Le 15 juillet 2026, le Conseil d'administration de General Bank of Cameroon a installé sa première équipe dirigeante, portant Passam Ezekiel à la présidence et Victor Noumoue à la direction générale. Cette étape intervient deux mois après la finalisation du rachat de 58,08 % des parts de Société Générale Cameroun par l'État camerounais, pour 129 milliards de FCFA. L'opération, qui porte la participation publique à 85 %, s'inscrit dans une tendance régionale de renforcement du contrôle étatique sur les institutions financières, tandis que les banques françaises réduisent leur présence en Afrique.

Infographie — Institutions financières

Une nationalisation massive et rapide

Le 12 mai 2026, l'État du Cameroun officialisait l'acquisition de 58,08 % du capital de l'ex-Société Générale Cameroun, pour 129 milliards de FCFA. Portant sa participation à 85 %, cette opération s'est accompagnée d'un changement de nom (General Bank of Cameroon) et d'une recapitalisation de 25 milliards de FCFA, exigée par la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac). Deux mois plus tard, le nouveau conseil d'administration est installé, avec à sa tête Passam Ezekiel, et une direction générale confiée à Victor Noumoue, ancien directeur général adjoint de la filiale. La rapidité de cette transition traduit la volonté de l'État de sécuriser la gouvernance de l'établissement, tout en maintenant une continuité opérationnelle.

Une transition progressive pour rassurer

Conscient des risques de perturbation, le nouveau management a opté pour une transition douce : le réseau d'agences, l'organisation et les équipes resteront inchangés pendant au moins douze mois. Victor Noumoue, qui assurait déjà l'intérim, connaît parfaitement la maison après vingt-cinq ans de carrière, dont plusieurs années comme numéro deux. Cette prudence vise à préserver la confiance des clients et des déposants, dans un contexte où la nationalisation peut susciter des inquiétudes sur l'efficacité et l'indépendance de la gestion.

Un signal fort dans la recomposition bancaire régionale

Cette nationalisation s'inscrit dans un mouvement plus large en Afrique de l'Ouest et centrale : le désengagement progressif des banques européennes, notamment françaises, au profit d'acteurs locaux ou d'États. Au Cameroun, l'État détient déjà des participations dans d'autres banques, mais l'acquisition de Société Générale marque un saut qualitatif par sa taille et son symbole. Elle intervient alors que, sur la BRVM, les indices boursiers ont progressé de près de 2 % en mai 2026, signalant une confiance relative des investisseurs dans les marchés financiers régionaux. Toutefois, la nationalisation d'une grande banque privée pose la question de l'équilibre entre souveraineté et efficacité économique.

Les enjeux de la recapitalisation et de la régulation

Les 25 milliards de FCFA injectés par l'État visent à répondre aux exigences prudentielles de la Cobac, mais aussi à renforcer les fonds propres de la banque. L'objectif est de soutenir le crédit à l'économie camerounaise, tout en maintenant la solidité financière. Cependant, la présence majoritaire de l'État pourrait limiter l'agilité de la banque face à la concurrence des banques panafricaines comme Ecobank ou Coris Bank, qui continuent d'étendre leurs réseaux. La nouvelle équipe dirigeante devra donc conjuguer intérêt public et performance commerciale.

Une tendance lourde pour l'Afrique de l'Ouest

Au-delà du Cameroun, ce mouvement de reprise en main nationale des banques filiales de groupes étrangers est observé dans plusieurs pays de la zone franc. Il répond à une double aspiration : renforcer la souveraineté monétaire et orienter le crédit vers des secteurs stratégiques (agriculture, infrastructures). Toutefois, ces opérations posent des défis de gouvernance et de professionnalisme, comme l'a montré l'expérience d'autres banques publiques sur le continent. La réussite de General Bank of Cameroon dépendra de sa capacité à attirer et retenir les talents, à moderniser ses systèmes d'information et à maintenir une relation de confiance avec la clientèle corporate et les particuliers.

L'installation du top management de General Bank of Cameroon est une étape technique mais cruciale dans la concrétisation d'un projet politique. Elle illustre la volonté des États de la zone franc de reprendre le contrôle de leurs secteurs bancaires, alors que les banques étrangères réduisent leur exposition. Reste à savoir si cette stratégie renforcera la résilience financière ou exposera les établissements à des risques de gestion politique.