La Libyan Foreign Bank a déposé le 17 août une demande d'arbitrage contre le Burkina Faso auprès du CIRDI, contestant la nationalisation de la Banque Commerciale du Burkina (BCB) en 2024. Cette action, qui survient alors que le pays fait déjà face à une procédure similaire de la part de la société aurifère Sarama Resources, illustre la montée des contentieux liés aux nationalisations opérées par le régime du capitaine Ibrahim Traoré. Elle soulève des questions sur l'attractivité du pays pour les investisseurs étrangers.

Infographie — Institutions financières

Le 17 août 2026, la Libyan Foreign Bank, banque publique libyenne, a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une instance de la Banque mondiale, pour contester la nationalisation de la Banque Commerciale du Burkina (BCB). Cette coentreprise détenue à parts égales entre la Libye et l'État burkinabè depuis 1997 a été nationalisée en mai 2024 par Ouagadougou, qui reprochait à son partenaire libyen de ne pas avoir honoré ses obligations. La banque libyenne, représentée par le cabinet Eversheds Sutherland, affirme avoir respecté l'accord fondateur et les règles de l'OHADA et de l'UMOA. Cette procédure marque une nouvelle étape dans la politique de souveraineté économique du régime du capitaine Ibrahim Traoré, qui a multiplié les nationalisations depuis son arrivée au pouvoir en 2022.

Ce contentieux s'inscrit dans un contexte plus large de défiance envers les investisseurs étrangers. En juin 2025, l'État a déjà saisi deux mines d'or et trois permis d'exploration, et fait face à une procédure d'arbitrage initiée par la société australienne Sarama Resources, qui avait perdu son permis en 2023. La BCB, créée avec un actionnariat public libyen, était un symbole des relations économiques entre Ouagadougou et Tripoli, mais aussi un maillon du système bancaire ouest-africain. Sa nationalisation, justifiée par des difficultés de fonctionnement, intervient dans un climat où les autorités burkinabè cherchent à reprendre le contrôle des secteurs stratégiques, notamment l'or, qui représente l'essentiel des exportations du pays.

L'arbitrage de la Libyan Foreign Bank intervient alors que le Burkina Faso, comme d'autres pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), a renforcé sa souveraineté sur ses ressources naturelles et ses institutions financières. Cette tendance, qui s'observe également au Mali et au Niger, se heurte aux engagements internationaux pris par ces États, notamment les traités bilatéraux de protection des investissements et la convention de Washington qui régit le CIRDI. En acceptant de se soumettre à l'arbitrage, le Burkina Faso reconnaît de facto la compétence de cette instance, mais les risques sont réels : une condamnation pourrait entraîner des dommages-intérêts substantiels, alors que l'économie burkinabè est déjà fragilisée par l'insécurité et la baisse des cours de l'or.

Au-delà du cas particulier de la BCB, cette affaire révèle une évolution dans les relations entre les États ouest-africains et les investisseurs étrangers. Alors que les banques régionales, comme celles de l'UEMOA, publient leurs résultats semestriels, la place de Ouagadougou dans le paysage financier régional est en jeu. La nationalisation de la BCB, qui était un acteur important du crédit au Burkina Faso, a réduit la présence étrangère dans le secteur bancaire local, tandis que des groupes comme Sonatel au Sénégal ou Orange Sénégal continuent d'afficher des performances solides, illustrant la diversité des situations dans la zone. Cette disparité pose la question de la perception des risques par les investisseurs : si certains pays comme le Sénégal attirent toujours les capitaux, d'autres comme le Burkina Faso voient leur notation se dégrader.

La décision du CIRDI, qui pourrait prendre plusieurs années, sera scrutée de près par les acteurs économiques de la sous-région. Elle pourrait créer un précédent pour d'autres contentieux, notamment ceux liés aux mines d'or, et influencer les stratégies des multinationales présentes dans l'AES. Le gouvernement burkinabè, qui a justifié la nationalisation par la nécessité de sauver une banque en difficulté, devra démontrer le bien-fondé de sa décision devant les arbitres, tout en gérant les conséquences politiques d'une éventuelle condamnation. Cette affaire met en lumière la tension entre la souveraineté nationale et les engagements internationaux, une équation que de nombreux pays africains tentent de résoudre.

L'économie burkinabè, portée par l'or, pourrait souffrir de cette instabilité juridique. Les investisseurs, déjà prudents, pourraient se détourner d'un pays où les nationalisations se multiplient, tandis que les banques régionales, qui doivent composer avec les nouvelles réglementations de l'UEMOA, pourraient être réticentes à s'engager. La procédure engagée par la Libyan Foreign Bank, qui dispose de moyens financiers importants grâce à la Banque centrale de Libye, est un test pour la crédibilité du Burkina Faso auprès des instances internationales. Le pays, qui a déjà été confronté à des sanctions de la part de la CEDEAO, doit désormais faire face à un contentieux qui pourrait coûter cher à ses finances publiques, déjà mises à rude épreuve par les dépenses militaires et la crise humanitaire.

Cette affaire dépasse le simple litige commercial : elle interroge la capacité des États de la région à concilier souveraineté économique et respect du droit international. Alors que l'AES s'affirme comme un pôle de résistance aux institutions de Bretton Woods, le recours au CIRDI, une émanation de la Banque mondiale, pourrait sembler paradoxal. Mais il témoigne aussi de la persistance des cadres juridiques hérités de la colonisation et de la mondialisation. L'issue de cet arbitrage pourrait redéfinir les contours de l'investissement en Afrique de l'Ouest, où les États cherchent à reprendre la main sans pour autant s'isoler des circuits financiers internationaux.

Vérification : La date est dans le futur par rapport à la date de connaissance (2025). Il est impossible qu'un événement de 2026 soit déjà survenu. L'affirmation est donc incorrecte.