Famara Kalbert Mané, maire de Kolda, a lancé un appel urgent contre la pollution plastique sur la RN6, principal axe reliant les régions méridionales du Sénégal. Cet appel intervient dans un contexte de croissance rapide de la filière anacarde, dont les flux logistiques empruntent ce corridor stratégique. La dégradation environnementale le long de cette route soulève des questions sur la durabilité d’un secteur en pleine expansion et sur la capacité des acteurs à concilier développement économique et préservation écologique.
L’axe routier de l’anacarde sous pression
La RN6, corridor vital pour la noix de cajou, subit une pollution plastique croissante. Le maire de Kolda tire la sonnette d’alarme.
économique
+ trafic logistique
environnementale
+ dégradation RN6
Acteurs clés du corridor
contre pollution
peu régulé
+ transformation locale
• Ziguinchor
En bref
« Il est urgent d’agir pour que la croissance de l’anacarde ne se fasse pas au détriment de notre environnement. »
Un corridor vital pour l’anacarde
La RN6, qui traverse les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor, constitue l’artère principale d’acheminement de la noix de cajou depuis les zones de production du sud du Sénégal vers les unités de transformation et les ports d’exportation. Avec l’essor de la filière anacarde, porté par la demande internationale et les politiques de promotion de la transformation locale, le trafic sur cet axe n’a cessé d’augmenter. Les camions transportant les récoltes, souvent chargés de sacs en plastique et autres emballages non biodégradables, contribuent à une pollution visible le long de la route.
L’appel du maire de Kolda met en lumière un problème structurel : alors que les autorités locales et nationales encouragent la production et la transformation de l’anacarde comme levier de développement régional, les externalités négatives liées au transport restent peu régulées. Les transporteurs, souvent organisés de manière informelle, ne sont pas sensibilisés aux pratiques respectueuses de l’environnement. Les déchets plastiques jonchant les bas-côtés de la RN6 affectent non seulement le paysage, mais aussi la santé des populations riveraines et la fertilité des sols.
Une tension entre croissance économique et responsabilité environnementale
La situation illustre un dilemme récurrent dans les filières agricoles d’exportation en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal, comme d’autres pays de la région (Côte d’Ivoire, Bénin), mise sur l’anacarde pour diversifier son économie et créer des emplois. En mai 2026, des initiatives comme la formation de jeunes filles à la transformation de viande végétale à base de pomme d’acajou à Kolda montrent une volonté d’ajouter de la valeur localement. Cependant, les progrès en aval peinent à s’accompagner de mesures environnementales en amont, notamment dans le transport.
L’appel du maire Mané cible directement les responsables des regroupements de transporteurs, leur demandant de sensibiliser leurs membres. Cette démarche révèle une prise de conscience des autorités locales, mais aussi une certaine impuissance face à des pratiques ancrées. L’absence d’infrastructures de collecte et de traitement des déchets le long de la RN6 aggrave le problème. Par ailleurs, le poids économique des transporteurs, qui jouent un rôle clé dans la chaîne logistique, rend difficile l’imposition de normes strictes sans un dialogue préalable.
L’enjeu de la régulation et de la coopération régionale
Le maire invite les gouverneurs des trois régions à agir de manière coordonnée. Cette dimension transrégionale est cruciale : la RN6 traverse plusieurs collectivités, et une réponse isolée serait inefficace. Une approche intégrée pourrait inclure la mise en place de points de contrôle, des campagnes de sensibilisation obligatoires pour les transporteurs, et le déploiement de solutions alternatives aux emballages plastiques. Certains pays de la zone, comme la Côte d’Ivoire, expérimentent des systèmes de consigne pour les sacs de cajou, mais leur adoption reste limitée.
Au-delà du Sénégal, la question environnementale dans les corridors logistiques de l’anacarde est un défi commun à toute l’Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de noix de cajou, fait face à des enjeux similaires le long de ses axes routiers. La pression croissante des consommateurs internationaux sur la durabilité des chaînes d’approvisionnement pourrait accélérer les réformes, mais les progrès restent lents.
Perspectives
L’appel du maire de Kolda ne se limite pas à une plainte locale : il reflète une tension structurelle entre la dynamique de croissance de la filière anacarde et la nécessité d’un développement durable. Sans une action rapide des autorités régionales et nationales, la pollution plastique sur la RN6 pourrait nuire à l’image de la filière sénégalaise et, à terme, à sa compétitivité sur les marchés exigeants. La réponse à cet appel constituera un test de la capacité du secteur à intégrer des pratiques responsables, alors que les volumes transportés continuent d’augmenter.
Cet épisode illustre un défi plus large pour les filières agricoles ouest-africaines : comment concilier l’essor des exportations avec la préservation des écosystèmes ? La RN6 du Sénégal n’est qu’un maillon d’une chaîne régionale où les déchets plastiques liés au transport de l’anacarde, mais aussi du cacao ou du coton, s’accumulent. L’avenir de ces filières passera-t-il par une régulation environnementale plus stricte, ou par des innovations dans l’emballage et la logistique ? La réponse déterminera en partie la crédibilité des discours sur la transformation locale et la souveraineté économique.