Ce mardi 1er septembre 2026, la Côte d'Ivoire lance la 10e édition des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC) au Parc des expositions d'Abidjan, avec en toile de fond l'annonce tant attendue des prix bord champ pour la campagne 2026-2027. Mais à quelques heures de l'événement, un collectif de coopératives et d'acheteurs dénonce le blocage de 9 867 tonnes de stocks résiduels, jetant une ombre sur la célébration. Cette tension intervient alors que les cours internationaux connaissent un vigoureux rebond, dépassant les 3,7 millions de F CFA la tonne, et que les producteurs ouest-africains, du Ghana au Cameroun, cherchent à consolider leur coopération.

Infographie — Cacao

L'ouverture des JNCC, placée sous le thème « Jeunesse et cacaoculture du futur », devait être un moment de consensus et de projection pour la première filière d'exportation ivoirienne. Les regards sont braqués sur les prix bord champ qui seront révélés ce jour, un indicateur crucial pour des millions de producteurs. Les signaux du marché sont favorables : selon l'ICCO, les contrats à terme à New York ont grimpé à 6 721,67 dollars la tonne le 28 août, contre 6 199 dollars la veille, et la place de Londres suit la même tendance. Un rebond qui contraste avec la prudence du trimestre avril-juin 2026, où le marché était décrit comme extrêmement sensible aux variations de la demande et aux aléas climatiques dans les bassins ouest-africains.

Pourtant, la mobilisation du Collectif des Sociétés Coopératives et Acheteurs de Café-Cacao de Côte d'Ivoire, réuni lundi 31 août à la Caistab, rappelle que la filière reste marquée par des tensions structurelles. Les 9 867 tonnes de cacao résiduel, inventoriées mais non enlevées, représentent un enjeu financier considérable pour les opérateurs, qui attendent depuis décembre 2025 une solution. Le porte-parole Takri Gopi Stéphane évoque des démarches infructueuses auprès des autorités, pointant un manque de transparence dans l'opération spéciale de rachat. Cette situation, qui perdure depuis plusieurs mois, illustre les difficultés de régulation d'une filière pourtant considérée comme un modèle en Afrique de l'Ouest.

Ce contentieux s'inscrit dans un contexte régional plus large. Depuis juillet 2026, les principaux producteurs – Côte d'Ivoire, Ghana, Cameroun et Nigeria – ont renforcé leur coopération, comme en témoigne la réunion d'Abuja du 14 juillet. L'objectif affiché est de peser davantage sur les prix mondiaux, mais aussi d'harmoniser les politiques de commercialisation. Cependant, les disparités internes persistent : au Ghana, la campagne 2025-2026 a dépassé les attentes en termes de production, mais la nouvelle campagne s'annonce sous tension, avec des coûts de production en hausse et des revenus qui peinent à suivre. Au Cameroun, le kilogramme de fèves s'échangeait entre 2 500 et 2 600 FCFA début juillet, un niveau qui reste en deçà des prix ivoiriens.

Une année charnière pour la régulation de la filière

La question des stocks résiduels n'est pas nouvelle, mais elle prend une acuité particulière à l'aube d'une campagne où les cours mondiaux sont repartis à la hausse. Les opérateurs ivoiriens craignent que ces tonnages bloqués ne pèsent sur les marges et ne découragent les producteurs, alors que le gouvernement mise sur la jeunesse pour moderniser la cacaoculture. Le thème des JNCC, « Jeunesse et cacaoculture du futur », reflète une volonté de renouveler les acteurs et les pratiques, mais il ne peut occulter les dysfonctionnements du système de commercialisation.

Cette situation révèle un paradoxe : alors que les prix internationaux atteignent des niveaux historiques, la répartition de la valeur au niveau local reste source de friction. Les coopératives, maillons essentiels entre les producteurs et l'exportation, se sentent parfois exclues des mécanismes de régulation. La Caistab, institution clé de la filière, est au cœur des revendications, sommée de jouer un rôle plus actif dans l'enlèvement des stocks et la transparence des opérations.

L'évolution récente montre que les autorités ivoiriennes tentent d'anticiper ces tensions. La Banque nationale d'investissement (BNI) a annoncé le 20 août 2026 une enveloppe de 300 milliards de FCFA pour financer les acteurs de la filière, une réponse aux besoins de trésorerie des coopératives. Mais ce financement, s'il est bienvenu, ne résout pas la question de la gestion des stocks et de la confiance entre les parties prenantes.

Des cours en hausse, des attentes multiples

La hausse des cours du cacao, portée par une demande mondiale soutenue et des craintes sur l'offre, offre une fenêtre d'opportunité pour améliorer les revenus des producteurs. Les prix bord champ annoncés ce 1er septembre seront scrutés : ils devront refléter cette dynamique pour apaiser les tensions. Le prix quotidien de référence de l'ICCO s'établissait à 6 709,86 dollars la tonne le 28 août, un niveau qui, s'il se maintient, pourrait permettre une revalorisation significative.

Mais au-delà du prix, c'est la crédibilité du système de commercialisation qui est en jeu. Les 9 867 tonnes de stocks résiduels rappellent que la transparence est un enjeu aussi crucial que le niveau des cours. Les coopératives, qui représentent une part croissante de la production, exigent d'être traitées comme des partenaires à part entière.

Cette situation n'est pas propre à la Côte d'Ivoire. Dans la région, d'autres filières agricoles connaissent des tensions similaires. Au Sénégal, les cours de l'arachide, dont l'exportation est un pilier économique, font l'objet de débats récurrents sur les prix aux producteurs. Et les cours de l'or, qui affectent les économies ouest-africaines, connaissent des fluctuations qui influencent les arbitrages budgétaires des États. La gestion des filières agricoles demeure un défi commun, où la régulation publique et la confiance des acteurs sont déterminantes.

Alors que la campagne 2026-2027 s'ouvre sous des auspices favorables, la Côte d'Ivoire doit démontrer sa capacité à concilier performance économique et équité sociale. La résolution du contentieux des stocks résiduels sera un test pour la gouvernance de la filière, dans une région où la coopération entre producteurs se renforce, mais où les fragilités internes persistent. L'issue des JNCC et les annonces qui les accompagnent pourraient redéfinir les équilibres pour les années à venir.