Le 8 juillet 2026, la présentation du rapport FinScope 2025 sur la Gambie a mis en lumière le rôle déterminant de Wave Mobile Money dans l'essor de l'inclusion financière dans le pays. Alors que le mobile money devient un pilier des stratégies nationales, l'enjeu se déplace désormais de l'accès de base vers l'usage régulier et la montée en gamme des services. Cette évolution s'inscrit dans un contexte régional marqué par des tensions réglementaires et une concurrence accrue entre opérateurs historiques et fintechs.

Infographie — Fintech · Mobile money

La Gambie, petit pays d'Afrique de l'Ouest longtemps à la traîne en matière de services financiers, connaît une transformation silencieuse mais profonde. Selon le rapport FinScope Consumer Survey 2025 présenté le 8 juillet 2026, le mobile money, et plus particulièrement les services de Wave, a contribué de manière décisive à l'augmentation du nombre d'adultes disposant d'un compte financier formel. Ce bond en avant place Wave parmi les principaux canaux d'accès aux services formels pour les ménages gambiens qui dépendaient auparavant du cash et des circuits informels.

Une percée confirmée en Gambie

Wave, entrée sur le marché gambien après avoir identifié un fort besoin via une précédente enquête FinScope, a su capter une population sous-bancarisée en proposant des transferts et des opérations financières simples, rapides et peu coûteux. La directrice générale de Wave en Gambie, Sainabou Sarr, a rappelé que la fintech s'est appuyée sur les données de FinScope pour adapter son offre. Le résultat est tangible : le taux d'inclusion financière formelle a progressé, porté par l'adoption massive du mobile money. Ce succès pose néanmoins la question de la capacité des autorités à encadrer et à accompagner cette croissance pour éviter les risques de surendettement ou de blanchiment d'argent.

Vers une diversification des usages

Aujourd'hui, les autorités gambiennes et les opérateurs ne se contentent plus de mesurer le nombre de comptes ouverts. Le rapport FinScope souligne que l'enjeu est désormais de passer de l'accès à l'usage régulier et à la montée en gamme : paiements marchands, épargne, crédit de petit montant. Wave, déjà présent dans 27 pays africains selon des informations antérieures, expérimente en Gambie un modèle qui pourrait être reproduit ailleurs. La diversification des services est cruciale pour éviter que le mobile money ne reste qu'un outil de transfert et devienne un véritable levier d'inclusion économique.

Les défis de la maturité régionale

L'exemple gambien illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest. Au Sénégal, pays où Wave est également très présent, le secteur du numérique connaît des remous. En juin 2026, le départ d'Alioune Sall du ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, accompagné d'une évolution institutionnelle détachant le numérique de la communication, a été suivi d'une ouverture d'information judiciaire par le Pool judiciaire financier dans un dossier lié à la fintech. Cette affaire, aux forts enjeux financiers, montre que les autorités sénégalaises surveillent de près les activités des fintechs et cherchent à renforcer la régulation.

Dans le même temps, la concurrence s'intensifie. Wave doit faire face à Orange Money, MTN Mobile Money et d'autres acteurs locaux. La promesse historique de Wave de « faire de l'Afrique le premier continent sans espèces » (formulée dès 2017) se heurte à la réalité des cadres réglementaires nationaux, encore hétérogènes. Pourtant, l'ambition reste intacte. Les fintechs, en multipliant les partenariats avec les banques et les institutions de microfinance, tentent de construire un écosystème financier numérique intégré.

Une régulation en quête d'équilibre

Le défi pour les États ouest-africains est de trouver un équilibre entre innovation et protection des consommateurs. La Gambie, avec son rapport FinScope, montre que le mobile money peut être un outil puissant d'inclusion, mais la récente enquête sénégalaise rappelle que la transparence et la conformité sont essentielles. Les régulateurs de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) observent ces évolutions avec attention, d'autant que la digitalisation des paiements est au cœur des stratégies nationales de développement.

Alors que la Gambie franchit une étape dans son inclusion financière, le reste de l'Afrique de l'Ouest observe avec attention les modèles qui émergent. Entre ambition cashless et nécessité de régulation, l'équilibre reste fragile. La question n'est plus seulement d'ouvrir des comptes, mais de construire un écosystème financier numérique durable et inclusif, capable de résister aux chocs et de servir l'économie réelle.