La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et la Compagnie Commune de Réassurance des États membres de la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CICA-RE) ont signé le 7 juillet 2026 un accord de partenariat visant à renforcer la synergie entre financement du développement et gestion des risques. Cette opération s’inscrit dans la stratégie « Djoliba… La Suite » de la BOAD, qui privilégie la distribution et le partage des risques via l’approche « Originate to Distribute ». Elle intervient deux mois après un accord de financement croisé de 200 millions d’euros avec Proparco, révélant une dynamique de mobilisation de ressources externes et de sécurisation des investissements privés dans l’UEMOA.
Structurer le marché ouest-africain de la réassurance
Un accord pour sécuriser les investissements et attirer les institutionnels dans l’UEMOA.
Flux du partenariat
Objectif : partage des risques & attractivité des capitaux privés
Chronologie des accords
4 leviers du partenariat
Contexte macroéconomique UEMOA
Selon le FMI et la Banque mondiale, Côte d’Ivoire — indicateurs clés 2026.
En associant la connaissance des risques régionaux de CICA-RE à sa propre capacité d’origination, la BOAD cherche à attirer davantage d’investisseurs institutionnels.
Un accord stratégique face à la complexification des risques
L’accord signé entre Abdoulaye Daffé, vice-président de la BOAD, et Karim Diarrassouba, directeur général de CICA-RE, prévoit un partage d’expertise technique, le renforcement des capacités des équipes et la mise en place de solutions de couverture d’assurance adaptées aux projets financés. Dans un environnement économique marqué par une volatilité accrue des devises, des chocs climatiques et des incertitudes politiques, la maîtrise des mécanismes de réassurance devient un impératif pour les institutions financières de développement. En associant la connaissance des risques régionaux de CICA-RE à sa propre capacité d’origination, la BOAD cherche à attirer davantage d’investisseurs institutionnels, notamment des fonds de pension et des compagnies d’assurance, traditionnellement réticents à s’engager sur des actifs non notés.
De la mobilisation des ressources à la gestion des risques
Ce partenariat fait suite à l’opération de 200 millions d’euros signée en mai 2026 avec Proparco, qui visait à renforcer le financement du secteur privé dans l’UEMOA. Pris ensemble, ces deux accords dessinent la stratégie de la BOAD : d’un côté, mobiliser des ressources concessionnelles auprès de partenaires bilatéraux et multilatéraux ; de l’autre, structurer des mécanismes de partage des risques pour attirer des capitaux privés. L’approche « Originate to Distribute » consiste à monter des projets, puis à céder une partie des risques à des réassureurs ou à d’autres investisseurs, libérant ainsi des capacités de bilan pour de nouveaux financements. Ce modèle, éprouvé dans les marchés émergents d’Asie et d’Amérique latine, est encore rare en Afrique de l’Ouest.
Un signal fort pour la régionalisation des marchés financiers
L’implication de CICA-RE, institution de réassurance panafricaine basée à Abidjan, souligne la volonté de construire une architecture financière régionale autonome. En mutualisant les risques au sein de l’UEMOA et au-delà, la CICA-RE permet de réduire la dépendance aux réassureurs internationaux, souvent attentistes sur les risques africains. Cette dynamique pourrait faciliter le développement de produits d’assurance indiciels ou de garanties de première perte, essentiels pour les secteurs agricole et des PME, deux piliers de l’économie ouest-africaine.
Quelles retombées pour l’écosystème d’affaires ?
Pour les entreprises locales, ce partenariat pourrait se traduire par un meilleur accès au crédit, les banques étant plus enclines à prêter si les risques sont couverts. Les projets d’infrastructure, notamment dans les énergies renouvelables et le numérique, souvent jugés trop risqués, pourraient bénéficier de conditions de financement améliorées. En 2025, le déficit de financement des infrastructures en Afrique de l’Ouest était estimé à 40 milliards de dollars par an ; des mécanismes de réassurance bien calibrés pourraient contribuer à combler une partie de ce gap.
Au-delà de la BOAD, cet accord pourrait inspirer d’autres banques de développement de la région, comme la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ou la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO, à intégrer plus systématiquement la réassurance dans leurs outils de financement.
Le partenariat BOAD-CICA-RE illustre une tendance de fond : la financiarisation du développement passe désormais par une gestion sophistiquée des risques. Dans un contexte où les besoins de financement explosent et où les bailleurs traditionnels réduisent leur exposition, la capacité à structurer des véhicules d’investissement sécurisés deviendra un avantage compétitif. Reste à savoir si ce modèle pourra être reproduit à grande échelle et s’il permettra d’attirer les grands investisseurs internationaux, encore hésitants face à la volatilité ouest-africaine.