Les actionnaires d’AFG Bank Gabon ont approuvé le 26 mai des comptes 2025 marqués par une progression simultanée des dépôts, des crédits et du total de bilan. Cette performance conforte la stratégie d’Atlantic Financial Group, holding panafricaine aux racines ivoiriennes, qui a fait le pari d’une expansion en zone CEMAC depuis le rachat d’actifs de BGFIBank. Elle illustre une tendance plus large : l’irrésistible montée en puissance des banques ouest-africaines sur le marché bancaire centrafricain, dans un contexte d’intégration économique régionale encore inachevée mais dynamique.

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Les chiffres validés à Libreville confirment une année 2025 exceptionnelle pour AFG Bank Gabon. Les dépôts de la clientèle ont fortement progressé, traduisant une capacité accrue à capter l’épargne des entreprises et des particuliers. Les crédits distribués suivent une pente comparable, signe que l’établissement accompagne la demande de financement du tissu économique local, notamment auprès des PME et des grands comptes corporate. Le total de bilan, indicateur synthétique de la taille d’une banque, s’inscrit lui aussi en hausse marquée. Cette croissance organique maîtrisée, simultanée des deux côtés du bilan, marque une étape de maturité pour une filiale née du rachat d’actifs historiques de BGFIBank par le groupe ivoirien Atlantic Group.

Atlantic Financial Group est un acteur panafricain adossé à des intérêts ivoiriens et marocains. Son entrée sur le marché gabonais s’inscrivait dans une logique d’extension de son maillage en Afrique centrale, déjà esquissée par ses positions en Afrique de l’Ouest. La performance 2025 conforte la pertinence de ce pari, dans un pays où le secteur bancaire compte une dizaine d’établissements pour un PIB estimé autour de 21 milliards de dollars. Mais au-delà du cas gabonais, c’est toute une dynamique régionale qui se dessine.

Une stratégie d’enracinement régional

L’expansion d’AFG en zone CEMAC n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, plusieurs banques ouest-africaines – Orabank, Coris Bank, Bank of Africa – ont multiplié les acquisitions et les ouvertures d’agences en Afrique centrale. La saturation relative du marché bancaire dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la faiblesse du taux de bancarisation dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) offrent un relais de croissance attractif. Cette dynamique coïncide avec des initiatives régionales d’intégration économique : en mai 2026, la CEDEAO a dévoilé un « Pacte d’avenir » en six piliers pour consolider l’intégration, tandis que la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) renforce son rôle de catalyseur d’investissements structurants.

Les implications pour l’écosystème d’affaires ouest-africain sont multiples. D’abord, ces banques servent de passerelles financières entre les deux zones monétaires, facilitant le commerce transrégional et le financement des chaînes de valeur. Le port de Lomé, qui a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, illustre le rôle de hub logistique que joue l’Afrique de l’Ouest pour l’hinterland centrafricain. Les banques ouest-africaines sont bien placées pour capter les flux commerciaux et de financement associés. Ensuite, la présence de ces groupes dans la CEMAC crée une concurrence accrue sur les places bancaires locales, ce qui peut améliorer la qualité des services et réduire les coûts pour les entreprises.

Des défis réglementaires et monétaires

Cependant, l’expansion ne se fait pas sans obstacles. Les différences de régulation entre la Commission bancaire de l’UEMAC et la Commission bancaire de l’UEMOA imposent des coûts d’adaptation. La dualité monétaire – le franc CFA dans les deux zones mais avec des banques centrales distinctes – complexifie la gestion de trésorerie et la liquidité interbancaire. AFG Bank Gabon doit aussi composer avec un environnement économique marqué par la volatilité des prix du pétrole, principale ressource du Gabon. Mais la progression conjointe des dépôts et des crédits suggère que la banque a su gérer ces risques.

Les résultats d’AFG Bank Gabon révèlent aussi un appétit pour le financement des PME, segment clé du développement local. Alors que les grands projets d’infrastructure – comme le barrage de Souapiti en Guinée ou les programmes de formation d’ingénieurs qui l’accompagnent – nécessitent des banques capables d’offrir des financements longs, les banques ouest-africaines présentes en Afrique centrale peuvent jouer un rôle de premier plan. Leur connaissance des économies ouest-africaines et leur réseau régional leur donnent un avantage comparatif face aux banques européennes historiques.

La réussite d’AFG Bank Gabon dépasse le simple succès commercial d’une filiale. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de régionalisation du secteur bancaire africain, où les groupes ouest-africains conquièrent des parts de marché en Afrique centrale. Cette tendance pourrait à terme favoriser une convergence réglementaire entre les deux zones monétaires et accélérer l’intégration économique du continent. Dans un contexte où la CEDEAO et la CEMAC restent éloignées, la finance pourrait bien être le premier vecteur d’unité.