Six pays africains, dont la Côte d'Ivoire, figurent encore sur la liste grise du Groupe d'action financière (Gafi) après sa dernière mise à jour. Si aucun État n'est plus sur la liste noire, ce maintien en zone de surveillance interroge sur la capacité du continent à concilier lutte contre les flux illicites et attractivité des capitaux. Pour l'Afrique de l'Ouest, où les besoins de financement pour l'infrastructure et l'intégration régionale sont immenses, cet enjeu dépasse la simple conformité bancaire.

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Un signal fort pour les marchés internationaux

La dernière revue du Gafi confirme que l'Angola, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo, le Kenya et le Soudan du Sud restent sous surveillance renforcée. Cette décision, loin d'être anecdotique, agit comme un signal d'alerte pour les investisseurs étrangers. Concrètement, les banques internationales durcissent leurs procédures de diligence, les transactions deviennent plus longues et plus coûteuses, et certains capitaux se réorientent vers des juridictions jugées plus sûres. Pour la Côte d'Ivoire, première économie de l'UEMOA et hub en devenir, les conséquences peuvent être tangibles : ralentissement des financements de projets, alourdissement des coûts de courtage, et moins de liquidités sur le marché financier régional.

Des pertes annuelles qui fragilisent le développement

Selon la CNUCED, l'Afrique perd près de 88 milliards de dollars chaque année en flux financiers illicites – blanchiment, évasion fiscale, corruption, contrebande de ressources. Ce montant dépasse l'aide publique au développement reçue par le continent. En Afrique de l'Ouest, les ressources naturelles (or, pétrole, gaz) et les circuits commerciaux informels alimentent ces fuites. Paradoxalement, alors que la région s'engage dans de grands projets structurants – le hub logistique du Port de Lomé, le barrage de Souapiti en Guinée, ou encore la formation d'ingénieurs pour en assurer la maintenance –, une partie des fruits de la croissance s'évapore par des canaux non régulés.

Intégration régionale et souveraineté financière

Le “Pacte d'avenir” en six piliers dévoilé par la CEDEAO en mai 2026 visait justement à consolider l'intégration économique et politique. Mais ce projet bute sur la faiblesse des systèmes de contrôle financier. Sans harmonisation des règles anti-blanchiment et sans capacité partagée de traçabilité des flux, la région peine à offrir aux investisseurs un cadre sécurisé. Le cas ivoirien est emblématique : malgré des progrès en matière de transparence, le pays reste sous surveillance, ce qui freine l'essor de sa place financière régionale et limite les synergies avec les autres États de l'UEMOA.

Un équilibre délicat entre répression et attractivité

Les autorités ouest-africaines se trouvent devant un dilemme. D'un côté, elles doivent se conformer aux standards internationaux pour ne pas être exclues des circuits financiers mondiaux. De l'autre, elles cherchent à ne pas étouffer un tissu économique où l'informel et les transferts de fonds des diasporas jouent un rôle majeur. L'objectif n'est pas seulement de sortir de la liste grise, mais de bâtir un système qui protège sans asphyxier. Les réformes en cours – digitalisation des transactions, renforcement des cellules de renseignement financier, lois sur la déclaration des capitaux – avancent, mais peinent à suivre le rythme de l'innovation des circuits illicites.

L'actualisation des listes du Gafi rappelle que la bataille pour le développement africain se joue aussi dans les coulisses de la finance mondiale. Pour l'Afrique de l'Ouest, qui investit massivement dans les infrastructures et cherche à attirer les capitaux étrangers, la capacité à réguler ses flux tout en restant attractive déterminera la réussite de ses ambitieux projets régionaux. Le temps presse : chaque année, ce sont des milliards qui s'évaporent, autant de ressources qui manquent aux États pour financer leur développement.