La CEDEAO a nommé le Gambien Mam Cherno Jallow à la direction générale du Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA), lors de son 69e sommet tenu le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone. Ce choix, qui intervient dans un contexte de durcissement des normes internationales, place un économiste de formation, fort de 35 ans d'expérience, à la tête d'une institution clé pour la crédibilité financière de la région. Sa mission : intensifier la lutte contre les flux financiers illicites qui fragilisent les économies ouest-africaines, alors que les banques de l'UEMOA publient leurs résultats semestriels.

Infographie — Institutions financières

Un profil taillé pour la conformité

Mam Cherno Jallow, né à Banjul en 1966, incarne un profil technique rare dans les instances régionales. Diplômé d'un MBA en banque et finances du CESAG de Dakar, il a également étudié à l'Université islamique internationale de Kuala Lumpur. Cette double formation, alliant expertise financière et connaissance des réseaux internationaux, lui a permis de naviguer entre les secteurs public et privé, tant au niveau national que régional. Depuis seize ans, il évolue au sein de l'écosystème de la CEDEAO, une familiarité qui devrait faciliter son intégration et sa capacité à mobiliser les États membres.

Son parcours au sein même du GIABA est un atout. Entré en janvier 2022 comme chef de la planification stratégique et de la mobilisation des ressources, il en a assuré la direction de l'administration et des finances par intérim depuis janvier 2024. Cette progression interne témoigne d'une connaissance approfondie des rouages de l'institution, mais aussi des défis opérationnels qu'elle affronte, notamment en matière de ressources humaines et de financement.

Un enjeu de crédibilité internationale

La nomination de Jallow intervient à un moment charnière. Le Groupe d'action financière (GAFI) a renforcé ses exigences en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Les pays ouest-africains, régulièrement épinglés dans les évaluations mutuelles, voient leur système financier sous surveillance. La présence d'un économiste à la tête du GIABA, plutôt qu'un pur juriste ou policier, envoie un signal fort : la région entend traiter la conformité comme un enjeu économique et non uniquement sécuritaire.

Cette orientation est d'autant plus stratégique que les flux financiers illicites privent les économies ouest-africaines de ressources substantielles. Selon la CNUCED, le continent perd chaque année des dizaines de milliards de dollars, et l'Afrique de l'Ouest figure parmi les zones les plus vulnérables. Le GIABA, mandaté par la CEDEAO, est en première ligne pour coordonner les politiques nationales, évaluer les risques et promouvoir des réformes législatives.

Un contexte régional sous tension

La nomination intervient également dans un climat sécuritaire dégradé, marqué par l'expansion du terrorisme dans le Sahel et le bassin du lac Tchad. Les groupes djihadistes, dont Boko Haram, financent leurs opérations via des circuits informels et le trafic de ressources naturelles, notamment l'or. Le cours élevé du métal jaune, qui s'est maintenu à des niveaux records ces dernières années, a stimulé l'exploitation artisanale et illégale, créant des vecteurs de blanchiment complexes à tracer. Le GIABA devra donc renforcer la coopération transfrontalière et outiller les cellules de renseignement financier nationales pour suivre ces flux.

Des implications pour le secteur bancaire

Pour les banques de l'UEMOA, qui publient leurs résultats semestriels, cette nomination n'est pas anodine. Les institutions financières de la région sont de plus en plus confrontées à des exigences de conformité accrues, sous la pression des correspondants bancaires internationaux. La dé-risking, phénomène par lequel les grandes banques étrangères rompent leurs relations avec des établissements jugés à risque, demeure une menace. Un GIABA plus actif et plus crédible pourrait contribuer à restaurer la confiance et à faciliter les transactions transfrontalières, un enjeu vital pour le commerce régional.

Les résultats semestriels des banques ouest-africaines, marqués par une croissance soutenue du crédit et une amélioration de la qualité des actifs, montrent une certaine résilience. Mais cette dynamique pourrait être compromise si la région ne parvient pas à démontrer sa capacité à lutter contre les flux illicites. La nomination de Jallow, couplée aux efforts de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pour moderniser les systèmes de paiement, s'inscrit dans une stratégie plus large de consolidation de la place financière régionale.

Au-delà du changement de dirigeant, cette nomination traduit une prise de conscience collective : la lutte contre le blanchiment n'est plus une simple obligation juridique, mais un levier de développement économique. Alors que la CEDEAO s'efforce d'harmoniser ses politiques et de renforcer son intégration, le GIABA, sous la houlette de Mam Cherno Jallow, devra transformer cette ambition en résultats concrets. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si cette nouvelle direction saura répondre aux défis d'un environnement régional en mutation, où la criminalité financière épouse les contours de la crise sécuritaire.