À fin 2025, Coris Bank International s'est hissé au premier rang du marché bancaire de l'UEMOA, avec 8,6 % des actifs de l'Union, à égalité avec Ecobank. Cette performance, confirmée par le rapport de la Commission bancaire, consacre la montée en puissance d'un groupe panafricain face aux historiques que sont Société Générale et Ecobank. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de recomposition du secteur, où les acteurs régionaux gagnent du terrain sur les groupes européens en retrait.
Coris détrône Société Générale : la bascule bancaire s'accélère
À fin 2025, Coris Bank International s'est hissé au premier rang du marché bancaire de l'UEMOA, avec 8,6 % des actifs de l'Union, à égalité avec Ecobank.
La recomposition du secteur bancaire ouest-africain s'accélère. Les acteurs régionaux comme Coris gagnent du terrain face aux groupes européens historiques, dans un contexte de croissance soutenue du marché.
Une progression qui doit autant à la dynamique propre de Coris qu'au recul de ses rivaux
Le classement des banques de l'UEMOA a connu un bouleversement majeur en 2025. Coris Bank International, fondé par le Burkinabè Idrissa Nassa, a vu sa part de marché passer de 8,6 % à 8,6 % – une stagnation en apparence, mais qui lui permet d'atteindre la première place, ex aequo avec Ecobank. En réalité, cette stabilité relative masque une progression spectaculaire de son bilan cumulé, qui a bondi de 14,3 % pour atteindre 7 099 milliards de FCFA, soit un rythme comparable à celui de l'ensemble du secteur (+14,1 %).
Pendant ce temps, Ecobank, longtemps leader incontesté, n'a augmenté ses actifs que de 5,6 %, à 7 098 milliards de FCFA, perdant 0,7 point de part de marché. Le décrochage est encore plus net pour Société Générale, qui rétrograde de la deuxième à la troisième place avec 7 % des actifs, contre 8,6 % un an plus tôt. Cette chute de 1,6 point accompagne le désengagement progressif du groupe français du continent : cession de sa filiale burkinabè à Vista Group en 2025, réduction de son réseau à quatre implantations dans l'Union. La banque conserve néanmoins une rentabilité solide, avec 12 % des bénéfices du secteur, derrière Ecobank (15,1 %) mais devant Coris (9,2 %).
La montée en puissance des acteurs régionaux, une tendance de fond
Cette recomposition n'est pas un accident. Elle reflète une dynamique plus large observée depuis plusieurs années dans la zone : les banques contrôlées par des capitaux ouest-africains gagnent du terrain face aux filiales des grands groupes internationaux. Coris, qui a étendu son réseau à 5,6 % des guichets de l'Union (contre 5,1 % en 2024) et à 5,9 % des distributeurs automatiques, illustre cette ascension. Sa contribution aux bénéfices du secteur est passée de 8,1 % à 9,2 % en un an, signe que sa croissance ne se fait pas au détriment de la rentabilité.
Cette évolution s'inscrit dans un contexte où les banques régionales, mieux capitalisées et plus proches des réalités locales, bénéficient de la confiance des déposants et des entreprises. Les groupes européens, confrontés à des contraintes réglementaires plus lourdes et à des stratégies de recentrage sur leurs marchés domestiques, cèdent progressivement du terrain. Le cas de Société Générale est emblématique : après avoir quitté plusieurs pays d'Afrique, elle rationalise ses opérations dans l'UEMOA, où elle ne conserve que des positions jugées stratégiques.
Des perspectives contrastées pour l'ensemble du secteur
Au-delà du classement, les performances de Coris et d'Ecobank contrastent avec les défis qui persistent dans la région. Les données récentes de la BIDC (Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO) soulignent que, si le redressement macroéconomique de 2025 est encourageant, la reprise demeure fragile et insuffisamment inclusive. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, menacent les acquis obtenus l'an dernier, comme le rappellent les analyses publiées en juillet 2026. Dans ce contexte, les banques doivent naviguer entre opportunités de croissance et risques accrus.
Les innovations se multiplient pourtant. Ecobank Togo a récemment lancé un partenariat avec le distributeur LE WATT pour offrir des crédits à taux zéro sur l'équipement du logement, une initiative qui vise à lever le principal frein à l'accession à la propriété. Ce type de dispositif, qui repose sur une ristourne commerciale plutôt que sur une subvention bancaire, témoigne de la capacité des acteurs locaux à inventer des solutions adaptées aux réalités du marché. Il s'inscrit dans une tendance plus large de bancarisation et d'inclusion financière, portée par la digitalisation et les nouveaux modèles économiques.
Des résultats semestriels attendus avec attention
Alors que les banques de l'UEMOA s'apprêtent à publier leurs résultats semestriels, les observateurs guettent les chiffres qui confirmeront ou infirmeront cette dynamique. Les performances de Coris, qui a su capitaliser sur son ancrage régional et sa stratégie de croissance externe, seront particulièrement scrutées. De même, les résultats des filiales de groupes comme Orange Sénégal, dont l'activité de mobile money s'articule étroitement avec le secteur bancaire, donneront des indications sur la santé économique de la sous-région. Les banques UEMOA, dans leur ensemble, devront démontrer leur capacité à maintenir leur rentabilité tout en accompagnant le financement de l'économie réelle, un enjeu crucial pour la transformation structurelle de la région.
La bascule observée dans le classement des banques de l'UEMOA n'est pas qu'un simple jeu de chaises musicales. Elle traduit une mutation profonde du paysage financier ouest-africain, où les acteurs régionaux s'affirment comme des piliers du développement. Cette évolution, couplée aux innovations en matière de crédit et à la digitalisation, pourrait redéfinir les équilibres économiques de la zone pour les années à venir. Reste à savoir si cette dynamique sera suffisante pour répondre aux défis de l'inclusion financière et de la résilience face aux chocs externes.