Le 2 septembre 2026, Uber a cessé ses activités au Nigeria, mettant fin à douze ans de présence dans la plus grande économie d'Afrique de l'Ouest. Cette décision, officialisée après un bilan interne, illustre les tensions qui traversent le secteur extractif et énergétique régional, où la hausse des coûts opérationnels et la volatilité macroéconomique redessinent les équilibres. Alors que le Nigeria et ses voisins cherchent à monétiser leurs ressources en or et en hydrocarbures, ce départ interroge la capacité des États à attirer des investissements stables.

Infographie — Or · Production

Un retrait aux causes multiples, symptôme d'une économie régionale sous pression

Uber a justifié son départ par un « examen approfondi » de ses opérations, sans détailler les motifs. Mais le contexte nigérian est éloquent : inflation galopante, dépréciation du naira, coûts du carburant en hausse. Ces facteurs, cumulés à une concurrence accrue des VTC locaux, ont rendu le marché intenable pour la plateforme américaine. Ce retrait n'est pas un cas isolé : il s'inscrit dans une tendance plus large de désengagement d'acteurs internationaux face à la détérioration des conditions économiques dans la région.

Le secteur extractif, miroir des fragilités structurelles

L'économie ouest-africaine dépend lourdement de l'exploitation de ses ressources naturelles, notamment l'or et les hydrocarbures. Or, ces secteurs sont confrontés à des défis similaires : coûts d'exploitation croissants, incertitudes réglementaires, et instabilité sécuritaire. L'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali, par exemple, échappe en grande partie au contrôle des États, privant les gouvernements de revenus essentiels. Parallèlement, les grands projets pétroliers et gaziers, comme le gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie ou le pétrole Sénégal Sangomar, peinent à atteindre leur plein potentiel, retardés par des contentieux et des difficultés techniques.

La souveraineté énergétique régionale en question

La question de la souveraineté énergétique est au cœur des débats. Les États ouest-africains aspirent à transformer leurs ressources en levier de développement, mais cette ambition se heurte à la réalité des marchés globaux. Les compagnies étrangères, sensibles aux risques, peuvent se retirer brutalement, comme le montre Uber, ou revoir leurs investissements à la baisse. Les récents mouvements de retrait dans les secteurs miniers et pétroliers, notamment par des majors occidentales, ont conduit les gouvernements à se tourner vers de nouveaux partenaires, comme la Chine ou la Russie, mais ces alliances comportent leurs propres contraintes.

Le départ d'Uber, révélateur d'un climat des affaires en mutation

Le départ d'Uber du Nigeria et de l'Ouganda, annoncé la même semaine, est un signal fort pour les investisseurs. Il souligne les risques liés à la volatilité des devises et à l'inflation, qui érodent la rentabilité des activités à forte intensité de main-d'œuvre. Dans le même temps, il met en évidence l'émergence d'acteurs locaux plus résilients, capables de s'adapter aux contraintes du terrain. Cette dynamique pourrait, à terme, renforcer l'entrepreneuriat régional, mais elle révèle aussi les limites d'un modèle de croissance dépendant de capitaux étrangers.

Les conséquences pour les États sont doubles. D'un côté, ils perdent des recettes fiscales et des emplois directs. De l'autre, ils sont incités à repenser leur attractivité, en améliorant le climat des affaires et en diversifiant leur économie. La Côte d'Ivoire et le Sénégal, par exemple, tentent de capitaliser sur leur stabilité relative pour attirer les investissements, tandis que le Nigeria et le Ghana, confrontés à des défis plus profonds, doivent composer avec une image dégradée.

Une région à la croisée des chemins

L'Afrique de l'Ouest se trouve à un tournant. Les ressources naturelles — or, pétrole, gaz — ne suffisent plus à garantir la prospérité. Les États doivent désormais prouver leur capacité à offrir un environnement stable et prévisible, tant pour les entreprises étrangères que pour les acteurs locaux. Le départ d'Uber, bien que modeste en termes d'emplois, est un symptôme de ces défis structurels. Il intervient alors que les pays de la région cherchent à renforcer leur souveraineté dans des secteurs clés, mais cette souveraineté ne pourra se construire sans une base économique solide et diversifiée.

Le retrait d'Uber du Nigeria, loin d'être un simple fait divers entrepreneurial, s'inscrit dans une recomposition plus large des relations économiques en Afrique de l'Ouest. Alors que les États tentent de tirer parti de leurs ressources extractives pour financer leur développement, ils doivent composer avec des investisseurs de plus en plus volatils et des marchés mondiaux incertains. Cette situation pourrait accélérer la recherche de modèles économiques plus autonomes, mais elle pose aussi la question de la capacité des gouvernements à offrir des alternatives crédibles. L'avenir dira si cette pression externe deviendra un catalyseur de réformes structurelles ou si elle exacerbera les fragilités existantes.