Glencore a publié son rapport annuel sur les paiements aux gouvernements, révélant 272,5 millions de dollars versés à la RDC en 2025. Ce montant, dominé par les royalties et les investissements dans les infrastructures électriques, éclaire les enjeux de transparence et de souveraineté fiscale dans le secteur minier africain. Alors que la Côte d'Ivoire et la Guinée renforcent leur cadre extractif, ce document offre une référence inédite sur la répartition des revenus miniers.

Infographie — Mines · Guinée

Des paiements en hausse et structurés

Le rapport de Glencore, publié conformément aux obligations de la London Stock Exchange, détaille 272,5 millions USD versés à la RDC en 2025. Ce montant, équivalent à environ 163 milliards FCFA, se décompose en trois postes principaux : 119,9 millions de royalties, 130,9 millions d'investissements dans les infrastructures, et 21,1 millions d'impôts sur les revenus. Les royalties, versées principalement à la Direction générale des recettes administratives (DGRAD), constituent le premier poste de recettes pour l'État congolais. Les investissements d'infrastructures, eux, bénéficient largement à la Société nationale d'électricité (SNEL), qui a reçu 112,7 millions USD. Cette ventilation révèle une stratégie de Glencore visant à compenser les déficits énergétiques locaux tout en sécurisant ses opérations dans le Copperbelt.

Le poids des infrastructures dans la fiscalité minière

L'enveloppe de 130,9 millions USD allouée aux infrastructures illustre une tendance lourde dans le secteur extractif africain : les compagnies minières investissent directement dans des équipements publics pour pallier les carences des États. En RDC, la SNEL, principale bénéficiaire, reçoit ces fonds dans le cadre des opérations de Katanga et Mutanda. Ce mécanisme, bien que bénéfique pour l'approvisionnement électrique des mines, soulève des questions sur la souveraineté énergétique du pays. En effet, ces investissements sont souvent dédiés aux sites miniers plutôt qu'au réseau national. Pour les pays ouest-africains comme la Guinée, où le projet Simandou implique des investissements massifs dans les infrastructures ferroviaires et portuaires, ce modèle offre un précédent à étudier.

Transparence et fiscalité : un modèle pour l'Afrique de l'Ouest ?

Le rapport de Glencore s'inscrit dans le cadre des initiatives de transparence dans les industries extractives (EITI). En détaillant les paiements à chaque entité (DGI, DGRAD, FOMIN, SNEL), il permet un contrôle citoyen accru. Pour les États ouest-africains, notamment la Côte d'Ivoire et le Ghana, qui cherchent à renforcer leur fiscalité minière, ce niveau de granularité constitue un outil précieux. Cependant, la part des impôts sur les revenus (21,1 millions USD) reste faible par rapport aux royalties, ce qui interroge sur l'optimisation fiscale. Les pays de la région pourraient s'inspirer de cette transparence pour négocier des contrats plus équilibrés.

Enjeux pour la souveraineté fiscale

Le rapport révèle également que le Fonds minier pour les générations futures (FOMIN) a reçu 8,9 millions USD. Ce fonds, destiné à épargner une partie des revenus miniers pour l'après-mine, est encore modeste comparé aux recettes totales. En Afrique de l'Ouest, des mécanismes similaires existent (fonds souverains au Ghana, en Côte d'Ivoire), mais leur capitalisation reste faible. L'exemple congolais montre que la transparence peut favoriser une meilleure allocation des ressources, mais aussi que les États doivent renforcer leur capacité à collecter l'impôt sur les bénéfices plutôt que de se reposer sur les royalties.

Quelles leçons pour le projet Simandou ?

Alors que la Guinée s'apprête à entrer dans une phase décisive avec le projet Simandou, le rapport de Glencore offre un cas d'école. Les investissements dans les infrastructures (chemins de fer, ports) seront cruciaux, mais leur financement et leur propriété doivent être transparents. Le modèle de Glencore en RDC, où les paiements d'infrastructures sont séparés des royalties, pourrait inspirer un cadre contractuel plus clair pour Simandou. Cependant, la faible part des impôts directs dans le total des paiements invite à la vigilance pour éviter que les bénéfices ne soient transférés hors du continent.

La publication par Glencore de ses paiements à la RDC en 2025 marque une avancée dans la transparence du secteur extractif africain. Au-delà du cas congolais, ce rapport sert de référence pour les pays ouest-africains en quête de modèles de fiscalité minière. Alors que les projets structurants comme Simandou avancent, la capacité des États à imposer des clauses de transparence et à capter une part équitable des revenus déterminera leur souveraineté économique à long terme. Reste à savoir si les opérateurs miniers adopteront volontairement ce niveau de détail ou s'il faudra une pression réglementaire accrue.