Le géant américain des VTC a annoncé le 2 septembre 2026 l'arrêt immédiat de ses activités au Nigeria et en Ouganda, portant à quatre le nombre de retraits africains en moins de deux ans. Cette décision, qui coïncide avec une restructuration mondiale et la suppression de 3300 postes, soulève des questions sur l'avenir de la mobilité urbaine en Afrique de l'Ouest, où Uber avait déjà quitté la Côte d'Ivoire en 2025. Elle révèle un repositionnement stratégique des plateformes mondiales face à la concurrence locale et aux exigences de rentabilité.

Infographie — Investissement

Un désengagement progressif mais significatif

L'annonce d'Uber de cesser ses opérations au Nigeria et en Ouganda, effective le 2 septembre 2026, marque une étape supplémentaire dans le repli du groupe sur le continent. Après avoir quitté la Côte d'Ivoire en 2025 et la Tanzanie en janvier 2026, la firme américaine concentre désormais ses activités africaines sur quatre marchés seulement. Ce mouvement s'inscrit dans une restructuration mondiale qui a vu la suppression de 3300 postes le même jour, signe d'une pression accrue sur la rentabilité.

Le Nigeria, où Uber était présent depuis 2012 à Lagos, représentait pourtant un marché stratégique en Afrique de l'Ouest. Sa sortie intervient dans un contexte de concurrence féroce avec des acteurs locaux comme Bolt et inDrive, qui ont su s'adapter aux réalités du terrain. La décision d'Uber souligne les difficultés des modèles économiques globaux à s'imposer face à des concurrents plus agiles et mieux implantés.

Une dette qui reste : le cas Moove

L'un des aspects les plus notables de ce retrait concerne les chauffeurs ayant financé leur véhicule via Moove, une société basée à Lagos dans laquelle Uber a investi 100 millions de dollars en 2024. Bien que ces chauffeurs soient libérés de l'exclusivité qui les liait à l'application américaine, ils restent tenus de rembourser leurs dettes. Moove, qui a récemment levé 250 millions de dollars auprès du fonds souverain émirati Mubadala, voit sa valorisation atteindre 2,1 milliards de dollars, et se tourne désormais vers la gestion de flottes de robotaxis.

Cette situation illustre la complexité des écosystèmes financiers liés à la mobilité : les chauffeurs endettés doivent continuer à rembourser leurs prêts tout en changeant de plateforme, ce qui pourrait peser sur leur revenu. La décision de Moove de lever l'exclusivité est une mesure pragmatique, mais elle soulève des questions sur la soutenabilité de ce modèle de financement dans la région.

Quelles conséquences pour l'Afrique de l'Ouest ?

Le retrait d'Uber de la Côte d'Ivoire en 2025 avait déjà laissé un vide relatif, rapidement comblé par des acteurs locaux et régionaux. Au Nigeria, la disparition d'Uber pourrait renforcer la position de Bolt, qui domine déjà le marché dans plusieurs villes. Toutefois, cette évolution intervient alors que d'autres secteurs montrent des signes de dynamisme : les résultats financiers des banques UEMOA pour le premier semestre 2026, publiés récemment, ont fait état d'une progression de leurs bénéfices, et des entreprises comme Sonatel et Orange Sénégal continuent d'afficher des performances solides. Ce contraste entre la vitalité des télécommunications et de la finance et le repli des plateformes de mobilité suggère une recomposition des priorités d'investissement.

La décision d'Uber reflète également une tendance plus large : les géants mondiaux du numérique, qu'ils soient américains ou chinois, réévaluent leur présence en Afrique, privilégiant les marchés à plus fort potentiel de rentabilité à court terme. Pendant ce temps, des entreprises locales comme Moove, soutenues par des fonds souverains du Golfe, émergent comme de nouveaux acteurs clés, capables de capter les investissements et de développer des solutions adaptées aux besoins locaux.

Cette dynamique pourrait redessiner la carte de la mobilité urbaine en Afrique de l'Ouest, où la demande de services de VTC reste forte, mais où les modèles économiques doivent s'adapter à des réalités de pouvoir d'achat et d'infrastructures. L'arrivée de Moove sur le segment des robotaxis, avec le soutien de Mubadala, indique que les investisseurs internationaux voient dans la mobilité africaine un potentiel à long terme, mais selon des modalités différentes de celles des plateformes traditionnelles.

Le retrait d'Uber du Nigeria et de l'Ouganda n'est pas un épisode isolé, mais le symptôme d'une recomposition plus profonde des investissements dans la mobilité africaine. Alors que les géants mondiaux se recentrent, de nouveaux acteurs, souvent locaux, émergent avec le soutien de fonds souverains. Cette évolution interroge la capacité des États ouest-africains à réguler ces transitions et à garantir une mobilité inclusive, dans un contexte où les besoins de transport urbain ne cessent de croître. L'avenir dira si ces changements profiteront aux consommateurs et aux chauffeurs, ou s'ils ne feront que déplacer les centres de pouvoir économiques.