La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a signé le 7 juillet avec la Compagnie commune de réassurance des États membres de la Conférence interafricaine des marchés d'assurances (CICA-RE) un accord de partenariat stratégique. L'objectif : faire de l'assurance et de la réassurance des leviers pour sécuriser les investissements et renforcer le financement du développement dans l'UEMOA. Cette initiative intervient dans le sillage de l'opération de 200 millions d'euros conclue avec Proparco en mai 2026, soulignant une stratégie plus large de la BOAD pour mobiliser des ressources et gérer les risques croissants.

Infographie — Institutions financières

Le partenariat formalise une reconnaissance que le financement de projets traditionnels fait face à des obstacles croissants : volatilité climatique, instabilité politique et risques de change. En intégrant des solutions d'assurance dès la conception des projets, la BOAD vise à améliorer la bancabilité des infrastructures. Cela intervient alors que les économies ouest-africaines subissent les contrecoups de chocs multiples.

L'accord s'inscrit dans le prolongement des plans stratégiques « Djoliba… La Suite » de la BOAD et « CICA-RE Ambition 2029 », qui placent la résilience et la mobilisation des ressources au cœur de leurs priorités. La synergie opérationnelle portera sur le partage d'expertise technique, le renforcement des capacités et le développement de mécanismes innovants de transfert de risques, notamment pour le climat.

L'évolution depuis le prêt Proparco de mai montre une diversification des outils de financement. La BOAD ne se contente plus de prêts directs ; elle cherche à structurer l'environnement de risque pour attirer des capitaux privés. Ce partenariat avec CICA-RE, réassureur régional, crée un écosystème où les risques sont mieux mutualisés.

Pour les investisseurs, c'est un signal que la région prend au sérieux la gestion des risques. Les projets bénéficieront de garanties mieux adaptées, ce qui peut réduire les primes de risque exigées. Cela pourrait faciliter le financement de projets d'infrastructure longtemps jugés trop risqués.

Un enjeu de taille pour le secteur privé

Le secteur privé, moteur de la croissance régionale, est souvent freiné par l'absence de couverture adéquate. L'accord BOAD-CICA-RE pourrait débloquer des investissements dans des secteurs comme les énergies renouvelables, les transports ou le numérique. En mutualisant les risques via un réassureur panafricain, les coûts de couverture devraient baisser.

L'innovation dans le transfert de risques

Les deux institutions évoquent des « mécanismes innovants ». On peut penser à des obligations catastrophe (cat bonds), des garanties de première perte, ou des produits d'assurance paramétrique. Ces instruments sont encore rares en Afrique de l'Ouest, mais leur développement pourrait attirer des investisseurs internationaux à la recherche de diversification.

Ce partenariat illustre une tendance plus large : la financiarisation de la gestion des risques en Afrique. Alors que les défis climatiques et sécuritaires s'intensifient, les institutions de développement comme la BOAD se réinventent pour devenir des plateformes de structuration du risque. Reste à voir si cette approche pourra être déployée à grande échelle et si d'autres banques régionales emboîteront le pas.