Le gouvernement congolais a adopté le 8 mai 2026 un plan d'action interministériel pour stabiliser sa filière cacao, confrontée à une baisse des cours mondiaux. Cette décision intervient alors que les deux premiers producteurs africains, le Ghana et la Côte d'Ivoire, sont englués dans une crise de trésorerie et des tensions sociales. Elle illustre la propagation des difficultés au-delà de l'Afrique de l'Ouest et la diversité des réponses nationales.
L'onde de choc du cacao gagne l'Afrique centrale
La RDC tente de contenir la contagion alors que le Ghana et la Côte d'Ivoire s'enfoncent dans la crise
🌍 Propagation de la crise
🔗 Les acteurs en jeu
📋 Plan d'action RDC (8 mai 2026)
Mesures de protection face à la baisse des cours mondiaux
Préparation du 3ᵉ examen de la politique commerciale de la RDC
Coordination sous l'autorité du ministre du Commerce extérieur Julien Paluku
Contexte
Baisse persistante des prix
Le cours mondial du cacao affecte l'ensemble des pays producteurs d'Afrique centrale et de l'Ouest
La réunion du Conseil des ministres congolais du 8 mai, présidée par Félix Tshisekedi, a validé un plan interministériel visant à protéger le secteur du cacao. Piloté par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, ce dispositif prévoit des mesures de soutien aux producteurs et des consultations avec l'OMC pour préparer le troisième examen de la politique commerciale de la RDC. Il intervient dans un contexte de baisse persistante des prix du cacao sur le marché international, qui affecte l'ensemble des pays producteurs d'Afrique centrale et de l'Ouest.
Cette initiative congolaise fait écho aux turbulences qui secouent les géants ouest-africains du cacao. Depuis début mai 2026, le Ghana fait face à l'incapacité de son acheteur public historique, le Produce Buying Company (PBC), à payer les agriculteurs, tandis que le Ghana Cocoa Board (COCOBOD) connaît une grave crise de trésorerie. En Côte d'Ivoire, des affrontements entre producteurs et forces de l'ordre ont éclaté à M'Batto le 7 mai, en raison de retards de paiement. Fitch Ratings a certes relevé la note souveraine ghanéenne le 8 mai, mais cette embellie macroéconomique masque des fragilités structurelles profondes.
La RDC, bien que producteur plus modeste – environ 50 000 tonnes par an, contre 2 millions pour la Côte d'Ivoire – n'est pas épargnée par la déprime des cours. Le plan adopté vise à éviter un effondrement de sa filière, en anticipant les difficultés de trésorerie des coopératives et en renforçant le dialogue avec l'OMC pour sécuriser l'accès au marché. La tenue imminente d'une mission du secrétariat de l'OMC à Kinshasa (11-15 mai) s'inscrit dans cette logique de préparation, avant l'examen d'octobre 2026 à Genève.
Cette riposte contrastée entre l'ouest et le centre du continent révèle deux approches : d'un côté, des systèmes de commercialisation étatiques ou parapublics (COCOBOD, PBC) qui montrent leurs limites face à la chute des prix ; de l'autre, un État qui tente de coordonner à un stade précoce pour éviter une crise sociale. Le choix de la RDC de s'appuyer sur le cadre multilatéral de l'OMC indique une volonté de diversifier les débouchés et de renforcer la transparence commerciale.
L'évolution temporelle est frappante : entre les premières alertes sur les difficultés de COCOBOD en mai 2026 et le plan congolais, à peine quelques jours se sont écoulés. La rapidité de la propagation des effets de prix montre l'interconnexion des filières africaines, malgré des volumes très différents. Les recettes d'exportation de cacao, qui représentent la quasi-totalité des devises pour la Côte d'Ivoire et le Ghana, sont directement menacées. Pour la RDC, l'enjeu est plus modeste mais non négligeable dans certaines régions du Nord-Kivu et de l'Ituri.
Les prix spot du cacao, en baisse continue depuis le début de l'année, se situent autour de 2 200 dollars la tonne sur les marchés à terme de Londres et New York, un niveau proche du seuil de rentabilité pour de nombreux producteurs. Les contrats forward pour livraison en décembre 2026 suggèrent une stagnation, sans signe de rebond immédiat. Dans ce contexte, les mesures de soutien aux revenus des planteurs, qu'elles soient ghanéennes ou congolaises, sont cruciales pour maintenir une production viable.
La crise du cacao de 2026 révèle une fragilité systémique des filières africaines, dépendantes de cours mondiaux volatils et de structures de commercialisation souvent obsolètes. Alors que les producteurs ivoiriens et ghanéens manifestent, la démarche de la RDC montre qu'une intervention précoce peut limiter les dégâts, mais elle pose aussi la question de la coordination régionale face à un marché globalisé. La diversification des économies et la transformation locale restent des pistes de long terme, mais leur mise en œuvre exige des réformes que les chocs de prix rendent à la fois plus urgentes et plus difficiles.