Pour Ismaël Kouassi, directeur Côte d'Ivoire de PawaPay, l'UEMOA figure parmi les zones les plus dynamiques d'Afrique en matière de paiements numériques. Portée par une adoption massive du mobile money, des infrastructures comme la plateforme interopérable PI-SPI de la BCEAO et un environnement financier en mutation, la région s'impose comme un hub fintech. Cette affirmation, formulée fin juin 2026, intervient dans un contexte régional marqué par la sortie du Ghana du programme FMI en mai, la tenue de l'Africa CEO Forum à Kigali où la Côte d'Ivoire a attiré les investisseurs, et une effervescence autour du numérique mobile à Abidjan.
PawaPay & l’essor du mobile money
Une infrastructure financière intégrée en construction dans l’UEMOA
« Notre rôle est de simplifier l’accès aux écosystèmes de mobile money pour les entreprises, banques et PME. »
— Ismaël Kouassi, directeur Côte d’Ivoire de PawaPay
des transactions numériques
en Afrique de l’Ouest passent par le mobile money
Contexte régional
PI-SPI (BCEAO) lancée en 2023 · PawaPay présent dans 20 pays africains · Effervescence fintech à Abidjan
Chronologie : vers l’interopérabilité
Lancement de PI-SPI
La BCEAO pose les bases de la connectivité entre opérateurs de mobile money dans l’UEMOA.
PawaPay accélère
Ismaël Kouassi affirme que l’UEMOA est l’une des zones les plus dynamiques pour les paiements numériques.
Africa CEO Forum · Ghana
Sortie du Ghana du programme FMI (mai) · Côte d’Ivoire attire les investisseurs à Kigali.
L’écosystème du mobile money en UEMOA
En bref : les forces de l’UEMOA
Adoption massive du mobile money
Plus de 70 % des transactions numériques régionales passent par le mobile money, portées par une forte pénétration des téléphones mobiles.
Infrastructure interopérable
La plateforme PI-SPI de la BCEAO (2023) et des agrégateurs comme PawaPay réduisent les barrières techniques entre opérateurs.
Hub fintech en effervescence
Abidjan s’impose comme place forte du numérique mobile, attirant investisseurs et talents régionaux.
Contexte macro : Selon la Banque mondiale, l’Afrique de l’Ouest et centrale affiche un PIB de 736,4 milliards USD et une inflation à 3,6 %. Les investissements directs étrangers représentent 2,4 % du PIB, signe d’un intérêt croissant pour les marchés numériques.
Une infrastructure au service de l'interopérabilité
PawaPay se positionne comme un facilitateur technologique permettant aux entreprises, banques et PME d'accéder à plusieurs écosystèmes de mobile money via une seule intégration. Cette approche répond à un besoin structurel dans une région où coexistent plusieurs opérateurs – Orange Money, MTN Mobile Money, Moov Money, Wave – avec des protocoles parfois incompatibles. En offrant un tableau de bord unifié et une trésorerie consolidée dans une vingtaine de pays africains, PawaPay réduit les barrières techniques qui freinaient jusqu'ici l'adoption des paiements numériques par les commerçants et les institutions financières.
La plateforme interopérable PI-SPI de la BCEAO, lancée en 2023, a posé les bases d'une connectivité entre les différents acteurs. Mais c'est au niveau des services d'infrastructure, comme ceux proposés par PawaPay, que se joue la simplification opérationnelle. Comme le souligne Ismaël Kouassi, son rôle consiste à « simplifier les paiements, les versements, le suivi des transactions et la gestion des flux financiers », autant de fonctions essentielles pour des PME qui manquent souvent de ressources pour gérer la complexité technique.
La complémentarité banque-mobile money comme moteur de croissance
L'un des points clés de l'analyse de PawaPay est la complémentarité croissante entre les banques et le mobile money. Historiquement perçus comme des concurrents, ces deux univers tendent à converger, portés par la demande des clients et les incitations réglementaires. Les banques voient dans le mobile money un canal de distribution pour toucher les populations non bancarisées, tandis que les opérateurs de mobile money cherchent à enrichir leur offre avec des services de crédit, d'épargne ou d'assurance. Cette dynamique, déjà observée au Kenya avec M-Pesa, prend une ampleur particulière en UEMOA où le taux de pénétration du mobile money dépasse 70 % dans certains pays.
Pour les PME, cette convergence ouvre la voie à un accès élargi aux services financiers traditionnels. Alors que les banques peinent à servir les petites entreprises en raison des coûts de gestion, les fintechs comme PawaPay créent des ponts numériques qui abaissent les seuils de rentabilité. Le directeur Côte d'Ivoire de PawaPay insiste sur le fait que cette intégration des flux numériques bénéficiera en priorité aux PME, leur permettant d'accéder à du financement via l'historique des transactions mobiles.
Un marché régional en pleine mutation
L'essor de PawaPay en Côte d'Ivoire s'inscrit dans un contexte régional de transformation accélérée. En mai 2026, le Ghana a officiellement conclu son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, signe d'une stabilisation macroéconomique qui pourrait stimuler les investissements dans les infrastructures numériques. Parallèlement, la Côte d'Ivoire a profité de l'Africa CEO Forum 2026 à Kigali pour inviter les opérateurs économiques à faire du pays une destination privilégiée, tandis qu'à Abidjan même, le salon des téléphones et applications mobiles a confirmé l'ambition de structurer une filière numérique mobile. Ces signaux, combinés aux efforts de la BCEAO pour harmoniser les paiements, créent un terreau fertile pour les fintechs d'infrastructure.
Cependant, des défis persistent. La fragmentation réglementaire entre les huit États de l'UEMOA, bien que réduite par la BCEAO, n'a pas totalement disparu. De plus, la concurrence s'intensifie avec l'arrivée de nouveaux acteurs et le renforcement des offres des opérateurs télécoms. PawaPay devra continuer à innover pour maintenir sa position de facilitateur neutre, dans un écosystème où les alliances et les rachats se multiplient.
L'initiative de PawaPay illustre une tendance plus large : la construction d'une infrastructure financière panafricaine qui dépasse les frontières nationales et les silos traditionnels. Alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) aspire à fluidifier les échanges, des plateformes comme celle-ci pourraient jouer un rôle clé dans l'intégration économique réelle. La question qui demeure est de savoir si les régulateurs et les acteurs traditionnels sauront accompagner cette dynamique sans en entraver l'élan.