Le Togo, septième producteur mondial de karité avec près de 50 000 tonnes d’amandes par an, s’apprête à lancer un projet de gestion durable soutenu par l’Institut mondial pour la croissance verte (GGGI) et le Service forestier coréen. L’initiative prévoit le reboisement de 2 000 hectares dans quatre régions et vise à renforcer la gouvernance locale, la qualité de la production et la résilience climatique. Cette annonce, intervenue début juin 2026, s’inscrit dans une tendance plus large de diversification économique en Afrique de l’Ouest, où les filières agricoles à haute valeur ajoutée sont de plus en plus structurées avec l’appui de partenaires internationaux.

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Le karité, longtemps cantonné à un usage domestique et artisanal, connaît depuis une décennie une ascension remarquable sur les marchés internationaux. Son beurre, prisé par l’industrie cosmétique et pharmaceutique, est devenu un ingrédient clé des grandes marques mondiales. Pour le Togo, qui produit environ 50 000 tonnes d’amandes par an, cette filière représente un levier économique crucial, notamment pour les femmes des zones rurales, principales collectrices et transformatrices. Le projet annoncé avec le GGGI et la Corée du Sud entend consolider cet acquis en améliorant la productivité des vergers et en garantissant une gestion durable des ressources.

Cette initiative intervient dans un contexte où la demande mondiale de beurre de karité ne cesse de croître, tirée par les tendances vers les cosmétiques naturels et bio. Selon les données de l’Agence Ecofin, le port de Lomé, qui a traité plus de 30 millions de tonnes de marchandises en 2024, constitue un hub logistique stratégique pour l’exportation de produits agricoles ouest-africains, dont le karité. Le Togo bénéficie ainsi d’un avantage compétitif en matière de connectivity portuaire, facilitant l’accès aux marchés européens et asiatiques.

Une réponse aux défis climatiques et sociaux

Le reboisement de 2 000 hectares de plantations vise à inverser la tendance à la dégradation des parcs à karité, menacés par l’expansion agricole, les feux de brousse et les changements climatiques. Au-delà de l’aspect environnemental, le projet met l’accent sur les coopératives de femmes et de jeunes, renforçant leur autonomisation et leur résilience économique. Cette approche s’inscrit dans les priorités de la CEDEAO, qui a récemment dévoilé un « Pacte d’avenir » en six piliers pour consolider l’intégration régionale, dont l’un porte sur le développement agricole durable et la sécurité alimentaire.

Le moment choisi n’est pas anodin. Alors que la région fait face à des défis énergétiques récurrents – comme en témoigne la place prépondérante des centrales thermiques au Togo évoquée par Togo First en mai 2026 – la valorisation des filières agricoles à fort potentiel exportateur offre une voie complémentaire de croissance. Le karité, contrairement aux hydrocarbures, ne nécessite pas d’investissements lourds en infrastructures et fait vivre des millions de familles rurales.

Un partenariat Sud-Sud aux accents géopolitiques

L’implication du Service forestier coréen dans ce projet illustre la montée en puissance de la coopération entre l’Afrique de l’Ouest et les pays d’Asie de l’Est. La Corée du Sud, via son Institut mondial pour la croissance verte, multiplie les partenariats dans la région, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la gestion des ressources naturelles. Ce positionnement s’inscrit dans une compétition plus large pour l’influence en Afrique, où la Chine reste le premier partenaire commercial, mais où des acteurs comme la Corée du Sud cherchent à se différencier par des projets à fort impact social et environnemental.

Le Togo, de son côté, capitalise sur cette dynamique pour diversifier ses sources de financement et renforcer sa crédibilité sur la scène internationale. Le projet de karité vient compléter d’autres initiatives structurantes, telles que le développement du port de Lomé ou les investissements dans les énergies renouvelables, malgré la persistance des centrales thermiques. Cette stratégie de diversification est d’autant plus pertinente que les cours de l’or, autre ressource clé de la région, restent volatils.

Enfin, ce projet illustre une évolution notable dans la conception du développement rural en Afrique de l’Ouest : on passe d’une approche purement extractive à une logique de gestion durable intégrant les dimensions climatiques et sociales. Les leçons tirées du barrage de Souapiti en Guinée, où un programme de formation d’ingénieurs a été lancé en mai 2026, montrent que les grands projets d’infrastructure s’accompagnent désormais de volets de renforcement des capacités locales. Le karité pourrait bien devenir un modèle du genre.

Alors que la CEDEAO cherche à renforcer son intégration économique à travers des pactes et des stratégies communes, la filière karité incarne à elle seule les défis et les opportunités de la région : une ressource naturelle renouvelable, une main-d’œuvre féminine importante, une demande mondiale en hausse, mais aussi une vulnérabilité climatique et une nécessité de gouvernance inclusive. Le Togo, avec ce projet, envoie un signal fort sur sa capacité à conjuguer développement local et insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Reste à voir si cette initiative pourra être dupliquée à l’échelle régionale, pour faire du karité un véritable levier d’intégration ouest-africaine.