Le 22 août 2026, Sitarail a ouvert ses portes à Bobo-Dioulasso à une délégation de l'APIM, une visite d'immersion qui dépasse le simple cadre protocolaire. Alors que le Burkina Faso et le Mali intensifient leur production aurifère et que le Sénégal lance ses premiers barils de pétrole, le transport ferroviaire s'impose comme l'épine dorsale logistique des économies extractives ouest-africaines. Cette rencontre révèle les tensions entre la valorisation des ressources et les infrastructures de transport, un enjeu de souveraineté économique pour toute la région.

Infographie — Or · Production

La visite de l'Amicale des protocoles des institutions et ministères (APIM) à Sitarail, le 22 août 2026, pourrait sembler anecdotique. Pourtant, elle s'inscrit dans un contexte où le transport ferroviaire devient un levier stratégique pour les États ouest-africains, confrontés à l'explosion de leurs secteurs extractifs. L'immersion des hauts fonctionnaires dans les installations de Bobo-Dioulasso, suivie d'une excursion de 30 kilomètres, n'est pas qu'un exercice de relations publiques : elle symbolise la prise de conscience des administrations face aux défis logistiques qui conditionnent leurs revenus miniers et pétroliers.

Le rail, longtemps délaissé au profit de la route, redevient un outil central dans la compétition pour l'exportation des matières premières. Au Burkina Faso, pays enclavé, l'or représente plus de 70 % des exportations, mais son acheminement vers les ports dépend de corridors routiers saturés et coûteux. La réhabilitation de la ligne Abidjan-Ouagadougou-Kaya, dont Sitarail est l'opérateur, est perçue comme une alternative crédible pour réduire les coûts logistiques et renforcer la compétitivité des mines locales. Cette visite de l'APIM, qui regroupe les responsables des protocoles des ministères, pourrait préparer le terrain à une utilisation plus politique du rail dans les négociations régionales.

La dimension géopolitique est d'autant plus prégnante que la région vit une recomposition des alliances. Alors que le Mali et le Burkina Faso se sont tournés vers de nouveaux partenaires, notamment russes, pour sécuriser leurs mines, la question du transport devient un enjeu de souveraineté. Le pétrole sénégalais, avec le champ Sangomar en production depuis 2024, et le gaz naturel du projet GTA, à la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, nécessitent des infrastructures lourdes et fiables. Le rail, qui dessert historiquement l'arrière-pays, pourrait jouer un rôle clé dans l'approvisionnement des sites pétroliers et gaziers, mais aussi dans le désenclavement des zones minières.

Cependant, cette visite intervient dans un climat marqué par les défis sécuritaires. L'orpaillage illégal, qui prospère au Burkina Faso et au Mali, échappe en grande partie au contrôle des États et alimente des économies parallèles. Le développement d'un réseau ferroviaire efficace pourrait paradoxalement renforcer la traçabilité des flux aurifères, si les autorités parviennent à sécuriser les corridors. Les propos de Maxime Zabsonré, évoquant le train comme « patrimoine ferroviaire d'antan », rappellent que Sitarail est un héritage colonial, mais aussi un outil de modernisation potentiel.

L'évolution temporelle est frappante : en juin 2026, les discussions sur les engagements climatiques de TotalEnergies et la baisse des cours de l'or dominaient l'actualité. Aujourd'hui, l'accent se déplace vers les infrastructures physiques qui conditionnent la rentabilité des ressources. La visite de l'APIM, bien que discrète, témoigne d'une prise de conscience : les États ouest-africains ne peuvent plus se contenter d'extraire, ils doivent aussi maîtriser les chaînes de transport. C'est une condition de leur souveraineté économique, face à des investisseurs étrangers qui contrôlent souvent les mines et les réseaux.

Enfin, cette immersion à Sitarail pourrait préfigurer une nouvelle approche des politiques publiques. En formant les cadres des ministères aux réalités ferroviaires, les États cherchent à internaliser les compétences nécessaires pour négocier avec les opérateurs privés, souvent issus d'anciennes puissances coloniales. La question n'est plus seulement de savoir qui possède les ressources, mais qui maîtrise les voies de leur exportation. Dans cette optique, le rail devient un instrument de puissance, au même titre que les pipelines ou les ports.

Au-delà de la visite protocolaire, l'immersion de l'APIM à Sitarail illustre une tendance plus large : la réappropriation par les États ouest-africains de leurs infrastructures stratégiques. Alors que les cours de l'or fluctuent et que les engagements climatiques des majors se fragilisent, la région cherche à sécuriser ses revenus extractifs par le contrôle des chaînes logistiques. Le rail, vecteur historique de l'économie coloniale, pourrait ainsi devenir l'outil d'une nouvelle souveraineté, à condition que les États parviennent à surmonter les défis sécuritaires et à attirer les investissements nécessaires. Une question demeure : les corridors ferroviaires seront-ils pensés comme des biens communs régionaux ou comme des instruments de compétition entre États ?