Le 19 mai 2026, le deuxième Sommet sur l'Innovation en matière d'énergie nucléaire en Afrique (NEISA) s'est ouvert à Kigali, réunissant chefs d'État et experts du secteur. Faure Gnassingbé y a porté la voix du Togo, insistant sur la nécessité pour le continent de dépasser la simple gestion des pénuries pour investir dans des technologies stables et durables. Ce discours intervient alors que la région ouest-africaine cherche à concilier croissance démographique, industrialisation et transition énergétique, dans un contexte où les ressources hydroélectriques et thermiques montrent leurs limites.

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Le choix de Kigali pour accueillir ce sommet n'est pas anodin. Le Rwanda, avec son réacteur de recherche et ses ambitions nucléaires, symbolise une nouvelle vague d'intérêt africain pour l'atome civil. Mais c'est le Togo, historiquement dépendant du thermique (centrales à gaz et fioul) et de l'hydroélectricité importée (via le barrage de Nangbeto), qui a capté l'attention en appelant à une « révolution énergétique » fondée sur des partenariats innovants. Derrière le discours diplomatique, se profile une urgence : le taux d'électrification togolais, bien qu'en progrès (environ 55 %), reste insuffisant pour soutenir les ambitions industrielles du pays, notamment dans le phosphate et la transformation agroalimentaire.

L'essor du nucléaire civil en Afrique de l'Ouest doit être lu en regard des contraintes des filières traditionnelles. Les grands barrages, comme celui de Souapiti en Guinée (formation d'ingénieurs lancée en 2026), offrent une capacité de base mais souffrent d'une dépendance aux précipitations et de coûts environnementaux croissants. Parallèlement, les centrales thermiques, qui constituent l'épine dorsale du mix togolais, sont exposées à la volatilité des prix des hydrocarbures et aux objectifs climatiques. L'atome, avec son facteur de charge élevé et ses émissions quasi nulles, apparaît comme une solution de long terme pour les pays disposant d'une base industrielle.

Cette évolution marque un changement de paradigme par rapport à la décennie précédente, où le nucléaire était jugé trop coûteux et complexe pour l'Afrique. La démocratisation des petits réacteurs modulaires (SMR) et l'intérêt croissant d'investisseurs internationaux (Russie, France, Chine) rendent désormais le scénario plausible. Le Togo, en plaidant pour une approche régionale via la coopération ouest-africaine, tente de mutualiser les risques et les coûts. Reste à lever les obstacles réglementaires et à former les talents : le programme d'ingénieurs de Souapiti, bien qu'hydroélectrique, préfigure les besoins en compétences nucléaires.

Au-delà de l'électricité, l'enjeu est celui de la souveraineté énergétique. Les pays ouest-africains, qui importent une part significative de leurs combustibles fossiles, voient dans le nucléaire un moyen de sécuriser leur approvisionnement et de stabiliser les coûts pour les industries lourdes. Pour le Togo, qui ambitionne de devenir un hub logistique (le port de Lomé a traité 30,6 Mt en 2024), une énergie fiable est la clé pour attirer les investissements étrangers. Le sommet de Kigali pourrait ainsi accélérer les discussions sur un cadre réglementaire commun au sein de la CEDEAO, dans le prolongement du « Pacte d'avenir » annoncé en mai 2026.

Le discours de Faure Gnassingbé à Kigali reflète une prise de conscience plus large : sans un saut technologique dans la production d'énergie, les ambitions industrielles et numériques de l'Afrique resteront lettre morte. Le nucléaire civil, longtemps perçu comme inaccessible, devient un marqueur de la nouvelle donne énergétique continentale, où les États cherchent à combiner durabilité, puissance et indépendance.