En une décennie, Coris Bank International Togo a gagné ses lettres de noblesse dans le paysage financier togolais. Avec des actifs totaux de 615,5 milliards de francs CFA fin 2025, en hausse de 10 % sur un an, la filiale du groupe burkinabè affiche une croissance robuste. Mais au-delà des chiffres, ce sont les dynamiques sous-jacentes – digitalisation, inclusion et financement des PME – qui dessinent les contours de la banque de demain en Afrique de l’Ouest.

Infographie — Institutions financières

Une expansion organique soutenue

Coris Bank International Togo (CBI Togo) a clôturé l’exercice 2025 sur une note positive. Les dépôts de la clientèle atteignent 366,1 milliards de francs CFA, en progression de près de 10 % par rapport à 2024 (333,2 milliards). Dans le même temps, les crédits nets après provisions s’élèvent à 244,6 milliards, soit une croissance similaire. Plus significatif encore, le banque a accordé 108 milliards de francs CFA de nouveaux prêts sur l’année, portant l’encours total de financements à plus de 337 milliards. Ce dynamisme traduit une appétence pour le crédit aux entreprises, aux PME et aux ménages, qui constitue le cœur de métier de l’établissement.

Le nombre de clients a augmenté de 14,6 % pour atteindre 90 983, tandis que le réseau physique compte désormais 19 agences et 22 distributeurs automatiques. Cette progression, bien que modeste en valeur absolue, s’inscrit dans une stratégie de maillage territorial combinée à une offensive numérique.

La révolution digitale au cœur de la stratégie

Le véritable moteur de la croissance réside dans les services numériques. Le nombre d’utilisateurs de portefeuilles digitaux a bondi de 21,6 %, passant de 213 430 à 259 569. Cette ascension est portée par des solutions telles que MyCoris Bank, la plateforme de banque en ligne, et PI-CORIS, connectée au système de paiement instantané de l’UEMOA. Le réseau Coris Money, dédié aux transactions mobiles, compte désormais plus de 10 000 points de service, comprenant 23 distributeurs, 9 228 agents et 902 commerçants acceptant les paiements.

Cette digitalisation répond à une double exigence : capter une clientèle jeune et peu bancarisée, et réduire les coûts opérationnels. En élargissant l’accès aux services financiers via le mobile, CBI Togo se positionne sur le segment de l’inclusion financière, un enjeu majeur dans une région où le taux de bancarisation reste faible. La concurrence est rude, avec des acteurs comme Ecobank, également engagé dans des partenariats avec la Banque africaine de développement pour financer les femmes entrepreneurs, mais Coris semble capitaliser sur une approche intégrée.

Un impact économique tangible

Au-delà des performances internes, la banque contribue à l’économie nationale. En 2025, CBI Togo a versé environ 1,7 milliard de francs CFA d’impôts, un apport non négligeable pour les finances publiques togolaises. Surtout, l’octroi de 108 milliards de nouveaux crédits stimule l’activité des PME et des particuliers, favorisant l’investissement et la consommation. Dans un contexte de reprise économique post-pandémie et de pressions inflationnistes, ces financements jouent un rôle de stabilisateur.

La croissance de CBI Togo s’inscrit dans la dynamique du groupe Coris, qui affiche des actifs consolidés de 7 740 milliards de francs CFA et plus de 1,2 million de clients dans l’UEMOA. Cette dimension régionale confère au groupe une masse critique lui permettant de mutualiser les investissements technologiques et de négocier des conditions de refinancement avantageuses.

Perspectives et défis

L’accélération du digital pose toutefois des questions. La cybersécurité, la régulation des fintechs et la concurrence des opérateurs télécoms (Orange Money, Wave) obligent les banques traditionnelles à innover en permanence. Par ailleurs, le financement des PME reste risqué dans un environnement où les défaillances d’entreprises sont fréquentes. La progression des créances douteuses devra être surveillée de près.

L’exemple de CBI Togo illustre une tendance plus large : les banques panafricaines misent sur le numérique et la proximité pour gagner des parts de marché. Dans les années à venir, la capacité à offrir des services financiers abordables, sécurisés et accessibles sur mobile sera le principal vecteur de croissance. Cela pourrait accélérer l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest, à condition que les infrastructures (électricité, internet) suivent.

Le cas de Coris Bank Togo n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un mouvement de fond où les banques traditionnelles, sous la pression des fintechs, transforment leur modèle pour rester pertinentes. L’enjeu pour la région est de taille : parvenir à une bancarisation de masse tout en maîtrisant les risques. Les prochains mois diront si cette croissance digitale peut se traduire par une inclusion durable et un soutien accru à l’économie réelle.