgré les progrès réalisés – encadrement des producteurs, structuration des coopératives, stabilisation partielle des revenus – la filière reste vulnérable aux chocs extérieurs et aux revendications internes.

Un levier de souveraineté économique

En s'associant à la RDC, la Côte d'Ivoire ne cherche pas seulement à partager des bonnes pratiques. Il s'agit de créer un rapport de force face aux multinationales du chocolat et aux pays consommateurs. L'industrialisation locale – broyage, fabrication de produits semi-finis, voire de chocolat – est au cœur de cette stratégie. La RDC, en s'inspirant du modèle ivoirien, espère accélérer sa propre transformation, tandis qu'Abidjan y voit un moyen de sécuriser ses approvisionnements futurs et d'élargir son influence en Afrique centrale.

Un contexte régional porteur

Cette dynamique s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays cherchent à renforcer leur souveraineté sur les filières stratégiques. Le Ghana, deuxième producteur mondial, a augmenté son prix garanti aux planteurs début 2026, tandis que le Nigeria investit dans des usines de broyage. La coopération Côte d'Ivoire-RDC pourrait inspirer d'autres alliances Sud-Sud, notamment dans le coton ou l'arachide, pour mutualiser les coûts de transformation et négocier en position de force.

Malgré ces ambitions, des obstacles subsistent : le manque d'infrastructures énergétiques et logistiques, la faiblesse des investissements dans la recherche agronomique, et la concurrence des produits transformés venus d'Europe ou d'Asie. Le succès de cette alliance dépendra de la capacité des deux pays à attirer des capitaux, à former une main-d'œuvre qualifiée et à harmoniser leurs normes. Pour l'heure, le simple fait de mettre sur pied une stratégie commune constitue un signal fort envoyé au marché mondial.

Au-delà du cacao, ce rapprochement illustre une volonté africaine de reprendre le contrôle des chaînes de valeur, en transformant localement les matières premières avant exportation. Il pose la question de savoir si ces coalitions bilatérales pourront à terme faire évoluer les termes de l'échange avec les pays industrialisés, ou si elles resteront des initiatives isolées face à la puissance des acteurs historiques.