Le nombre de Sociétés de Gestion et d'Intermédiation (SGI) dans l'UEMOA est passé de 27 en 2017 à 38 en 2025, selon les données du marché de la BRVM. Cette croissance rapide témoigne d'un intérêt accru pour l'intermédiation financière, mais elle s'accompagne d'un paradoxe : le nombre d'entreprises cotées n'a pas suivi le même rythme, faisant chuter le ratio de couverture de 1,6 à 1,2 société cotée par SGI. Cette évolution révèle des tensions structurelles qui pourraient redéfinir les équilibres du secteur financier régional.
La course aux intermédiaires, un marché qui se resserre
Entre 2017 et 2025, le nombre de SGI a bondi de 27 à 38, tandis que les entreprises cotées n'ont que légèrement progressé. Résultat : le ratio de couverture chute de 1,6 à 1,2 société cotée par intermédiaire.
société cotée par SGI
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Marché étroit, concurrence accrue, frais moins prévisibles.
Volumes importants, frais de gestion prévisibles, mais dérive vers le fixe.
⚠️ Risque : fragiliser le financement des entreprises privées.
L'expansion du nombre d'intermédiaires financiers dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est un signe d'attractivité, mais aussi un révélateur de déséquilibres. En 2017, le marché comptait 27 SGI pour environ 43 entreprises cotées, soit un ratio de 1,6 société par intermédiaire. En 2025, avec 38 SGI et un nombre d'entreprises cotées qui n'a que légèrement progressé, le ratio tombe à 1,2. Autrement dit, l'offre d'intermédiation croît plus vite que la demande potentielle en actions, ce qui intensifie la concurrence sur un marché déjà étroit.
Cette situation pousse les SGI à se tourner de plus en plus vers les titres publics, dont le volume a considérablement augmenté dans la zone. Les émissions obligataires des États et des institutions régionales offrent des volumes importants et des frais de gestion plus prévisibles que les actions. Cependant, cette dérive vers le fixe pourrait fragiliser le rôle des SGI dans le financement des entreprises privées, un enjeu crucial pour le développement économique de la région.
Le paradoxe est d'autant plus frappant que la BRVM a multiplié les initiatives pour attirer de nouvelles cotations, notamment dans les secteurs de la télécommunication et de la banque. Les résultats semestriels récents de grands groupes comme Sonatel ou les banques de l'UEMOA montrent une bonne santé financière, ce qui pourrait susciter des vocations. Pourtant, les entreprises hésitent encore, freinées par les exigences de transparence et les coûts d'introduction.
Dans ce contexte, la qualité des services offerts par les SGI devient un facteur différenciant. L'atelier de sensibilisation organisé à Dakar par le ministère de l'Énergie et du Pétrole, en partenariat avec la GIZ, sur le cadre réglementaire de l'infrastructure qualité, illustre une prise de conscience plus large : la qualité est un levier de confiance et d'accès aux marchés. Cette démarche, qui vise à harmoniser les normes dans la filière solaire, pourrait servir de modèle pour d'autres secteurs, y compris la finance.
La prolifération des SGI pose aussi la question de la viabilité des plus fragiles. Sans base de clientèle institutionnelle solide, certaines structures pourraient être tentées par une concurrence agressive sur les commissions, au détriment de la qualité du conseil. Ce risque est d'autant plus préoccupant que la région ambitionne de devenir une plaque tournante financière, comme en témoignent les succès exploratoires pétroliers en Côte d'Ivoire ou les progrès de l'inclusion financière numérique.
L'évolution du nombre de SGI entre 2017 et 2025 n'est pas un simple fait statistique : elle traduit une mutation profonde du paysage financier ouest-africain. Le passage d'un club restreint à une concurrence ouverte est salutaire, mais il exige une régulation fine et des incitations à la consolidation. Les autorités de la BRVM et de la CREPMF devront arbitrer entre la promotion de l'accès au marché et la préservation de la rentabilité des acteurs, sous peine de voir émerger des bulles spéculatives ou des faillites en chaîne.
Au-delà de la BRVM, cette dynamique interroge la capacité de la région à bâtir un écosystème financier robuste, capable de financer la transformation économique. Alors que les banques UEMOA publient des résultats semestriels solides et que les États multiplient les émissions obligataires, la question de l'intermédiation de proximité reste centrale. Les SGI, maillons essentiels entre l'épargne et l'investissement, devront innover dans leurs services pour répondre aux besoins d'une économie en mutation, où la qualité des infrastructures et des services devient un critère décisif.