Le Conseil d'administration de MicroSen a nommé El Hadji Mamadou Faye au poste de Directeur général le 23 juillet 2026, avec une mission explicite de restructuration et de redressement. Cette décision, appuyée par l'actionnaire Champy Holding Finances, s'inscrit dans un mouvement plus large de consolidation du secteur de la microfinance en Afrique de l'Ouest. Alors que les institutions font face à des défis de gouvernance et de viabilité, cette nomination illustre une tendance à faire appel à des profils bancaires chevronnés pour assainir les bilans.
MicroSen change de tête : la microfinance sénégalaise à un tournant
Le Conseil d'administration de MicroSen a nommé El Hadji Mamadou Faye au poste de Directeur général le 23 juillet 2026, avec une mission explicite de restructuration et de redressement. Cette décision, appuyée par l'actionnaire Champy Holding Finances, s'inscrit dans un mouvement plus large de consolidation du secteur de la microfinance en Afrique de l'Ouest.
Sous la direction d'El Hadji Mamadou Faye, COFINA Gabon a renoué avec la rentabilité après trois exercices déficitaires. Le produit net bancaire a progressé de 16% en 2024, et le résultat net de 68%.
3 exercices déficitaires
COFINA Gabon : pertes récurrentes, bilan fragilisé, besoin de restructuration.
3 années de croissance rentable
PNB +16% en 2024, résultat net +68%. Redressement stratégique et opérationnel.
Parcours de redresseur
20+ ans d'expérience
Services financiers en Afrique de l'Ouest, centrale et de l'Est.
COFINA Gabon
Programme de redressement stratégique, financier et opérationnel.
2026 · MicroSen
Nommé DG le 23 juillet 2026. Mission : restructuration et redressement.
Pourquoi ce changement ?
Consolidation sectorielle — Les institutions de microfinance ouest-africaines font face à des défis de gouvernance et de viabilité.
Profil bancaire chevronné — Tendance à faire appel à des redresseurs pour assainir les bilans.
Appui de l'actionnaire — Champy Holding Finances soutient la nomination et la stratégie de restructuration.
Le Sénégal affiche des fondamentaux contrastés : croissance soutenue, mais déficits jumeaux (courant et budgétaire) et dette publique élevée. Dans ce cadre, la viabilité des institutions financières devient un enjeu clé pour la stabilité du secteur.
Sources : Banque mondiale, FMI · Données vérifiées · Infographie Cauris
La nomination d'El Hadji Mamadou Faye à la tête de MicroSen ne constitue pas un simple changement de direction. Elle acte une phase de restructuration profonde pour l'une des institutions de microfinance les plus connues du Sénégal. Le nouveau directeur général, fort de plus de vingt ans d'expérience dans les services financiers en Afrique de l'Ouest, centrale et de l'Est, a été choisi pour son parcours de redresseur, notamment à la tête de COFINA Gabon où il a conduit un programme de redressement stratégique, financier et opérationnel après trois exercices déficitaires. Sous sa direction, COFINA Gabon a renoué avec la rentabilité, enregistrant trois années consécutives de croissance rentable, avec un produit net bancaire en hausse de 16 % en 2024 et un résultat net en progression de 68 %. Ces chiffres, bien que provenant d'une autre entité, témoignent d'une capacité avérée à redresser des institutions en difficulté, un atout précieux pour MicroSen.
Cette nomination intervient dans un contexte régional marqué par une crise de crédibilité dans le secteur financier ouest-africain. La révélation d'une dette publique sénégalaise bien plus élevée que prévu, évoquée dans nos précédentes éditions, a ébranlé la confiance des investisseurs et des partenaires techniques. Les institutions financières, y compris les microfinances, sont désormais scrutées de près sur leur gouvernance et leur solidité financière. L'arrivée de Faye, avec une feuille de route clairement orientée vers la restructuration, répond à cette exigence de transparence et de viabilité.
Le choix de Champy Holding Finances, actionnaire de référence, de s'appuyer sur un profil bancaire international plutôt que sur un pur microfinancier est révélateur. Cela indique une volonté de professionnaliser la gestion, d'introduire des standards bancaires plus stricts et de renforcer les contrôles internes. Cette tendance n'est pas isolée : dans plusieurs pays de l'UEMOA, les institutions de microfinance sont confrontées à des taux de défaillance élevés, à une concurrence accrue des banques mobiles et à une réglementation plus exigeante de la part des autorités monétaires. La BCEAO a d'ailleurs renforcé ses exigences prudentielles, poussant les acteurs à consolider leurs opérations ou à fusionner.
Le parcours de Faye, qui a évolué au sein de groupes bancaires internationaux comme Ecobank et UBA, avant de diriger COFINA Gabon, illustre cette circulation des talents entre la banque traditionnelle et la microfinance. Cette porosité des compétences est un signe de maturité pour le secteur. Elle permet d'importer des méthodes de gestion éprouvées, notamment en matière de gestion des risques et de qualité de portefeuille, tout en conservant la mission sociale de la microfinance.
Un signal pour le secteur de la microfinance en Afrique de l'Ouest
Au-delà du cas MicroSen, cette nomination intervient alors que le secteur de la microfinance ouest-africain est en pleine recomposition. Les résultats semestriels des banques UEMOA, publiés cette année, montrent une santé financière globalement positive, mais les institutions de microfinance, souvent plus fragiles, doivent s'adapter à un environnement plus concurrentiel. La digitalisation des services financiers, portée par les opérateurs de téléphonie mobile comme Sonatel et Orange Sénégal, bouscule les modèles traditionnels. Les résultats financiers de Sonatel, attendus le 19 août 2026, pourraient d'ailleurs donner des indications sur la vigueur de la finance mobile, un segment qui capte une partie de la clientèle historiquement servie par les microfinances.
La mission de Faye à MicroSen s'inscrit donc dans une dynamique plus large de consolidation et d'assainissement du secteur. En s'appuyant sur un spécialiste du redressement, MicroSen cherche à restaurer sa crédibilité auprès de ses clients, de ses bailleurs de fonds et des régulateurs. Cette stratégie pourrait inspirer d'autres institutions de la région confrontées à des difficultés similaires, créant ainsi un effet d'entraînement vers une gouvernance plus rigoureuse et une viabilité à long terme.
L'évolution temporelle est notable : en quelques mois, le Sénégal est passé d'une crise de dette publique à une attention accrue portée à la santé de ses institutions financières. La nomination à MicroSen, couplée à la visite imminente d'une équipe du FMI à Dakar prévue en août 2026, souligne l'importance d'une gestion saine des finances publiques et privées. Les acteurs économiques, qu'ils soient publics ou privés, sont désormais jugés sur leur capacité à assainir leurs bilans et à rassurer les partenaires internationaux.
Enfin, cette nomination pose la question de la pérennité du modèle de la microfinance en Afrique de l'Ouest. Face à la montée en puissance des fintechs et des services bancaires mobiles, les institutions traditionnelles doivent se réinventer. Le recours à des dirigeants issus de la banque classique, capables de moderniser les opérations tout en préservant l'inclusion financière, pourrait être une réponse. Mais cela implique aussi de repenser les modèles de financement et de partenariat, comme le montre l'implication croissante de holdings d'investissement telles que Champy Holding Finances dans le secteur.
La nomination d'El Hadji Mamadou Faye à la tête de MicroSen est un révélateur des tensions et des opportunités qui traversent la microfinance ouest-africaine. Alors que le secteur doit conjuguer viabilité financière et mission sociale, l'arrivée de profils bancaires aguerris pourrait devenir la norme. Reste à savoir si cette consolidation par le haut permettra aux institutions de microfinance de conserver leur ancrage local et leur rôle d'inclusion, dans un environnement où la digitalisation et les exigences réglementaires redessinent les frontières du secteur.