Le 28 juillet 2026, WE! Fund, filiale du FONSIS, a signé deux conventions d'investissement d'un montant total de 800 millions FCFA avec Dakar Dialyse et BERCA. Ce financement vise la création du premier centre de dialyse verte du Sénégal, à Diamniadio, ainsi que le développement d'activités de recyclage des déchets médicaux. Cette opération illustre une convergence inédite entre santé, environnement et financement public-privé dans une Afrique de l'Ouest en quête de nouveaux modèles économiques.
Le projet porté par Dakar Dialyse prévoit l'implantation, sur un site de 5 000 m², d'un centre de 38 postes d'hémodialyse, accompagné d'une unité de traitement des déchets intégrant le recyclage des eaux issues des séances. BERCA, installée à Keur Ndiaye Lo, apporte son savoir-faire dans la fabrication et la valorisation des déchets. Au-delà de l'infrastructure, les retombées en termes d'emplois sont immédiatement annoncées : 30 postes directs, dont 18 occupés par des femmes. Le montage associe un fonds souverain, le FONSIS, à des opérateurs privés locaux, un schéma encore rare dans le secteur de la santé en Afrique de l'Ouest.
Cette opération marque un tournant dans la stratégie d'investissement du Sénégal. Le FONSIS, créé pour catalyser le développement via des participations structurantes, semble élargir son champ d'action à des actifs sociaux-santé à fort contenu environnemental. En choisissant la dialyse, un soin lourd et répétitif, et en intégrant le recyclage de ses effluents, le fonds répond à une double urgence : l'accès aux soins spécialisés et la gestion écologique des déchets hospitaliers, un problème croissant dans les métropoles ouest-africaines.
Un investissement dans le sillage des recompositions régionales
L'annonce survient dans un contexte de refonte économique régionale. À la fin du printemps 2026, le Ghana et le Royaume-Uni ont scellé un partenariat économique centré sur l'industrialisation et l'emploi, tandis que la politique chinoise de « zéro droit de douane » en faveur de 53 pays africains, dont la Côte d'Ivoire, entrait effectivement dans sa phase active. Parallèlement, les besoins de financement des États se font pressants et les levées sur le marché des titres publics de l'UEMOA se multiplient. C'est dans ce paysage mouvant que le Sénégal, avec ce nouvel investissement, affirme une trajectoire propre.
Au plan national, cette initiative s'inscrit aussi dans un récent changement de gouvernance économique. L'entrée d'Allé Nar Diop au gouvernement pour piloter l'économie, le plan et la coopération avait signalé une volonté de rationalisation. Ce premier investissement majeur de WE! Fund dans la santé pourrait ainsi refléter une priorité renouvelée pour les services sociaux de base, tout en envoyant un message aux bailleurs privés sur la crédibilité d'un nouveau type de projets.
Un effet de démonstration pour l'écosystème ouest-africain
Le choix de la dialyse verte, une première régionale, confère à l'opération une portée symbolique. Elle démontre qu'un fonds public peut initier une offre de soins modernes, créatrice d'emplois qualifiés, sans attendre l'arrivée d'investisseurs internationaux classiques. Elle pose aussi la question de la reproductibilité du modèle : d'autres pays de la zone UEMOA, confrontés à la même évolution des maladies non transmissibles, pourraient être tentés de suivre cette voie. Cependant, l'ampleur de l'investissement, modeste comparé aux besoins de financement de la santé régionale, invite à relativiser son impact immédiat.
Ce type de montage, mêlant capital patient national et opérateurs spécialisés, pourrait toutefois servir de catalyseur pour attirer davantage de fonds vers des secteurs jugés trop risqués. Il soulève également des questions opérationnelles : la pérennité du centre dépendra de la capacité à former les personnels, à maintenir les équipements et à rentabiliser le recyclage des déchets. Autant de défis qui conditionneront la portée réelle de cette démarche au-delà de l'effet d'annonce.
La dynamique ouest-africaine s'oriente ainsi vers une hybridation des modèles de financement. Entre les partenariats bilatéraux, la coopération chinoise et les instruments régionaux, les pays cherchent leur combinaison optimale. L'investissement de WE! Fund offre un exemple concret de l'usage des capitaux publics nationaux comme levier de développement social et écologique. Il reste à voir si cette première pierre suffira à bâtir un édifice plus large.
Ce que révèle cet investissement, c'est une transformation silencieuse des priorités des fonds souverains ouest-africains, passant de logiques de rentabilité extractive à des investissements à impact direct sur la vie des populations. La santé et l'environnement, longtemps relégués derrière les infrastructures lourdes, deviennent des champs d'innovation financière. Alors que les besoins de financement s'étendent, le modèle sénégalais pourrait inspirer d'autres pays, à condition que l'exécution et la pérennité opérationnelle ne déçoivent pas. Une question demeure : comment reproduire cette initiative à grande échelle sans fragiliser les équilibres budgétaires déjà contraints de la région ?