Le Banco Nacional de Investimento (BNI) du Mozambique a vu son bénéfice net plus que doubler en 2025, atteignant 2,1 millions d'euros, contre 908 000 euros en 2024. Cette performance spectaculaire, portée par la cession d'une participation dans le TDB Bank et une rigueur opérationnelle accrue, intervient dans un contexte de redressement après une chute de 75% des profits en 2024. Pour l'écosystème ouest-africain, ce cas illustre les ressorts de la rentabilité dans un environnement de taux élevés et de pression sur la qualité des actifs.

Infographie — Institutions financières

Une performance tirée par des cessions stratégiques

Le résultat net du BNI a bondi de 138% en 2025, à 2,1 millions d'euros, selon son rapport annuel. Si la progression semble modeste en valeur absolue, elle marque un net rebond après une année 2024 difficile où le bénéfice avait chuté de 75%. Le président de la commission exécutive, Abdul Jivane, attribue ce résultat à « l'augmentation de la marge complémentaire, qui a quadruplé, reflétant la plus-value résultant de l'aliénation de la participation financière dans le capital du TDB Bank ». Le TDB (Trade and Development Bank) est une institution régionale de financement du développement couvrant l'Afrique orientale et australe. Cette opération ponctuelle a dopé les comptes, mais le banquier insiste aussi sur « un plus grand dynamisme des opérations financières ».

Une amélioration des fondamentaux au-delà du one-off

Au-delà de la cession, le BNI a démontré une maîtrise de ses coûts : les charges opérationnelles ont reculé de 7%, permettant au ratio d'efficience de s'améliorer de 15 points, à 39%. Parallèlement, le ratio de solvabilité réglementaire a grimpé de 3 points, à 36,45%, bien au-dessus du minimum de 12%. Surtout, le ratio de créances en souffrance est tombé de 18,30% à 7,35% en un an, signe d'une gestion du risque plus rigoureuse. Ces indicateurs suggèrent que la banque a su combiner une opération exceptionnelle avec une amélioration structurelle de son bilan.

Quelles implications pour l'Afrique de l'Ouest?

En Afrique de l'Ouest, plusieurs institutions financières — Banque Nationale d'Investissement (BNI) en Côte d'Ivoire, Banque Atlantique, Versus Bank — évoluent dans un environnement comparable. Les banques d'investissement publiques y sont souvent confrontées à des défis de rentabilité et de qualité de portefeuille. Le cas mozambicain montre que la cession de participations stratégiques dans des banques régionales (comme le TDB) peut offrir un ballon d'oxygène, mais que la durabilité passe par l'efficacité opérationnelle. Le ratio de solvabilité élevé du BNI (36,45%) contraste avec les niveaux parfois tendus des banques de l'UEMOA, où le minimum réglementaire est de 11,5% (Bâle II/III) et où certaines banques peinent à dépasser 15%.

Un parallèle avec les banques régionales de développement

Le rôle du TDB Bank comme investissement stratégique fait écho à celui de la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) ou de la Banque d'Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC). Les participations croisées entre États et banques nationales sont courantes. La cession d'une partie de ces participations peut générer des plus-values, mais elle soulève aussi la question de l'indépendance financière des États actionnaires. En 2025, le BNI a également augmenté sa marge d'intérêt grâce à des opérations financières plus dynamiques, un levier que les banques ouest-africaines exploitent de plus en plus dans un contexte de taux d'intérêt élevés (le taux directeur de la BCEAO est à 3,5% depuis fin 2024).

Des défis persistants malgré le redressement

Le chemin parcouru par le BNI reste fragile. Le bénéfice de 2,1 millions d'euros, bien qu'en forte hausse, est encore inférieur au niveau de 2023 (environ 3,6 millions d'euros avant la chute de 2024). La banque reconnaît que l'amélioration du ratio de NPL de 18,30% à 7,35% est spectaculaire, mais ce niveau reste élevé par rapport à la moyenne des banques mozambicaines (autour de 12% en 2025 selon la Banque du Mozambique). Pour 2026, l'objectif est de consolider la tendance et de réduire encore le NPL. En Afrique de l'Ouest, où les NPL moyens dans l'UEMOA oscillent autour de 9% (BCEAO, 2025), la leçon est claire : la rigueur dans le recouvrement et la souscription est cruciale.

Un signal pour les investisseurs et les régulateurs

Pour les banques ouest-africaines, le cas du BNI montre que les cessions d'actifs non stratégiques (comme des participations dans des banques régionales) peuvent améliorer transitoirement les résultats, mais que la rentabilité durable repose sur la maîtrise des coûts et la qualité du crédit. Les régulateurs de l'UEMOA, qui poussent à une augmentation des fonds propres (Bâle II/III renforcé à partir de 2024), pourraient voir dans l'exemple mozambicain une confirmation de la nécessité de ratios de solvabilité élevés pour absorber les chocs.

Alors que le BNI ambitionne de consolider sa reprise en 2026, son expérience éclaire les enjeux des banques d'investissement publiques en Afrique : trouver un équilibre entre opérations exceptionnelles et amélioration des fondamentaux. En Afrique de l'Ouest, où plusieurs institutions sont en pleine restructuration (notamment la BNI Côte d'Ivoire après sa recapitalisation), le chemin mozambicain offre une feuille de route imparfaite mais instructive. Reste à savoir si les marchés ouest-africains, plus liquides et concurrentiels, permettent la même marge de manœuvre.