Le Sénégal a adopté le 21 mai une loi ouvrant l’activité d’affacturage aux institutions de microfinance. Jusqu’ici réservée aux banques, cette réforme vise à élargir les sources de financement pour les PME, qui représentent 99,8% du tissu économique mais ne captent qu’une part infime du crédit. Cette décision intervient dans un contexte régional marqué par une inflation élevée (15,7% en avril 2026 en Afrique de l’Ouest) et une amélioration de la notation du Nigeria, signal d’une confiance renaissante des investisseurs.

Infographie — Économie · Sénégal

L’encours de l’affacturage au Sénégal ne représentait que 0,18% des crédits bancaires en 2024. Ce chiffre illustre la timidité d’un mécanisme pourtant adapté aux contraintes des petites entreprises : l’affacturage permet de céder ses créances commerciales à un tiers pour obtenir des liquidités immédiates, sans garantie patrimoniale. En ouvrant cette activité aux institutions de microfinance, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye cherche à démocratiser un outil jusqu’alors réservé aux grandes entreprises ayant accès au système bancaire classique.

Les PME sénégalaises génèrent 80% des emplois mais n’obtiennent que moins de 10% du crédit bancaire. L’écart entre leur poids économique et leur accès au financement est un frein récurrent à la croissance. Les retards de paiement, notamment dans les marchés publics et les relations interentreprises, créent des tensions de trésorerie que l’affacturage peut atténuer. En incluant les microfinances – qui disposent d’un maillage territorial plus dense – le législateur espère toucher des segments jusqu’ici exclus : très petites entreprises, artisans, commerçants informels.

Cette réforme ne naît pas d’un vide. Elle s’inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs pays de l’UEMOA cherchent à diversifier leurs instruments de financement. Au Nigeria, S&P a relevé la note souveraine à « B » le 16 mai, saluant les réformes économiques. Mais dans le même temps, l’inflation ouest-africaine a atteint 15,7% en avril, érodant le pouvoir d’achat et compliquant l’accès au crédit traditionnel. Face à ce paradoxe, l’affacturage offre une alternative : il ne dépend pas des taux directeurs, mais de la qualité des créances.

L’ouverture aux microfinances soulève toutefois des questions opérationnelles. Ces institutions sont supervisées par la BCEAO, mais leur capacité à évaluer les risques de recouvrement et à gérer des volumes importants reste à prouver. Le texte de loi prévoit un encadrement spécifique, mais la montée en charge sera progressive. Le ministère des Finances, dirigé par Cheikh Diba, devra accompagner les acteurs via des formations et des lignes de refinancement adaptées.

À plus long terme, cette réforme pourrait réduire la dépendance des PME au crédit bancaire classique, souvent conditionné à des garanties foncières ou à des cautions personnelles. En transférant le risque de recouvrement à un professionnel, l’affacturage libère l’entrepreneur d’une partie de son exposition. C’est un levier pour fluidifier le cycle d’exploitation et, in fine, améliorer la compétitivité des entreprises locales face aux importations.

Le Sénégal n’est pas le premier pays de la région à expérimenter cette voie. La Côte d’Ivoire a déjà autorisé les sociétés d’affacturage non bancaires, mais l’extension aux microfinances reste inédite. Cette avancée pourrait inspirer d’autres États membres de l’UEMOA confrontés à la même équation : comment financer des PME nombreuses, dispersées et souvent informelles ?

En ouvrant l’affacturage aux microfinances, le Sénégal teste une réponse concrète au paradoxe du crédit en Afrique de l’Ouest : une abondance de liquidités bancaires qui ne parvient pas aux petites entreprises. Le succès de cette réforme dépendra de la rigueur de sa mise en œuvre et de la capacité des microfinances à devenir des intermédiaires de confiance. Elle pose, en filigrane, la question plus large de l’adaptation des instruments financiers à la réalité du tissu économique ouest-africain.

Données de référence : Inflation : 1.4% (FMI) · Inflation : 1.4% (FMI)