Le président tchadien Mahamat Idriss Deby Itno a annoncé le 15 juillet 2026 la suppression des visas d'entrée pour tous les ressortissants africains dès le 1er janvier 2027, une décision inattendue qui surprend jusqu'à son propre gouvernement. Au-delà de l'ouverture symbolique, cette mesure pourrait catalyser les investissements dans le secteur extractif, alors que le pays vient de lancer un audit des entreprises minières par l'Autorité de lutte contre la corruption.

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L'annonce du président tchadien lors du Forum africain de l'eau à N'Djamena a valeur de test pour la libre circulation continentale. Alors que la CEMAC peine à appliquer ses propres règles de mobilité, le Tchad fait cavalier seul. Cette décision, si elle était mise en œuvre, placerait le pays parmi les rares États africains à ouvrir leurs frontières sans restriction à tous les ressortissants du continent, à l'instar du Rwanda ou des Seychelles.

Cette ouverture intervient dans un contexte particulier pour le secteur extractif tchadien. Le même mois, l'Autorité de lutte contre la corruption a annoncé un audit des entreprises extractives, signalant une volonté d'assainir un secteur longtemps opaque. Le Tchad, qui produit de l'or artisanal dans la région du Ouaddaï, cherche à attirer des investisseurs miniers internationaux. La suppression des visas pourrait faciliter les déplacements des experts, ingénieurs et investisseurs, réduisant les frictions administratives.

Un signal pour les investisseurs miniers

Le Tchad n'est pas un producteur majeur d'or à l'échelle africaine – sa production officielle reste modeste, estimée à moins d'une tonne par an – mais le potentiel géologique est réel. Des compagnies comme la canadienne Orezone Gold Corporation ont montré de l'intérêt pour le nord du pays. La libre circulation des personnes est souvent citée comme un frein aux affaires en Afrique : les visas coûtent du temps et de l'argent. En supprimant cette barrière, N'Djamena envoie un signe de confiance aux investisseurs.

Un contexte régional en mutation

L'initiative tchadienne s'inscrit dans une dynamique plus large de libéralisation des échanges sur le continent. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pousse les États à réduire les barrières non tarifaires, dont les visas. Le FMI souligne régulièrement que la mobilité des travailleurs qualifiés est un accélérateur de croissance. Dans son rapport de mai 2026 sur les perspectives économiques régionales, l'institution rappelait que l'intégration économique passe aussi par la libre circulation des personnes.

Un pari risqué mais potentiellement payant

La décision tchadienne n'est pas sans risques. Le pays enregistre peu de touristes (40 000 à 80 000 par an) et une ouverture totale pourrait poser des défis sécuritaires. Néanmoins, le gouvernement mise sur un effet de levier : attirer des talents et des capitaux, y compris dans le secteur extractif, pour diversifier une économie encore très dépendante du pétrole. L'audit des entreprises extractives, couplé à cette ouverture, suggère une stratégie cohérente : améliorer la gouvernance pour séduire les investisseurs.

L'annonce du Tchad relance le débat sur la libre circulation en Afrique. D'autres pays, notamment en Afrique de l'Ouest où le secteur aurifère est plus développé – Mali, Burkina Faso, Ghana –, observent-ils cette expérience avec intérêt ? Si elle réussit, elle pourrait inspirer une vague de libéralisation des visas dans la région, accélérant les flux d'investissements miniers et renforçant l'intégration régionale.