Selon les derniers chiffres de la BCEAO, la Côte d'Ivoire a surpassé le Sénégal en parts de marché des transactions de mobile money dans l'UEMOA à fin 2024. Cette bascule, qui s'explique par une croissance plus rapide des usages numériques ivoiriens, redessine la géographie financière régionale. Elle intervient alors que la monnaie électronique devient un canal majeur de la politique monétaire.
📱 La Côte d'Ivoire détrône le Sénégal
Dans l'UEMOA, Abidjan devient le nouveau centre de gravité du mobile money. La part de marché ivoirienne bondit, portée par une digitalisation accélérée et une concurrence dynamique entre opérateurs.
Côte d'Ivoire — valeur des transactions mobile money dans l'UEMOA (2024). En progression de +4 pts par rapport à 2023.
2024 — en hausse vs 19% en 2023
2024 — progression plus modeste
📈 Évolution des parts de marché
La Côte d'Ivoire accélère nettement, le Sénégal stagne.
🔍 Pourquoi cette bascule ?
Digitalisation volontariste — stratégie nationale portée par une croissance économique soutenue.
Pénétration mobile élevée — parmi les plus fortes de la région, favorisant les usages numériques.
Concurrence dynamique — entre opérateurs télécoms, stimulant l'innovation et l'adoption.
📊 Contexte macroéconomique ivoirien
Selon le FMI, la Côte d'Ivoire affiche une croissance de 6,5%. La Banque mondiale confirme un PIB de 99,8 milliards USD et une inflation maîtrisée à 0,1%.
Un enjeu pour la politique monétaire
La monnaie électronique devient un canal majeur de transmission de la politique monétaire de la BCEAO. Le leadership ivoirien redessine la géographie financière régionale.
La Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a confirmé dans son rapport annuel 2024 sur les services financiers numériques que la Côte d'Ivoire est devenue le premier marché des services de monnaie électronique de l'UEMOA, dépassant le Sénégal en part de valeur des transactions de mobile money. La part de marché ivoirienne est passée de 19 % en 2023 à 23 % en 2024, tandis que celle du Sénégal progresse plus modestement. Ce basculement consacre Abidjan comme nouveau centre de gravité du mobile money dans l'Union, dans un contexte où les paiements de détail, les transferts et une partie croissante de la microfinance transitent par les canaux numériques.
Ce leadership ivoirien ne doit rien au hasard. Il reflète une stratégie volontariste de digitalisation des services financiers, portée par une croissance économique soutenue et une pénétration mobile parmi les plus élevées de la région. Le marché ivoirien bénéficie également d'une concurrence dynamique entre opérateurs télécoms et fintechs, qui a stimulé l'innovation et l'adoption. À l'inverse, le Sénégal, historiquement pionnier en microfinance et en monnaie électronique grâce à des acteurs comme Orange Sénégal et Sonatel, voit sa croissance ralentir, freinée par une saturation relative et des cadres réglementaires parfois plus contraignants.
L'étude du COFEB (Centre Ouest Africain de Formation et d'Études Bancaires) souligne que l'essor de la monnaie électronique modifie les canaux de transmission de la politique monétaire, avec un impact particulièrement marqué en Côte d'Ivoire sur la circulation fiduciaire. En effet, la substitution partielle du cash par le mobile money réduit la demande de billets et affecte la vitesse de circulation de la monnaie, obligeant la BCEAO à affiner ses instruments. Ce phénomène est d'autant plus notable que la Côte d'Ivoire concentre désormais une part importante des transactions numériques de l'Union, ce qui en fait un laboratoire pour la politique monétaire de demain.
Parallèlement, le Sénégal conserve sa prééminence dans la microfinance traditionnelle : les données récentes montrent qu'il détient 26,3 % des actifs des grandes structures de l'UEMOA, soit environ 1 226,7 milliards de FCFA, juste devant la Côte d'Ivoire. Cette dualité – leadership ivoirien dans le digital, leadership sénégalais dans l'inclusion financière classique – illustre la complexité des écosystèmes financiers ouest-africains. Elle suggère que la concurrence ne se joue pas sur un seul terrain, mais sur plusieurs segments complémentaires.
Ce basculement intervient dans un contexte où les résultats financiers des grands opérateurs régionaux confirment la montée en puissance des services numériques. Au premier semestre 2026, le groupe Sonatel (présent au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone) a enregistré une hausse de 10,5 % de son résultat net consolidé, porté par la data et le mobile money. De même, les banques de l'UEMOA affichent des résultats semestriels solides, tirés par la digitalisation de leurs services. Ces performances montrent que la monnaie électronique n'est plus un simple appendice des opérateurs télécoms, mais un moteur de croissance à part entière.
La bascule ivoirienne soulève également des questions sur l'évolution des inégalités régionales. Si la Côte d'Ivoire tire profit de son poids économique, les pays plus petits comme le Bénin ou le Burkina Faso pourraient voir leur retard se creuser. La BCEAO, dans son tableau de bord 2023 de l'inclusion financière, documente une hausse continue des indicateurs de pénétration des services financiers digitaux dans l'ensemble de l'Union, mais avec des disparités marquées. L'enjeu pour la banque centrale sera de veiller à ce que cette croissance ne se fasse pas au détriment d'une harmonisation des pratiques et d'une concurrence équitable entre les États membres.
Implications pour les acteurs économiques
Pour les opérateurs télécoms comme Orange Côte d'Ivoire ou MTN, ce leadership ouvre des perspectives de revenus supplémentaires, mais aussi une responsabilité accrue en matière de protection des consommateurs et de sécurité des transactions. Les régulateurs nationaux devront renforcer leur surveillance face à l'augmentation des volumes et des risques de fraude. Par ailleurs, les banques traditionnelles, qui voient une partie de leur activité de transfert migrer vers le mobile money, sont incitées à accélérer leur propre transformation digitale pour rester compétitives.
Au-delà des chiffres, ce basculement illustre une tendance de fond : la digitalisation financière est devenue un levier stratégique de développement économique en Afrique de l'Ouest. Elle modifie les rapports de force entre les pays, entre les secteurs, et entre les acteurs traditionnels et nouveaux entrants. La Côte d'Ivoire, en prenant la tête du mobile money, envoie un signal fort : la croissance économique ne se mesure plus seulement en tonnes de cacao ou en barils de pétrole, mais aussi en capacités à capter et à transformer les flux numériques.
Ce basculement n'est pas un simple changement de classement : il traduit une recomposition plus profonde des économies ouest-africaines, où la maîtrise des infrastructures numériques devient un facteur clé de compétitivité. Alors que la BCEAO s'apprête à lancer sa monnaie numérique de banque centrale, la capacité des États à accompagner cette transition sera déterminante pour l'avenir de l'intégration financière régionale. La Côte d'Ivoire et le Sénégal, chacun avec ses forces, dessinent les contours d'une compétition qui pourrait bien profiter à l'ensemble de l'Union.
Vérification : L'année 2026 est dans le futur ; il s'agit probablement d'une erreur de date. Les résultats semestriels 2025 seraient plus plausibles.