Le Vietnam, avec ses 3 200 km de côtes, déploie une vision intégrée de son espace maritime mêlant éolien offshore, GNL, hydrogène vert et capture de carbone. En Afrique de l'Ouest, où le Sénégal vient de lancer l'exploitation du champ pétrolier Sangomar et où le gaz naturel liquéfié se profile comme une manne, ce modèle interroge. Comment la région peut-elle concilier exploitation des hydrocarbures et transition vers des énergies marines renouvelables, sans hypothéquer sa souveraineté énergétique ?
Deux visions de la mer
Le Vietnam intègre éolien, GNL, hydrogène et capture carbone. L'Afrique de l'Ouest mise encore sur les hydrocarbures. Un modèle qui interroge.
- 🌊 Éolien offshore
- 🔥 GNL (transition)
- 💚 Hydrogène vert
- ⛁ Capture de carbone
- 🛢️ Pétrole offshore (Sangomar)
- 🔥 Gaz naturel liquéfié (GTA)
- 📡 Spatial (Sénégal Space Week)
- ❓ Énergies marines : émergent
Jalons récents
L'approche systémique du Vietnam : un contrepoint aux stratégies ouest-africaines
Le Vietnam affiche une ambition claire : faire de son domaine maritime un levier de croissance durable, en développant l'éolien offshore, le GNL comme énergie de transition, l'hydrogène vert et le stockage de carbone. Cette approche multisectorielle contraste avec celle de la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest, qui concentrent encore l'essentiel de leurs efforts sur l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures offshore. Au Sénégal, par exemple, le champ Sangomar a officiellement débuté sa production en 2024, et les projets gaziers comme Grand Tortue Ahmeyim (avec la Mauritanie) sont en phase de développement. La deuxième édition de la Sénégal Space Week, en mai 2026, a mis l'accent sur les usages stratégiques du spatial, mais les discussions énergétiques restent dominées par le pétrole et le gaz.
Le Vietnam, de son côté, mise sur une intégration verticale : Petrovietnam s'efforce de tirer parti de ses avantages pour développer des projets éoliens offshore, tandis que les terminaux méthaniers côtiers sont perçus comme des infrastructures garantissant la sécurité d'approvisionnement électrique. L'hydrogène vert est envisagé comme une source stratégique à long terme, et les gisements de pétrole et de gaz en déclin pourraient être convertis en installations de stockage de CO₂. Cette perspective de réutilisation des infrastructures fossiles est particulièrement pertinente pour l'Afrique de l'Ouest, où plusieurs champs arriveront en fin de vie dans les prochaines décennies.
Les enjeux de la souveraineté énergétique régionale
Le modèle vietnamien soulève une question centrale pour les États ouest-africains: comment éviter la dépendance à un seul vecteur énergétique ? La région est riche en ressources fossiles (Nigeria, Sénégal, Mauritanie, Côte d'Ivoire, Ghana), mais cette abondance a historiquement entravé la diversification. L'éolien offshore, bien que potentiellement prometteur le long des côtes sénégalaises et ghanéennes, demeure marginal. En mai 2026, le Sénégal explorait des mécanismes de financement endogène pour son gaz, ce qui montre une volonté de maîtrise, mais sans intégrer les renouvelables marins dans la même logique.
Pourtant, les conditions naturelles sont comparables à celles du Vietnam : vents réguliers, plateaux continentaux étendus, et une demande énergétique intérieure croissante. Le Vietnam figure parmi les leaders asiatiques de l'éolien offshore ; l'Afrique de l'Ouest, elle, n'a encore aucun parc significatif. Le risque est de rater le virage technologique et de se retrouver, à terme, avec des infrastructures fossiles obsolètes alors que les coûts des renouvelables marins chutent.
Géopolitique des ressources marines : coopération ou compétition ?
La stratégie vietnamienne s'inscrit dans une vision de puissance maritime nationale. En Afrique de l'Ouest, la question est plus complexe : les ressources offshore sont souvent transfrontalières (gisements gaziers à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie, par exemple). Le Vietnam mise sur un acteur central, Petrovietnam, pour coordonner l'effort. Dans la région, les entreprises nationales (Sonangol, SNH, PETROSEN) ont des moyens plus limités et subissent la concurrence des majors internationales.
La capture et le stockage du carbone (CSC) sont également un enjeu géopolitique. Le Vietnam envisage de stocker le CO₂ dans ses gisements épuisés. Pour les pays ouest-africains qui dépendent des revenus pétroliers, cette option pourrait prolonger la rente fossile tout en répondant aux exigences climatiques. Mais elle nécessite des investissements lourds et un cadre réglementaire que peu d'États ont encore mis en place.
Enfin, la question du GNL comme énergie de transition est centrale. Le Sénégal et la Mauritanie misent sur le GNL pour approvisionner l'Europe en substitution du gaz russe. Mais le Vietnam rappelle que le GNL n'est qu'une étape ; l'hydrogène vert et l'éolien offshore sont les piliers du long terme. L'Afrique de l'Ouest pourrait-elle sauter l'étape GNL et aller directement vers l'hydrogène ? Les coûts et les infrastructures manquent, mais la fenêtre d'opportunité se referme à mesure que la technologie progresse.
La stratégie vietnamienne illustre une trajectoire possible pour les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest : ne pas opposer fossiles et renouvelables, mais les intégrer dans une vision maritime cohérente. Alors que la région entre dans une phase d'exploitation intensive de ses hydrocarbures, l'horizon 2050 impose déjà de penser la reconversion des infrastructures et la diversification des revenus. Le miroir vietnamien invite à ne pas reproduire les schémas passés de dépendance, mais à construire une souveraineté énergétique fondée sur la complémentarité des ressources marines.