Une nouvelle plateforme de commerce électronique, Tounka Express, a été lancée le 24 juillet à Dakar, promettant de lever les barrières logistiques et de paiement qui entravent l’accès des consommateurs africains aux marchés internationaux. En intégrant Wave, Orange Money et d’autres solutions locales, elle répond à un besoin criant dans une région où le taux de bancarisation reste faible mais où le mobile money est massivement adopté. Ce lancement intervient alors que la transformation numérique de l’Afrique de l’Ouest s’accélère, portée par des acteurs locaux qui tentent de capter une part du commerce électronique mondial.

Un pari sur le mobile money comme levier d'inclusion commerciale

Fondée par Aliou Soumano et Daouda Kantoa, Tounka Express se présente comme une solution intégrée combinant paiement, logistique et livraison. Son innovation principale réside dans l’acceptation des paiements via les services de mobile money – Wave, Orange Money, entre autres – sans nécessiter de carte bancaire internationale. Cette caractéristique est cruciale dans une zone où moins de 30 % de la population adulte possède un compte bancaire, mais où le taux de pénétration du mobile money dépasse 60 % selon les données de la Banque mondiale.

La plateforme ambitionne de faciliter les achats sur les marketplaces internationales tout en préparant l’exportation de produits africains. Pour y parvenir, elle s’appuie sur deux bases logistiques en Chine et en France, permettant de centraliser les flux de marchandises. Un système de suivi en temps réel offre aux clients une visibilité sur l’acheminement des colis, un atout pour instaurer la confiance dans un secteur marqué par les retards et les pertes.

Intelligence artificielle : un accélérateur discret mais indispensable

Si le lancement de Tounka Express met en avant le mobile money, l’intelligence artificielle joue un rôle croissant dans l’optimisation des services numériques en Afrique de l’Ouest. Dans un entretien récent, Houssène Ben-Souda, associé gérant de Marabu Services, cabinet ivoirien de conseil, souligne que l’avenir des métiers du conseil et des services repose sur l’alliance entre expertise humaine et IA. Cette tendance s’observe également dans la fintech et le e-commerce.

Des algorithmes de machine learning peuvent être déployés pour détecter les fraudes lors des transactions par mobile money, personnaliser l’expérience d’achat ou optimiser les routes logistiques. Tounka Express, sans communiquer explicitement sur ses outils, bénéficie vraisemblablement de ces technologies pour sa gestion des stocks et son système de suivi. L’IA devient ainsi un maillon invisible mais structurant de la nouvelle génération de plateformes africaines.

Un contexte régional favorable mais des défis persistants

L’écosystème ouest-africain du mobile money est mature, avec des acteurs comme Orange Money, MTN Mobile Money et Wave qui dominent le paysage. La région a connu une croissance rapide du nombre de comptes mobiles, stimulée par les transferts de fonds et les paiements de proximité. Tounka Express capitalise sur cette infrastructure existante pour proposer une passerelle vers le commerce international, un segment encore peu exploité.

Cependant, des obstacles demeurent. La logistique transfrontalière en Afrique de l’Ouest reste fragmentée, avec des douanes parfois imprévisibles et des infrastructures de transport hétérogènes. De plus, la concurrence des grandes plateformes internationales, comme Amazon qui teste des solutions de paiement mobile au Nigeria, pourrait limiter l’impact de Tounka Express si celle-ci ne parvient pas à étendre rapidement sa couverture géographique au-delà du Sénégal.

Une dynamique de digitalisation plus large

Ce lancement s’inscrit dans un mouvement plus large de numérisation des services en Afrique de l’Ouest. En juin 2026, la Côte d’Ivoire et le Canada ont renforcé leur coopération culturelle et numérique, tandis que des discussions sur le rôle des villes portuaires africaines dans la transformation territoriale se tenaient à Tanger. Ces initiatives, bien que distinctes, reflètent une volonté régionale d’accélérer l’intégration numérique.

Tounka Express ne prétend pas révolutionner le secteur, mais il illustre une maturation des fintechs africaines qui passent de la simple offre de transferts à une plateforme de commerce complète. Le choix du mobile money comme épine dorsale du paiement est un signal fort : l’avenir du e-commerce en Afrique de l’Ouest pourrait bien se jouer sans cartes bancaires.

En misant sur le mobile money et en s’intégrant aux chaînes logistiques internationales, Tounka Express teste un modèle hybride qui pourrait inspirer d’autres entrepreneurs de la région. Reste à savoir si cette approche parviendra à surmonter les rigidités logistiques et à gagner la confiance des consommateurs, alors que les géants mondiaux du e-commerce commencent à s’intéresser au continent.