Le Nigeria a imposé en 2025 un embargo de six mois sur les exportations de noix de karité brutes, dans l'espoir de capter une plus grande part d'un marché mondial estimé à 6,5 milliards de dollars. Cette décision, qui s'inscrit dans une vague de mesures protectionnistes en Afrique de l'Ouest, interroge les pays producteurs de matières premières, notamment le Burkina Faso, premier producteur d'or de la région. Alors que les cours de l'or restent élevés, la question de la transformation locale et de la souveraineté économique devient centrale.

Infographie — Or · Burkina Faso

Le secteur du karité illustre un paradoxe ouest-africain : des pays comme le Nigeria fournissent 40 % de l'offre mondiale mais ne capturent qu'1 % de la valeur ajoutée. C'est ce constat qui a poussé Abuja à restreindre les exportations de noix brutes en 2025, une politique que la vice-présidence a qualifiée d'« inacceptable ». Cette initiative rejoint une dynamique plus large dans la région : le Bénin, par exemple, a multiplié les incitations à la transformation de l'anacarde, tandis que la Côte d'Ivoire impose des quotas sur les exportations de noix de cajou non traitées. La Banque africaine de développement souligne d'ailleurs que l'industrialisation progresse, mais de manière inégale : le Sénégal et la Côte d'Ivoire figurent parmi les dix premiers pays africains de l'indice d'industrialisation 2025, tandis que le Bénin pointe à la 24e place avec un score de 0,5519 sur 1.

Une tendance régionale vers la souveraineté sur les matières premières

Cette évolution reflète une volonté politique croissante de rompre avec le modèle hérité de l'époque coloniale, où les matières premières sont exportées sans transformation. Le secteur du karité, estimé à 500 millions de dollars localement selon la Global Shea Alliance, montre que des marges importantes existent si l'on franchit le cap de la transformation. Au Burkina Faso, pays enclavé et confronté à des défis sécuritaires majeurs, l'or représente la première source de recettes d'exportation, avec environ 60 tonnes produites par an. Mais, comme pour le karité au Nigeria, la quasi-totalité de cette production est exportée sous forme brute ou semi-brute, et les retombées locales restent limitées.

Le cas du Burkina Faso : l'or comme nouvelle frontière

Le contexte burkinabè diffère cependant de celui du Nigeria. Le secteur aurifère est dominé par des multinationales, et l'État peine à imposer une transformation locale en raison de l'instabilité sécuritaire et du manque d'infrastructures énergétiques. La transformation de l'or nécessite des raffineries et une électricité fiable, un défi dans un pays où le taux d'électrification rurale est faible. Pourtant, plusieurs signaux montrent que la réflexion avance. En 2024, le gouvernement a annoncé son intention de construire une raffinerie d'or, sans calendrier précis. L'initiative nigériane sur le karité pourrait servir de catalyseur, en démontrant qu'une politique de restriction des exportations peut, à terme, attirer des investissements dans la transformation.

Implications géopolitiques et perspectives

Cette quête de souveraineté économique n'est pas sans risque. Les restrictions sur les matières premières peuvent provoquer des tensions avec les partenaires commerciaux et les investisseurs. Dans le cas du karité, les collecteurs et les petits transformateurs locaux peinent à s'adapter à court terme. Pour l'or burkinabè, une telle décision nécessiterait un accompagnement industriel et financier conséquent. Néanmoins, la tendance régionale est claire : les États ouest-africains veulent capter davantage de valeur ajoutée, que ce soit pour le karité, l'anacarde ou l'or. Le Burkina Faso pourrait s'inspirer des expériences voisines tout en adaptant sa stratégie à ses réalités sécuritaires et énergétiques.

La démarche du Nigeria sur le karité et les efforts similaires dans la filière anacarde esquissent une nouvelle donne économique en Afrique de l'Ouest. Pour le Burkina Faso, l'or représente un test grandeur nature de sa capacité à transformer ses ressources sur place. L'issue de cette dynamique dépendra de la stabilité sécuritaire, des investissements dans l'énergie et de la volonté politique des États à aller au-delà des annonces.