En six ans, la Gambie a réalisé l’une des progressions les plus spectaculaires du continent en matière d’inclusion financière formelle : de 19 % en 2019 à 82 % en 2025, selon l’enquête FinScope Consumer The Gambia 2025. Dans le même temps, l’exclusion financière a chuté de 69 % à 14 %, portée principalement par l’essor du mobile money et de l’opérateur Wave. Ce bond interroge les leviers d’une transformation numérique capable de rattraper des décennies de sous-bancarisation dans l’espace UEMOA.
Inclusion financière : le bond gambien
De 19% à 82% en six ans — l’effet mobile money
Chronologie de la transformation
Moteur de l’inclusion
« Un service qui permet d’envoyer, recevoir, déposer, retirer, payer et participer à l’économie » — Sainabou Sarr, DG Wave Gambie
Selon la Banque mondiale, l’inflation en Gambie s’établit à 11,6%. Un défi pour le pouvoir d’achat, malgré les progrès de l’inclusion.
Le mobile money a permis de rattraper des décennies de sous-bancarisation dans l’espace UEMOA, selon l’enquête FinScope 2025.
Un bond historique en six ans
Les chiffres publiés par les autorités gambiennes fin juin 2026 révèlent une rupture nette avec le passé. En 2019, près de sept adultes sur dix étaient exclus de tout service financier formel. Six ans plus tard, seuls 14 % le sont encore. L’utilisation des services financiers non bancaires – essentiellement le mobile money – est passée de 14 % à 81 %. Cette bascule rapide place la Gambie parmi les rares pays africains à avoir quasiment inversé la pyramide de l’exclusion en moins d’une décennie.
Wave, moteur de l’inclusion
L’opérateur Wave, filiale de la fintech sénégalaise, a été officiellement reconnu par le gouvernement gambien comme un acteur clé de cette métamorphose. Sa directrice générale, Sainabou Sarr, a souligné que cette reconnaissance reflète « l’impact concret d’un service qui permet aux populations d’envoyer de l’argent, d’en recevoir, d’effectuer des dépôts, des retraits, des paiements et de participer plus sereinement à l’économie ». Wave s’appuie sur un réseau d’agents dense et une politique de frais réduits qui a permis de capter une population jusqu’alors hors du système bancaire.
Quels enseignements pour l’UEMOA ?
Le cas gambien s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. En Côte d’Ivoire, Wave a noué en juillet 2026 un partenariat avec Glovo pour intégrer le paiement mobile aux services de livraison, tandis que la BOAD et Proparco ont signé en mai un financement croisé de 200 millions d’euros destiné au secteur privé de l’UEMOA, dont une partie devrait irriguer les fintechs. Ces initiatives montrent que la transformation numérique des services financiers est devenue une priorité régionale, bien que les rythmes d’adoption varient fortement selon les pays.
Les ressorts d’une réussite
Plusieurs facteurs expliquent le bond gambien. Un cadre régulateur favorable, avec l’adoption rapide de directives de la BCEAO autorisant les opérateurs de mobile money à proposer des services étendus, a facilité l’entrée de Wave. La forte pénétration du téléphone mobile – même dans les zones rurales – a offert une base technique. Surtout, la confiance des utilisateurs a été gagnée par la simplification des processus : ouverture de compte sans dépôt minimum, transferts instantanés, et absence de frais cachés. Le rapport FinScope note que le mobile money est désormais le premier point d’accès aux services financiers pour une large part de la population non bancarisée.
Des défis persistants
Malgré ce progrès, des questions demeurent. L’usage effectif des services – au-delà de la simple inscription – reste à consolider. La protection des consommateurs, la cybersécurité et la concurrence entre opérateurs sont autant d’enjeux que les autorités gambiennes devront gérer pour éviter un essoufflement. Par ailleurs, l’inclusion financière ne se limite pas à l’accès aux comptes : elle doit s’accompagner de produits d’épargne, de crédit et d’assurance adaptés aux besoins des populations à faible revenu.
Vers un modèle pour la sous-région ?
La trajectoire gambienne offre une référence pour les pays ouest-africains encore en retard, comme la Guinée-Bissau ou la Sierra Leone. Elle montre qu’une combinaison de volonté politique, de régulation agile et d’innovation privée peut transformer le paysage financier en quelques années. Mais elle souligne aussi que la diversification des services et la viabilité économique des opérateurs sont les prochains défis à relever pour que l’inclusion ne reste pas un simple effet d’annonce.
Alors que la Gambie célèbre ce succès, la région ouest-africaine dans son ensemble cherche encore le bon équilibre entre innovation et régulation. La question n’est plus de savoir si le mobile money peut réduire l’exclusion, mais comment transformer cet accès en levier de développement durable et équitable.