À compter du 1er septembre 2026, la carte du producteur de café-cacao sera obligatoire pour tous les producteurs ivoiriens. Cette décision, annoncée le 29 mai par le directeur général du Conseil Café-Cacao, Brahima Koné, vise à déployer le système national de traçabilité avant l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation le 1er janvier 2027. Elle s’inscrit dans une série de réformes visant à structurer la filière et à renforcer la transparence des transactions. Plus de 900 000 producteurs ont déjà retiré leur carte sur un total de 1,2 million recensés.

Infographie — Cacao

L’obligation de la carte du producteur marque une étape décisive dans la modernisation de la filière café-cacao en Côte d’Ivoire. Depuis plusieurs années, le Conseil Café-Cacao déploie progressivement cet outil, mais la date butoir du 1er septembre 2026 donne un caractère impératif à la démarche. Deux motifs majeurs sont avancés : la préparation au règlement européen sur la déforestation (EUDR) et la sécurisation des producteurs.

Une réforme préparatoire au règlement européen

L’entrée en vigueur de l’EUDR au 1er janvier 2027 impose aux opérateurs de prouver que leurs produits n’ont pas contribué à la déforestation après 2020. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et premier exportateur africain de café, doit donc pouvoir tracer chaque fève jusqu’à la parcelle. La carte du producteur, liée à un recensement des vergers, est la pierre angulaire de ce dispositif. En rendant la carte obligatoire, Abidjan anticipe les exigences européennes et évite le risque de blocage à l’exportation.

Un outil de sécurisation des producteurs

Au-delà de la conformité réglementaire, la carte est présentée comme un vecteur d’amélioration des conditions de vie des planteurs. Grâce à la puce bancaire intégrée, elle garantit le respect du prix bord champ, lutte contre les défauts de paiement et sécurise les transactions. Depuis la campagne 2024-2025, elle donne également accès à l’assurance maladie universelle prise en charge à 100 %. Plus de 1,2 million de producteurs ont été recensés, et 900 000 cartes ont déjà été retirées. La distribution se poursuit dans les treize délégations régionales, la production des dernières cartes étant en cours.

La réforme s’inscrit dans un mouvement plus large de professionnalisation de la filière. En mai 2026, le Conseil Café-Cacao a multiplié les initiatives : appel à la poursuite sereine de la campagne intermédiaire de cacao, déploiement de la norme régionale ARS 1000 dans les coopératives de l’Indénié-Djuablin. Ces actions visent à renforcer la gouvernance et la qualité à tous les échelons. Le cadre permanent de concertation promis aux exportateurs, à l’occasion de la réunion du 29 mai, suggère que les autorités cherchent à associer l’ensemble des acteurs à cette transition.

Cependant, des défis subsistent. Près de 300 000 producteurs recensés n’ont pas encore retiré leur carte, et certains pourraient rencontrer des difficultés d’accès aux points de distribution, notamment dans les zones enclavées. Par ailleurs, l’opérationnalité du système de traçabilité à grande échelle devra être éprouvée lors de la prochaine campagne. L’enjeu est d’autant plus crucial que la concurrence entre origines s’intensifie et que les acheteurs, notamment européens, exigent une transparence totale.

La décision ivoirienne fait écho aux efforts du Ghana voisin, qui développe également un système de traçabilité. Une coordination régionale pourrait à terme faciliter la certification et limiter la fraude. Pour l’heure, la Côte d’Ivoire montre sa détermination à aligner ses pratiques sur les normes internationales, quitte à imposer des contraintes nouvelles aux producteurs. Si la carte du producteur est perçue comme une contrainte par certains, elle représente surtout un levier pour pérenniser la place du cacao ivoirien sur le marché mondial.

Cette réforme illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la nécessité de concilier performance économique et exigences de durabilité. Alors que les régulations internationales se durcissent, les États producteurs de cacao doivent innover pour protéger leurs filières. La carte du producteur pourrait bien devenir un modèle pour d’autres productions agricoles dans la région, à condition que sa mise en œuvre soit inclusive et efficace.