Le mot d’ordre de grève des coopératives et acheteurs de cacao, prévu pour le 1er juillet 2026, a été suspendu après une rencontre avec le préfet du Gôh. Mais la colère couve : 123 000 tonnes de cacao résiduel n’ont toujours pas été enlevées, faute de fonds publics dédiés. À deux mois de la nouvelle campagne, c’est toute la gouvernance de la filière qui est ébranlée.
Filière cacao : l’asphyxie en chiffres
Grève suspendue in extremis, mais 123 000 tonnes de cacao résiduel bloquées dans les stocks. À deux mois de la nouvelle campagne, la colère couve.
Déjà financées en partie par l’État, mais toujours stockées dans les magasins des coopératives. Aucun fonds public dédié pour l’enlèvement.
Collectif des sociétés coopératives et acheteurs de cacao
Nouvelle campagne dans 2 mois (septembre 2026)
123 000 tonnes inventoriées, partiellement financées
122 coopératives prêtes à cesser toute activité le 1er juillet
30 juin : rencontre avec le préfet du Gôh, assurances obtenues
« Où est passé l’argent que le Chef de l’État a donné au Conseil Café-Cacao pour enlever ces stocks ? »
— Collectif des sociétés coopératives et acheteurs de cacao
En bref : La filière cacao ivoirienne est ébranlée par un blocage de 123 000 tonnes. La grève a été suspendue, mais sans fonds publics dédiés, la nouvelle campagne (2026-2027) s’annonce sous tension.
Une grève évitée de justesse
Le collectif des sociétés coopératives et acheteurs de cacao de Côte d’Ivoire a annoncé, le 30 juin 2026, la suspension de son mot d’ordre de grève prévu pour le lendemain. Takry Goupi Stéphane, porte-parole du collectif, a justifié cette décision par les assurances obtenues du préfet de région du Gôh et du département de Gagnoa. Ce dernier s’est engagé à transmettre leurs doléances au ministre de l’Agriculture, en vue d’une solution rapide. Près de 122 coopératives étaient prêtes à cesser toute activité pour dénoncer le non-enlèvement des stocks résiduels de cacao, un dossier qui empoisonne la filière depuis plusieurs mois.
123 000 tonnes de cacao en souffrance : une épée de Damoclès
Au centre du litige, un chiffre : 123 000 tonnes de cacao inventoriées, déjà financées en partie par l’État, mais toujours stockées dans les magasins des coopératives. « Où est passé l’argent que le Chef de l’État a donné au Conseil Café-Cacao pour enlever ces stocks ? », interroge le porte-parole du collectif. Selon les coopératives, un appui financier aurait été réceptionné, mais l’enlèvement n’a pas suivi. Le stockage prolongé au-delà de huit mois entraîne une dégradation de la qualité, menaçant la valeur des fèves sur le marché international. En parallèle, les producteurs voient leurs revenus fondre, alors que les agents du Conseil continuent d’être payés.
Une confiance érodée entre acteurs de la filière
La crise actuelle révèle une défiance croissante entre les maillons de la filière. Les coopératives accusent le Conseil Café-Cacao et l’Organisation interprofessionnelle de ne pas assurer leur mission de régulation. En mai 2026 déjà, des producteurs de la région de la Nawa avaient appelé le gouvernement à accéder à leurs revendications. Le directeur général du Conseil, Koné Brahima Yves, avait alors invité à « poursuivre la campagne », sans régler le problème de fond. Aujourd’hui, le collectif menace de saisir directement le chef de l’État pour demander la démission des dirigeants de la filière si les stocks ne sont pas enlevés avant la campagne 2026-2027.
L’ombre de la campagne 2026-2027
À deux mois de l’ouverture de la nouvelle campagne, prévue en septembre 2026, la pression monte. Les stocks résiduels de l’ancienne campagne encombrent les entrepôts et empêchent la mise en place des nouveaux contrats. Les coopératives craignent une « forclusion » : l’impossibilité de vendre le cacao de la nouvelle récolte si les anciens lots ne sont pas évacués. La dégradation de la qualité pourrait aussi entraîner des décotes sur le marché international, où la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, ne peut se permettre de perdre sa réputation.
Cette crise de gouvernance dans la filière cacao ivoirienne n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large de tensions entre les différents acteurs des filières agricoles en Afrique de l’Ouest, où les mécanismes de régulation peinent à assurer fluidité et équité. Alors que le Ghana voisin connaît aussi des difficultés similaires, la question de la souveraineté et de la transformation locale des matières premières se pose avec acuité. Sans réformes structurelles, ces blocages risquent de se reproduire, fragilisant tout le secteur.